T. II, liv. XV, fol. J7J
xxxviij Préface.
de nous apprendre qu’il eutlieu sous Charles V f •)! C’est déjà quelque chose : avec le temps on fera mieux, comme je le montrerai plus loin.
En attendant, l’histoire se dédouble un moment par suite de cette absence de noms propres que j’ai signalée dans le récit de Belleforest. Un recueil qui parut en 1608 (1 2) reproduit sous ce titre : De la fidelité d’un levrier , l’amplification du prolixe Comingeois, sans aucun nom propre, hors celui de Montargis; après quoi le lecteur trouve un autre exemple de la feaulté d’un levrier, commençant en ces termes : Messire Olivier de la Marche racomte en son livre des duels une histoire qui a beaucoup de ressemblance avec la precedente (on se ressemblerait à moins), de deux cavalliers, compagnons de cour et de guerre , desquels l’un s’appelloit messire Aubery de Montdidier , etc.
Olivier de la Marche n’ayant point parlé de la peinture de Montargis, qui fut faite vers le temps où il écrivait son Livre des Duels , et peut-être après, l’auteur de notre recueil ne reconnut pas l’identité de ses deux exemples.
1 . L’auteur, après avoir rappelé un combat à cheval fait à Parme entre deux Espagnols, ajoute :
« Mais que me fait aller si loing en Italie mandier la forme de tels combats donnez par lieutenants de roy , entre estrangers, quand nous en avons en France, aussi bien ou mieux ordonnez, par les roys mesmes. Ne fust-ce qu’un entre autres, qui fut donné par le roy Charles cinquiesme, surnommé le Sage, non point entre deux hommes, mais entre un levrier d’attache et un archer de ses gardes.» (P j 1j}. 1 vol. in- 1 8, Paris, 1607.)
1. Choix de plusieurs histoires et autres choses mémorables, tant anciennes que modernes , appariées ensemble. Paris, Mettayer, t vol. in— 1 2.
Préface.
La date du règne de Charles V mise en avant par Jean de la Taille se retrouve dans tous les récits postérieurs, et d'abord dans celui que renferme le Vray et ancien Usage des duels , par le sieur d’Audiguier, lequel m’a tout l’air de copier son devancier, comme ce seul titre le donne à croire : Duel d’un levrier d’attache contre un archer des gardes de Charles V, dit le Sage (■). Levrier d’attache , archer des gardes, sont des désignations empruntées à Jean de la Taille. Mais voici qui appartient en propre au sieur d’Audiguier : L’histoire dit qu’il (l’archer) fut puny, mais elle ne dit point de quelle mort, ny pourquoy, ny de quelle façon il avoit tué son amy. Si ce chien eust esté grec, au temps qu’ Athènes estoit en son lustre, il eust esté nourry aux despens du public , son nom seroit dans l’histoire, et son corps cnsevely avec plus de raison et de mérité que celuy de Xantipus.
Parmi les nombreux ouvrages sur le duel que nous ont légués les XVIe et XVIIe siècles, l’un des plus importants est le plaidoyer de Claude Expilly sur l’édit des duels de 1009. L’auteur, qui d’avocat devint président au parlement de Grenoble, et compte en même temps au nombre des grammairiens qui tentèrent de réformer l’orthographe française, a raconté à son tour le duel du chien d’Aubri contre le meurtrier de son maître (2). Il n’en connaît pas de plus mémorable, dit-il, et on le croit sans peine : Le duel qui avint du tams du roy Charles V et an sa presance antre le chevalier Macaire et le levrier d’Aubry de Mondidier