‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 102 sur 268 · D'Aiguillon à Machault, 29 décembre 1753, H · texte numérisé non relu

D'Aiguillon à Machault, 29 décembre 1753, H

2. Le gouvernement n"avait jamais pu, quelque désir qu'il en eût, avancer l'ouverture des sessions, et la fixer au 1'" septembre, ce qui aurait mieux valu pour lui, car alors » il en résulterait nécessairement que beaucoup de gens qui n'auraient pas fini leurs récoltes et n'auraient pu recevoir d'argent de leurs fermiers, ne viendraient pas ». (Noie de l'intendant de Bretagne sur les Étals de 1"66, H. 366.)

3. Aussi la présidence n'était-eile pas une sinécure. Voici comment Bâillon, président du tiers en 1750, en décrit les agréments : « J'ai pris du quinquina

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d'hommes dont le plus grand nombre était très pauvre, et parmi lesquels on a vu des gentilshommes muletiers, des gentilshommes porteurs de chaise, des gentilshommes laboureurs, venus avec leurs habits de charrue, les seuls peut-être qu'ils possédassent '. L'affluence était telle, qu'aux États de 1746 le duc et la duchesse de Penthièvre durent faire étayer leurs appartements, et se trouvèrent bien de la précaution -. Les salons les plus vastes ne suffisaient pas à contenir la foule des danseurs et des convives. Les tables les plus grandes se trouvaient en un instant remplies, et les derniers arrivants mangeaient debout ou sur le parquet, comme à des haltes de chasse ^. On conçoit aisément que les commissaires du roi et que leurs femmes, habitués à fréquenter à la cour une société élégante et raffinée, n'éprouvaient pas grand plaisir à ouvrir leurs salons à une semblable multitude, et étaient peu flattés de leurs relations forcées avec des gens dont la démarche et les propos trahissaient parfois des libations exagérées *. Aussi à peine une session étaitsoir et matin, qui a cong(klié la fièvre : j'espère avoir de la santé pour finir l'assemblée. A 8 h. du malin je suis obligé d'être à un déjeuner (|ue je donne à ceux qui viennent; à 10 heures aux États, qui finissent ordinairement à 2 heures; de là je passe à un dîner que je donne à qui se présente des trois ordres; communément la table est de 40, 50, 60 couverts; après, je les engage autant qu'ils veulent à des jeux de société. A 1 heures je quitte le monde pour aller conférer avec les autres présidents, et à 8 heures tous trois ensemble avec M. de Chaulnes, le premier président et l'intendant, pour conférer sur la besogne du lendemain; j'en sors à 10 heures pour aller voir un moment Mme de Chaulnes, d'où je rentre pour me coucher : jugez s'il faut de la force pour résister pendant iO ou 30 jours à ce train de vie. »

1. Journal des États de Bretagne, à l'appendice du tome X des Mémoires du duc de Luynes, p. 4!J5.

2. Lettre du trésorier général de la Boissière à Machault, 29 novembre 1"46, H. 310.

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