‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 108 sur 268 · De Viarme à Macliault, 13 octobre 171'.», IL · texte numérisé non relu

De Viarme à Macliault, 13 octobre 171'.», IL

lo6 MACHAULT D'ARNOUVILLE.

porter; ce ministre des finances d'un gouvernement obéré n'hésitait pas au besoin à préférer à des ressources toutes prêtes une lutte ingrate et périlleuse, lorsqu'il pensait que le bien du royaume l'exigeait : et c'est là précisément ce qui donne à son administration un véritable caractère de grandeur.

Rien ne fut donc plus laborieux que l'établissement du vingtième parmi ce petit peuple, si ardemment épris de ses libertés. Deux ordonnances que rendit l'intendant, les 1" mars et 30 mai il'ôO, pour enjoindre de fournir les déclarations et en régler la forme, échouèrent devant une résistance à peu près universelle. 8 000 à peine furent fournies, et les rôles du dixième ne contenaient pas moins de 400 000 articles '! Il fallait donc, ou retarder la perception du vingtième, et celte sorte de prime accordée à la désobéissance était pleine de dangers, ou appliquer l'article 14 de l'édit de mai 1749, c'est-à-dire la peine du double contre les non-déclarants, et copier les rôles du dixième pour la confection de ceux du vingtième; et ce procédé n'était guère moins dangereux, car il semblait justifier les plaintes des Étals sur la prétendue mauvaise foi de l'administration. Ce fut ce dernier parti qui fut adopté, et les rôles de 1730 reproduisirent à peu près ceux de 1749 -'. Mais il ne fallait pas compter qu'ils pussent être mis en recouvrement. Il y avait accord unanime pour ne pas payer et pour rendre les contraintes impossibles, personne ne voulant se rendre acquéreur des objets qui pourraient être saisis ^ Loin d'abattre les courages, l'exemple du Languedoc animait les Bretons à la résistance : ils mettaient leur point d'honneur à mériter le même martyre pour la liberté *. La dissolution de l'assemblée du clergé suivit celle des États de Languedoc sans les intimider davantage : il semblait impossible que le roi ne se fatiguât point de cette guerre qu'il avait de toutes parts avec ses sujets, et que Machault ne fût pas la première victime des rigueurs rendues nécessaires par sa pohtique. Les meneurs des Étals comptaient bien sur la session ordinaire de 1750 pour obliger le ministre, au grand péril de son influence auprès du roi, à une troisième dissolution violente d'assemblée. La plupart des genlilshoiarnes bretons, rudes et simples natures, n'y mettaient pas tant de machiavélisme ; mais on leur avait persuadé qu'en tenant bon ils finiraient par sauver la province de l'invasion des traitants et par obtenir l'abonnement, et ils arrivèrent aux États décidés à ne pas fléchir. Leur obstination les rendait merveilleusement propres à servir d'instruments à des gens plus avisés qu'eux.

1. Lettre du duc de Chaulnes à Machault, 15 novembre l'oO, H. 323.

Page 1