Le dixième n'avait été abonné en Bretagne qu'en
LE VINGTIÈME DANS LES PAYS D'ÉTATS. 'lo5
ce qu'ils aient présenté leur requête en modération.... Dans les autres provinces... le soulagement accordé à un particulier n'opérera point de surcharge contre un autre. En Bretagne, sans nulle connaissance des facultés d'un chacun, on commencera d'imposer le dixième comme vingtième, et un sujet de cette province qui se trouvera surchargé ne pourra travailler à obtenir justice sans préparer le malheur de quelqu'un de ses compatriotes. » La conclusion était une instante prière au roi qu'il voulût bien abonner le vingtième sur le pied de la moitié du dixième. Telle était cette pièce, que d'Argenson déclare touchante et forte, et qui ne reposait en réalité que sur l'équivoque et la mauvaise foi '.
Dans la réponse qu'il fit à ces remontrances peu de temps avant la session de 1750, le gouvernement n'avait pas de peine à dissiper l'erreur intentionnellement laissée par les États. Il montrait que l'importance des intérêts engagés ne permettait pas d'admettre dans la levée du vingtième aucune exception, mais que d'autre part celte levée n'avait pas lieu et n'aurait pas lieu en Bretagne d'après d'autres principes que dans les autres provinces du royaume; que les ordres sévères dont on se plaignait n'avaient jamais été qu'une menace; que tous les ménagements et tempéraments nécessaires seraient faits dans l'évaluation des revenus; qu'en se conformant aux dispositions des ordonnances, les contribuables trouveraient toute facilité pour obtenir la justice la plus exacte et la moins dispendieuse. Si bien fondée que fût cette réfutation, elle ne pouvait tiiompher des préventions obstinées de la Bretagne. Ce fut un article de foi parmi les Bretons que le roi prétendait lever en réalité un dixième, tout en feignant de n'exiger qu'un vingtième. Aigris par l'injustice dont ils croyaient être victimes, mettant leur point d honneur à ne pas céder, ils s'efforcèrent de rendre la perception impossible, et préparèrent pour les prochains États une résistance capable de créer au gouvernement les embarras les plus sérieux. L'intendant de Viarme était bon juge de cette situation diflîcile, quand il écrivait à Machault que s'il avait voulu profiter de la disposition des esprits dans la province, de l'aversion qu'on y avait pour l'intendant, il aurait obtenu facilement un gros abonnement, et tiré plus d'argent, avec moins de murmures et de frais, par le canal de la commission que par celui de l'intendant -. Bien n'était plus exact, et Machault n'aurait pas manqué d'y avoir égard, s'il n'avait recherché que le profit immédiat, s'il n'avait eu surtout en vue la justice et l'uniformité. Mais son but était plus élevé : homme de principes, et non d'expédients, c'était une victoire de principes qu'il cherchait a rem-