Luynes, X
2. D'après laquelle a été rédigée (pour les États de l"o2 seulement) la préface partiale et in?uffi;!amment renseignée du Journal du commandement du duc d'Aif/inllon. C'est maliieiireLisement cette dernière source qu'a seule consultée M. de Carné, dans sou intéressante histoire des États de Bretagne. S'il avait recouru aussi aux documents officiels et aux correspondances, on ne regretterait pas dans son livre l'omission complète des États de 1750, et plusieurs erreurs de détail sur les États de 1749 et de lTo2.
3. Dans son ambassade de Madrid, il avait tant compromis l'infante de Parme, fille de Louis XV, que son rappel était devenu nécessaire. Collé n'exagère peut-être pas beaucoup en disant de lui {Journal et Mémoires, I, p. 100) qu'il était <> le plus bel homme de son temps, homme à bonnes fortunes, audacieux, plein d'esprit, aimable autant qu'on peut l'être, parvenu à l'épiscopat porté par les femmes, sans principes, sans mœurs, et sans ombre de décence >>. Saint-Simon n'est pas moins sévère : » son nom est Guérapin, et son état, franc-galopin. » (Saint-Simon, édit. Chéruel, XVI, 96.)
158 MACHAULT D'aRNOUYILLE.
intendant de Roussillon : le seul avec Tévêque de Rennes, écrivait irrévérencieusement Bâillon, qui parmi les évêques bretons eût de l'esprit. 11 aurait mieux valu pour la cour qu'il n'en eût point, car « il avait un grand crédit parmi les turbulents, toujours prêt à faire valoir leurs raisons spécieuses à défaut des bonnes, ou à leur eu indiquer;... avec cela, plus à craindre qu'un autre, car il a un air de franchise qui séduit, et une adresse dans l'esprit qui éclaire et qui persuade * ».
^lachault pouvait compter, il est vrai, sur le duc de Rohan, président de la noblesse : sur celui du tiers, Bâillon, maire et sénéchal de Rennes, passé maître dans l'art diCTicile de faire mouvoir et voter son ordre comme un seul homme, ennemi de l'épiscopat en général et en particulier de l'évèque de Rennes, dont il passait son temps à signaler les manœuvres suspectes et les trahisons; il eut toujours pour politique (et pour politique non désintéressée) de se donner, lui et son ordre, comme les auteurs de tout ce qui pouvait arriver aux États de favorable aux desseins du contrôleur général, et hâter la fin de la session. Une assistance moins bruyante, mais peut-être plus utile, était celle du premier commissaire du roi, le duc de Chaulnes. Cet ami personnel de Machault venait d'acheter la lieutenance générale de Bretagne au maréchal de la Fare, tout à fait à point pour le contrôleur général, qui avait tant besoin dans ce poste d'un homme sûr, dévoué et habile. Le duc de Chaulnes était tout cela. Il était l'intime ami de Mme de Pompadour, qui l'appelait familièrement son cochon, et très attaché au parti Machault, tant par sympathie personnelle que parce qu'il comprenait et appréciait sa politique. R était renommé pour l'aménité proverbiale, et en même temps pour la fermeté de son caractère; il avait assez d'énergie pour en imposer aux Bretons, assez de douceur et de souplesse pour ne pas les rebuter. R portait un nom resté populaire dans la province, malgré les souvenirs sanglants de 167o. Il était riche, enfin, et il fallait l'être : car les 100 000 francs que le roi donnait à son premier commissaire, et les 50 000 que la province y ajoutait, étaient loin de suffire aux frais des bombances obligatoires. La duchesse' de Chaulnes, femme indigne d'un des hommes les plus honnêtes de ce siècle, était étrange et fantasque; son esprit mordant pouvait lui créer de terribles inimitiés; mais elle parait précisément avoir dans ces circonstances difficiles dissimulé les mauvais côtés de son caractère, et secondé avec zèle et avec succès les efforts que fit son mari pour plaire ^.
M. et Mme de Chaulnes firent leur entrée solennelle dans la ville de