La Boissière à .Machault, l'6 novembre 1"50, H
2. Sur la duchesse de Chaulnes, Anne-Josèphe Bonnier, sœur et héritière de Bonnier, ex-trésorier de la Bourse en Languedoc, cf. Grasset-Morel, les Bonnier ou une famille de financiers au X\'IIl^ siècle.
Rennes le 27 octobre. Leur bonne grâce et leur amabilité firent une impression favorable même auprès des plus mal disposés. Ils justifièrent et au delà les espérances que l'on fondait à Versailles sur les séductions de leur accueil; et chacun fut obligé dereconnaitre qu'on n'avait jamais rien vu qui égalât la magnificence, l'abondance de toutes sortes de vins, l'excellente chère qui régnaient dans la maison ^ La province fut éblouie, et de longtemps le souvenir de ces splendides réceptions ne s'effaça point de la mémoire des Bretons.
Malheureusement les dispositions des députés, qui commençaient à arriver à Rennes en grand nombre, n'en étaient pas moins peu rassurantes. Ils croyaient ou feignaient de croire que le gouvernement méditait « une Saint-Barthélémy de Bretons, comme des autres ^ ». On put craindre dans l'entourage de Machault que sur l'accord du don gratuit, première question qui dût leur être soumise, ils ne se conduisissent comme ceux du Languedoc, et qu'il ne fallût les rompre dès la première séance. Loin de désirer cette rupture, comme d'Argenson le dit constamment, Machault ne redoutait rien tant que d'être obligé à des mesures de rigueur. Aussi les nouvelles étaient-elles altendues à Versailles avec la plus vive impatience.
Les États se réunirent le 30 octobre. Ils comprenaient les 9 évêques, 14 abbés et 8 députés des chapitres, .'US gentilshommes, et 53 membres du tiers (le nombre des députés à voix délibéralive s'accroissant assez souvent « d'agrégés » ayant voix consultative), parmi lesquels on remarquait un homme peu suspect de mauvais vouloir pour le parti Pompadour et Machault : c'était l'académicien Duclos, protégé de la marquise, et en ce moment même promu grâce à elle à la charge d'historiographe de France. Le duc de Chaulnes ouvrit la séance par un discours que les États goûtèrent tant qu'ils décidèrent par acclamation de lui en demander copie et de le transcrire sur leurs registres. Le lendemain était le jour du vote du don gratuit. Contrairement aux prévisions fâcheuses assez généralement répandues, les 2 millions auxquels il était toujours fixé furent accordés d'enthousiasme et à l'unanimité. Les meneurs des États avaient résolu de surprendre par une conduite différente de celle des Etats de Languedoc, et de porter leur attaque sur un point où elle serait moins attendue. Une impression de confiance succéda aussitôt aux pressentiments mauvais qui avaient précédé l'ouverture : « Je n'ai pas encore vu depuis que je suis en Bretagne, écrit l'intendant ■'*, une délibération sur le don gratuit plus prompte, plus unanime, et qui se soit passée plus doucement en tout point ». La sa-
1. Luynes, t. X, Appendice, Relation des Étais de Bretagne, p. 4aJJ et suiv.
2. Bâillon à Glautrier, premier commis du contrôleur général, 31 octobre 1750, H. 323.