Lwynes, t. XII, p
mocHfication importante, et très lialDilement choisie pour assurer à une prise d'armes desgentilstiommes, si Ion en venait là, l'appui des masses populaires * : c'était l'abaissement du prix de l'eau-de-vie à 4 livres le pot, au lieu de 4 1. 10 s., pour les débitants et délalllanls, et à 40 sols « pour les ecclésiastiques, la noblesse, les juges, les maires, échevins et notables bourgeois ». Le refus absolu que firent les compagnies de se prêter à la première de ces deux modifications força les commissaires du roi à s'y refuser aussi de leur côté, et comme la noblesse persista à ne pas céder, les publications d'abord, l'adjudication ensuite, eurent lieu sans son adhésion et malgré ses protestations véhémentes.
L'incident n'eut pas d'ailleurs de suites aussi fâcheuses qu'on avait pu le craindre, car malgré l'opposition de la noblesse l'adjudication se fit d'une manière avantageuse, avec 450 000 livres d'augmentation. Mais il avait fait évanouir ces bonnes dispositions que la lettre de Machâult avait fait naitre, et provoqué une agitation que rien désormais ne fut plus capable d'assoupir. Dans celte situation, il était à craindre que l'arrêt du conseil sur la commission mixte ne fût le signal d'une nouvelle crise, au lieu d'être accueilli comme une grâce. Le duc de Chaulnes, qui avait eu d'abord pleine confiance dans le succès de son plan, en était arrivé, dans les premiers jours de décembre, à désespérer presque : il était excédé et indigné; il voyait sa femme malade de fatigue, d'ennui et de déplaisance. « La cabale, écrivait-il le 3 décembre, enragée de n'avoir pu faire rompre les Étals, redouble ses efforts et prend de nouvelles forces à mesure qu'on s'éloigne du moment oii l'enregistrement des ordres du Roi en avait imposé;... les esprits fatigués et aigris de la longueur et de l'humeur de cette assemblée font craindre des querelles vives et sérieuses, et que la différence des sentiments dégénère en piques et en animosilés particulières;... enfin il est à craindre aussi que le nombre des gens raisonnables ne diminue si considérablement (parce que la fatigue et l'ennui en font tous les jours partir quelqu'un) que la cabale ne devienne supérieure en nombre et ne finisse par quelque éclat, comme elle l'a toujours eu pour but.... Je vous avoue que quelque courage et quelque patience qu'on puisse avoir, il est difficile de rencontrer une épreuve plus rude et de ne pas épuiser l'un et l'autre. »
Sur ces entrefaites arriva l'arrêt du conseil -, rendu le 8 décembre, et attendu par les commissaires du roi avec un mélange d'impatience et de crainte. Conformément aux promesses de Machâult, cette régie était équivalente, sinon identique, à celle que l'arrêt du 25 novembre avait constituée pour le Languedoc. Une commission mixte formée de l'inlen-
1. Au lémoisnage du due de Chaulnes, le petit peuple dans celte province faisait un tel usage de cette boisson qu'il y sacrifiait jusqu'au nécessaire.
dant et d'un député de chaque ordre était établie pour procéder à la rédaction des nJles de 17o3, et pour juger, au nombre de 3 au moins, parmi lesquels devrait toujours être l'intendant, toutes les contestations et requêtes, après qu'elles auraient été préalablement communiquées au directeur du vingtième. L'arrêt du 2 novembre était confirmé pour tout le reste de ses dispositions. C'était à peu de chose près ce qui avait été statué pour le Languedoc. Mais ici se présentait une grosse difficulté à Laquelle le duc de Chaulnes, au milieu de ses embarras, l'esprit perpétuellement teudu et inquiet, n'avait, pour son malheur, nullement pensé. En Languedoc, les commissions étaient nommées par le président des États ; en Bretagne elles étaient élues par les trois ordres; devait-il en être ainsi pour celle du vingtième, et les promesses du contrôleur général, dans sa lettre du 21 novembre, rengageaientelles à faire aux États de Bretagne une concession beaucoup plus étendue en réalité que celle qu'il faisait aux Languedociens? Ni Machault, ni de Viarme ne le pensaient. Si le gouvernement s'était désintéressé en Languedoc de la désignation des membres de la commission mixte, c'était parce que cette désignation appartenait à l'archevêque de Narbonne, dont il était sur; mais en Bretagne, permettre aux États de nommer des commissaires qui seraient certainement imbus des passions régnant dans l'assemblée, donner accès dans l'administration du vingtième à des gens qui n'avaient d'autre ambition que de l'entraver, c'était évidemment rendre la levée de l'impôt impraticable. A la seule pensée de l'immense quantité de difficultés, de tracasseries, de chicanes, que lui réservait un pareil arrangement, le malheureux intendant frémissait. Aussi, dès qu'il avait vu prévaloir l'idée de la commission mixte, s'était-il empressé de représenter au contrôleur général la nécessité de ne pas la laisser composer au gré des États, et Machault, d'autant plus facilement convaincu qu'il avait déjà fait à part lui les mêmes réflexions, l'avait prié de lui renvoyer secrètement une liste de douze noms, quatre pour chacun des trois ordres, choisis parmi les moins indisciplinés. Cette liste était jointe à l'arrêt du conseil du 8 décembre, et faculté était laissée aux États de choisir sur ces 12 noms les 3 que bon leur semblerait.
On devine aisément l'effet que dut produire sur des hommes déjà aigris cette restriction imprévue apportée à leur liberté, et quelle déception ils éprouvèrent. A peine les douze membres des Etats qui avaient trouvé grâce devant l'intendant eurent-ils été nommés, qu'ils furent hués d'une façon formidable, et séance tenante tous déclarèrent publi(iuement qu'ils n'acceptaient point celte commission : » Us ont été d'autant plus fâchés d'avoir été proposés, écrit le duc de Chaulnes ',