‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 136 sur 268 · décembre, II · texte numérisé non relu

décembre, II

que non seulement ils n'avaient point été prévenus, mais même que la plupart d'entre eux n'auraient pu quitter leur séjour ordinaire pour s'établir ici s'ils avaient élé choisis : eu tout cette aventure est désagréable pour M. de Viarme parce qu'on a dit publiquement que le plus grand mérite des sujets proposés était d'être ses joueurs et ses complaisants. » Non seulement il fallait renoncer à recruter la commission mixte parmi ces députés bien pensants, mais même il ne fallait pas espérer en trouver qui consentissent à les remplacer dans ces conditions : « On coulera à fond toute l'assemblée, avouait l'intendant, sans en trouver un qui veuille y travailler, dès que les États regardent comme infâmes et traîtres à la patrie ceux qui voudront être dans une pareille commission et qui n'auraient pas été proposés par les États ' ». Pour comble de malheur, la discorde avait pénétré jusque parmi les commissaires du roi, qui se rejetaient mutuellement la responsabilité de tout le mal. Le duc de Chaulues reprochait à l'intendant d'avoir travaillé à faire échouer le plan de la commission mixte, parce qu'il en redoutait un surcroit de travail et de peine, et il disait hautement qu'il n'avait jamais été tenu au courant de la désignation des commissaires; de son côté, l'intendant blâmait le duc de Chaulnes d'avoir eu trop de complaisance pour les meneurs, de s'être laissé engager dans une affaire d'où ne pouvait sorlir qu'une lamentable anarchie, et d'avoir tout sacrifié au désir de pouvoir terminer la session sans éclat. Il signalait au contrôleur général les entreliens du duc de Chaulnes avec quelquesuns des chefs de la cabale les plus dangereux, et le mettait en garde contre les propositions qu'on le porterait à lui faire : « Je pense sous votre bon plaisir, écrivait-il à Machault le 16 décembre, que vous devrez vous tenir strictement à la grâce que vous leur avez accordée par le dernier arrêt,... sans cela j'ose vous assurer que le service du Roi, qui est déjà bien difficile, deviendra impraticable. Il serait bien à désirer pour l'autorité du Roi et pour M. de Chaulnes lui-même qu'il n'eût jamais été question de cette régie. »

Les États s'étaient toujours montrés indociles, même lorsque les commissaires du roi agissaient de concert pour le bien du service ; à plus forte raison devaient-ils l'être lorsque l'unité de direction était détruite. Aussi n'était-il plus permis de garder aucune illusion sur le sort de l'arrêt du conseil, qui devait être, d'après les instructions précises du contrôleur général, enregistré purement et simplement, sans modification aucune, ou rejeté. Le 14 décembre, lorsque la délibération s'ouvrit aux États sur l'accueil qu'on lui ferait, le tiers émit l'avis, pour ne pas trop cabrer la noblesse de prime abord par une acceptation pure et simple, de demander aux commissaires du roi, avant d'accepter la régie,

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