VI. 300 cures à
39 000 cures.
Total général des revenu;
Mémoire.
Mémoire.
du clergé de France. 61 600 000
Une remarque générale doit d'abord être faite sur cette évaluation des agents généraux. Si ce tableau était conforme à la réalité, ou même s'il s'en rapprochait, pourquoi tant de répugnance de la part du clergé à donner des déclarations, à faire connaitre la modicité de ses revenus? Pourquoi laisser dire qu'il possédait le quart, même le tiers des biensfonds du royaume, alors qu'il lui était si facile de confondre l'imposture, et de démontrer, preuves en main, sa pauvreté? A cela le clergé n'a jamais répondu.
Mais il y a plus : malgré le vague intentionnellement laissé dans cette pièce, il est possible d'y surprendre les agents généraux en flagrant délit d'erreur. Les revenus épiscopaux et archiépiscopaux, par exemple, y sont portés à 2 900 000, y compris ces riches abbayes qui étaient
recherchées par les prélats avec tant d'avidité : or dans l'AImanach royal (année 1749), certes peu suspect d'exagération dans restimalion des revenus ecclésiastiques \ le total des revenus des 116 évêchés et archevêchés du clergé de France est de 3 3G8 000, et celui des abbayes qui y étaient jointes, de 1 230 000 environ : en tout 4 598 000 que donne l'AImanach, là où le mémoire des agents donne 2 900 000. A l'autre extrémité de la hiérarchie ecclésiastique, les agents généraux omettent complètement de mentionner les vicaires, sans doute parce qu'ils considèrent que la portion congrue des vicaires, étant supportée par les gros décimateurs, constitue pour le clergé une dépense, et non une augmentation de ressources : ils font également abstraction de 16 000 cures à portion congrue, représentant d'après leur statistique 5 800 000 1. de revenu; mais comme le revenu des curés congruistes et des vicaires n'était pas oublié, loin de là, quand il s'agissait de répartir les décimes ecclésiastiques, la justice exige que dans une estimation des forces contributives du clergé, on fasse entrer en ligne de compte les maigres revenus des uns et des autres. A supposer 50 000 vicaires (chiffre de l'abbé Expilly) et la congrue de chacun d'eux 150 livres, cela fait une somme de 7 500 000 livres arbitrairement supprimée, plus 5800 000 pour les curés, et ce serait environ 75 millions, au lieu de Cl, qu'il faudrait lire. Nul doute par conséquent qu'il ne faille majorer assez sensiblement les chitTres des agents généraux pour avoir la vérité. Si l'on suppose (et cette supposition n'a rien que de plausible) que l'insuffisance de leurs évaluations était aussi forte pour tous les genres de bénéfice que pour les revenus épiscopaux et abbatiaux, c'est plus d'un tiers qu'il faudrait ajouter à leur total pour se conformer à la méthode d'estimation de l'AImanach, et 90 à 100 millions qu'il faudrait admettre, au lieu de 61 ou 75. Mais l'AImanach lui-même est loin d'être un modèle dexactituik'. L'insuffisance notable de ses chiffres est reconnue par tous les historiens qui se sont occupés de calculer les revenus du clergé sous l'ancien régime. Tous ne sont pas d'accord sur la proportion qu'il faut ajouter à ses données, mais tous conviennent qu'il faut y ajouter beaucoup -. Les contemporains ne s'y trompaient pas non plus : chercheurs ou heureux possesseurs de rentes ecclésiastiques savaient à merveille ce qu'il fallait penser des indications de l'AImanach, et l'on peut se convaincre en lisant l'exact et minutieux duc de Luynes, pour qui les concessions de bénéfices sont de grands événements, et qui manque rarement en pareil cas de mentionner l'étendue do la grâce qui vient d'être
i. Voltaire, qui ne partageait pas l'opinion courante sur la richesse du clergé, puisqu'il ne porte le revenu de ses Liens qu'à 90 millions, pense qu'il faut doubler les chillres de l'AImanach royal pour avoir la vérité. (Siècle de Louis XIV, chap. XXXV.)