‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 189 sur 268 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ÉTAT DE LA COUR DE LOUIS XV EN 1750. — LUTTE DE MACHAULT ET DU CLERGÉ DEPUIS LA SÉPARATION DE l'aSSEMBLÉE JUSQU'a LA FIN DE 1751

Le roi était donc le maître des événements, et il dépendait de lui que le clergé fût contraint de se soumettre. Encore était-il douteux qu'il dût être nécessaire d'aller jusqu'à la contrainte. Qu'il montre seulement une décision inébranlable, qu'on sache qu'il ne consentira jamais à battre en retraite, et il est vraisemblable (lue l'épiscopat cédera : car il tient trop à son influence à la cour, à ses honneurs, aux faveurs dont il jouit, pour s'exposer ta une disgrâce durable.

Malheureusement il était loin d'en être ainsi, et le clergé pouvait compter avec raison sur le caractère du roi, ainsi que sur les divisions de la cour. Jamais celles-ci n'avaient été aussi profondes. L'affaire des immunités ecclésiastiques avait irrité les haines jusqu'à l'extrême et procuré un nouveau champ de bataille aux factions qui se la partageaient. Dans une telle situation, force était à n'importe quel ministre de recourir aux armes que l'on employait contre lui. Si, dans cette lutte pour rester maitre de la volonté du roi, Macliault nous parait un peu diminué, s'il dut se servir d'alliances suspectes et qui lui ont été durement reprochées, n'esl-il pas permis de dire à sa décharge qu'il ne devait dédaigner aucun appui, et que l'excellence même des réformes qu'il voulait lui imposait de ne négliger aucune chance pour les faire prévaloir?

Son parti avait à sa tête Mme de Pompadour : sa fortune était intimement liée à celle de la célèbre favorite. Il n'en avait pas toujours été ainsi. On chercherait vainement, pendant les premières années du ministère de Machault, une trace quelconque de l'existence de cette alliance étroite qui vers 1750 était définitivement conclue. Loin de là,

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ce ministre économe et qui parlait toujours des embarras du trésor, paraissait l'homme le moins capable de plaire à la maîtresse du roi. Au milieu des nombreuses contradictions du marquis d'Argenson, il est facile de discerner, de la part des frères Paris comme de la part des financiers et des gens d'affaires, toute autre chose que de la sympathie pour un ministre trop indépendant et trop parcimonieux à leur gré '. Or Mme de Pompadour était l'amie et la protégée des Paris : à en croire d'Argenson, elle aurait souhaité Montmartel pour contrôleur général, et aurait fait parvenir au roi des mémoires hostiles à Machault -. La paix d'Aix-la-Chapelle, que Machault et que Mme de Pompadour se rencontrèrent pour désirer ardemment, l'un parce que la guerre ruinait nos finances, l'autre parce qu'elle dérangeait ses plaisirs, ne fut même pas encore le point de départ de leur alliance ; plusieurs mois après, Machault était l'ami de Maurepas, ce ministre odieux entre tous à la favorite '\ et il le resta même après la chute de celui-ci, sans faire aucun mystère des relations qu'il entretenait avec l'exilé * : il était aussi dans les bonnes grâces de la reine ■. C'est seulement vers 17^0 que le Journal de d'Argenson ^ et les autres mémoires relatifs à la cour de Louis XV signalent cette entente étroite entre la maitresse du roi et le contrôleur général, qui devait désormais durer autant presque que le ministère de celui-ci. La cause de ce rapprochement n'est pas douteux. En s'engageant à fond contre le clergé, Machault avait besoin de tenir en échec le parti dévot à la cour. De son côté Mme de Pompadour, dont le crédit n'était nullement assuré, et qui vivait dans la terreur perpétuelle dune disgrâce et d"un retour du roi à la dévotion, s'efforçait de brouiller si bien Louis W avec l'Eglise qu'aucun revirement ne fût possible, et son appui était acquis d'avance à tout ministre haï du clergé. Aussi s'employa-t-elle avec une passion véritable à faire triompher les plans du contrôleur général : moins, si l'on veut, dans des vues d'intérêt public que par intérêt personnel et par nécessité de situation; mais il lui reste toujours l'honneur d'avoir prêté son concours actif à une politique sage et nécessaire, et l'histoire, qui doit à tout le monde la vérité, même aux maîtresses royales, doit reconnaître que la royauté aurait mieux fait en celte circonstance de s'abandonner aux conseils de Mme de Pompadour que de s'asservir aux influences cléricales qui finirent par l'emporter.

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