D'Argenson, 2a avril
2. C'est ce que montre parfaitement le récit de Soulavie, dans ses Mémoires du maréchal de Richelieu. L'autorité de Soulavie, si contestable en général, est grande pour tout ce qui concerne ces intrigues compliquées et subtiles qui se croisaient dans le Parlement; car il a lu les registres secrets, il a entendu des témoins oculaires, appartenant aux dilTérents partis; il a compulsé les notes de Rolland d'Erceville, les colleclions manuscrites de Durey de Aleiniéres, les lettres écrites et reçues par le maréchal de Richelieu quand il fut chargé par Louis XV en 1753 de négocier la paix avec les exilés de Pontoisc. Du récit de Soulavie résulte jusqu'à l'évidence que Maupeou servait la politique du comte d'Argenson, qu'il contrecarrait Machault en tout, et que l'échec des négociations lors de l'exil de Pontoise doit lui être principalement attribué.
342 MACHAULT D'aRiNOUVILLE.
et ils disposaient d'une incontestable majorité, étaient des hommes si épris de la faveur populaire et si enfiévrés de haine contre le clergé quils étaient toujours prêts à préconiser les partis excessifs ; des hommes d'opposition systématique, englobant tous les ministres quels qu'ils fussent, et tous les magislrats qui passaient pour être les créatures de ces ministres, dans la même défiance et dans la même aversion, ne reculant devant rien pour se rendre redoutables, et incapables de comprendre qu'exaspérer Louis XV était le meilleur moyen de servir les intérêts du clergé. Dans ce groupe, fanatique en religion et révolutionnaire en politique, se faisaient remarquer le président de Meinières, l'auteur de l'insolent arrêté du 7 septembre 1751, qui avait failli autrefois être emprisonné lors de l'enregistrement de l'édit du vingtième, et qui ne l'avait pas oublié; le conseiller, plus tard président, Rolland d'Erceville, dont les curieux mémoires', écrits du Parlement, pendant l'exil respirent au moins autant de répulsion pour Machault que pour d'Argenson, et parlent avec insistance « du despotisme où tendent tous les ministres » et de la mauvaise foi qui les anime : les Lambert, les Clément, les Robert de Saint-Vincent, et autres « Romains «; la presque totalité des enquêtes, « si enthousiasmées de jansénisme qu'elles ne prennent pas garde à la politique ^ ». Conduire une pareille assemblée, lui inspirer les ménagements, les atermoiements nécessaires, surtout depuis qu'elle avait pris goût à l'indépendance et que la faiblesse du gouvernement lui avait été révélée, était chose essentiellement difficile et il n'est pas étonnant que le contrôleur général y ait échoué. Bientôt elle allait imprudemment s'attaquer, par-dessus le clergé, au roi luimême, et infliger un brutal démenti à ceux qui la représentaient comme la sauvegarde de son autorité.
Les passions, en effet, ne firent que croître pendant les vacances de 1752. La chambre des vacations, le Châtelet, continuèrent, à défaut du Parlement, les procédures pour refus de sacrements : celui-ci se pr**parait à déployer à la rentrée plus de vigueur que jamais. Quant au gouvernement, il s'efforçait en vain de conjurer les orages qu'il prévoyait en élaborant un règlement sur cette question malencontreuse. On rédigea à grand'peine un arrêt du conseil « bien sujet à interprétation pour les deux partis ^ » qui cassait l'arrêt parlementaire du 18 avril non pas par défaut de compétence, comme le demandait le clergé, mais pour usurpation d'une puissance législative qui appartient à Sa Majesté seule, et aussi pour avoir prétendu qu'il n'y a aucun cas où le refus public des sacrements puisse être autorisé sur le fondement