D'Arg., n janvier
étaient en souffrance '; le prêt des soldats, chaque jour à la veille de manquer -. « La finance, dit d'Arg^enson, est au bout de ses expédients : demandes sur demandes au clergé, impôts sur la consommation des denrées à Paris qui y augmentent chaque jour et y rendent la vie insupportable; augmentation du dixième, avances des financiers, emprunts, rentes, etc., tout est usé, rien ne va : le Trésor royal, goufîre insatiable, est à sec, les recouvrements ne peuvent aller : il y a famine cette année dans la moitié de la France.... On ne reçoit des provinces que les nouvelles les plus horribles de misère et de dénûment de toutes choses ^. » Il n'était bruit partout que de la dépopulation du royaume, de l'émigration de ses habitants à l'étranger, de la détresse générale, de la famine imminente. L'mtendant de Guyenne, Tourny, représentait sa généralité comme près de mourir de faim si la libre navigation de la mer n'était à bref délai rétablie. Machault n'était pas moins convaincu de la nécessité de la paix, et répétait sans cesse que le Trésor était vide : il le disait même bien plus haut qu'Orry *, sans craindre de se rendre importun en tenant le langage de la raison et de l'économie.
Toute la France désirait comme lui la paix : nul, peut-être, plus que le roi lui-même, dont la guerre troublait le repos et gênait les plaisirs. On sait comment cette paix, hâtivement et timidement négociée, fut enfin conclue le 2! octobre 1748; comment les conditions acceptées par Louis XV suscitèrent un vif mécontentement, et la rendirent encore plus impopulaire que la guerre. Rien n'était perdu cependant, si l'on savait mettre à profil cette paix trop chèrement achetée pour réformer les abus du gouvernement, pour rendre, selon l'expression de d'Argenson , de la substance au royaume. Il ne fallait pour cela, dit encore très bien d'Argenson, que « de grands économes de maison «. Cependant il fallait aussi, et surtout, qu'on les soutint.
i. Lettre de Machault au ministre Puisieux, 21 avril lliS. Arcli. des a(T. étrangères, fonds de France, vol. 318.