LIVRE I
LE VINGTIÈME
Au lendemain de la paix d'Aix-la-Chapelle, la situation des finances était loin d'être satisfaisante. Voici dans quelles conditions se présentait le budget de 1749 :
Recettes.
Recettes générales des finances (taille et impositions accessoires, capitation, dixième et sols pour 1.) des pays d'élection 117 100 108 1.
Pays d'Etats (dons gratuits, impositions militaires et
particulières, capitation, dixième et sols pour livre). 35 845 O'T
Fermes générales (bail Thibault La Rue) 92 000 000
Fermes parliculières (ferme des postes, de la marque
des cuivres et cartes, régie du droit de 100" denier). 9 826 500
Revenus casuels et divers 6 500 000
Total 261211683 1.1.
Mais il ne s'agit ici que de la recette brute. Pour avoir la recette nette, il faut retrancher : 1° du produit des recettes générales des
1. Les éléments de ce tableau sont empruntés, en ce qui concerne les recettes générales des finances, à un document absolument sûr, les états des soumissions des receveurs généraux des finances pendant le ministère de Machault (archives de Thoiry). Les autres chitfres ont été fournis par un état général des revenus du Roi en 1749 (Arsenal, manuscrit fr. n° 4489), exact en général, mais auquel il faut faire subir certaines corrections (ainsi il mentionne parmi les revenus ordinaires le produit, essentiellement extraordinaire, d'aliénations, et des dons gratuits qui avaient été perçus réellement, et en entier, dans les deux années précédentes). Un autre état général des revenus et dépenses en 1749 (a(T. étrang., fonds de France, vol. 1337) indique 249 838 255 1. de recette brute, mais les chiffres en sont généralement un peu trop faibles. — Le bail Thibault La Rue était de 92 millions en temps de paix, de 91 350 000 en même temps de guerre. (Bibl. nat., ms. fr. 7729, registre des baux des fermes.)
finances, 32 millions environ de déductions, en sorte qu'au lieu de 117 100 108 livres, le Trésor n'avait à recevoir en ITiO que 85 266 2oi livres '. 2" Le produit des droits établis par édit de février 1745 sur la marque des cuivres, par édit de février 1748 sur la poudre à poudrer, la cire, le suif, etc., quil fallut supprimer par arrêt du 4 février 1749, comme accompagnement obligé de la publication de la paix. 3'^ L'impôt du dixième, dont la suppression s'imposait à bref délai, le gouvernement ayant pris en décembre 1746 l'engagement de le faire cesser avec la guerre. Ce n'était pas une promesse dont il fût possible de ne pas tenir compte : bien peu de contribuables partageaient la patience de Barbier, qui se serait facilement consolé de voir maintenir le dixième : « Il n'y a pas grand mal à cela, disait-il, pour acquitter lÉtat et peut-être pour remplir des projets de marine ^ ». Les rôles du dixième et sols pour livre s'étant montés en 1749, pour les pays d'élection, à 26 890 600 livres ^ pour les pays d'Étals et contribuables abonnés à 13 242 097 livres S en tout à peu près 40 millions, soit par conséquent pour le dixième seul 36 millions, c'était pour les finances un nouveau vide important à prévoir.
Par suite de ces divers retranchements, on ne pouvait compter, après la suppression des impôts de la guerre, que sur 193 à 194 millions tout au plus de recette nette et régulière ».
Dépenses.
Il est plus difficile d'indiquer avec quelque précision le chiffre des dépenses : le seul état qui les contienne (état imprimé à la Haye en 1759, AIT. étrangères, fonds de France, vol. 1337) était regardé dès ce temps comme peu digne de confiance. Le total qu'il donne est 200 23.jo67 : ce chilfre est plutôt au-dessous de la vérité. Les dépenses de la maison du roi n'y figurent que pour 20 à 21 millions, tandis que d'après le duc de Luynes, qui était en situation d'être bien informé, elles se montaient à 2o millions au moins. 38 0b6 000 livres seulement
1. Suuniissions des receveurs généraux, année 171!). Les déductions consistent en remboursements et. intérêts d'avances, taxations des receveurs généraux, non-valeurs, appointements des gouverneurs et intendants, etc.