Arch. nat., G
provinces, le clergé, ne comportant pas de divisions assez petites; que les lettres patentes entraîneraient des formalités longues et coûteuses, et absorberaient mOme tout le capital quand il s'agirait d'une somme peu élevée. Mais le rapport de l'archevêque de Sens s'attaquait surtout à l'esprit général de l'édit, au sentiment d'hostilité contre le clergé qui semblait s'y manifester d'un bout à l'autre; il se plaignait qu'on y représentât les communautés religieuses comme étrangères à l'État, dangereuses même pour lui, ayant des intérêts contraires aux siens, tandis qu'elles contribuent à sa prospérité eu supportant leur lourde part des charges publiques (le prélat ne reculait pas devant cet audacieux travestissement do la vérité) et en faisant fleurir la religion, la piété et les bonnes mœurs. Il s'indignait de ce que les évêques n'eussent pas été préalablement consultés sur une loi qui touchait l'Église de si près, et de ce que des magistrats fassent appelés à prononcer sur la convenance des acquisitions ecclésiastiques. » à porter la main sur des objets auxquels ils ne peuvent toucher sans usurpation » : c'était, disait-il, avilir l'épiscopat et discréditer le saint ministère.
A ces dernières critiques, le chancelier avait déjà dès 17.38 et de nouveau depuis la promulgation de ledit d'août, victorieusement répondu, en montrant combien l'esprit d'impiété était étranger à une loi qui laissait aux établissements religieux pleine liberté d'acquérir l'espèce de biens qui leur était précisément la plus avantageuse et la plus convenable, et qui ne leur interdisait même pas d'en acquérir d'autres, car les précautions et formalités stipulées n'étaient pas une interdiction. C'était l'idée qu'il avait développée notamment dans une lettre du 23 janvier 1750 ' en réponse à des mémoires de l'évêque de Grenoble; rien de plus sensé ni de plus linement ironique que celle lettre, rien qui montre plus heureusement le véritable esprit de l'édit d'août et le peu de fondement de l'accusation d'irréligion portée contre ses auteurs : « La grande fécondité de votre plume aurait pu s'exercer sur des objets plus dignes de vous (jue l'édit du mois d'août 17i9, et vous auriez pu d'ailleurs abréger les trois longs mémoires que vous m'avez envoyés sur cet édit, si vous en aviez retranché des matières aussi étrangères que sont les grands chemins, les péages, le jugement des contestations sur les substitutions, la condamnation de l'hérésie des protestants sur le purgatoire.... Si vous y aviez fait plus d'attention, les mouvements de votre zèle ne vous auraient pas fait voir dans une loi dont vous reconnaissez l'utilité en général ce (jui n'y est en aucune manière, et vous auriez beaucoup mieux vu ce qui y est elTectivement. D'un coté rien n'est plus éloigné des motifs de cette loi qu'un dessein secret de détruire les établissements les plus favorables. Les prélats