Luynes, 31 mai 1749, X. l'il
qui pouvaient survenir, et même de préparer pour les populations un soulagement bien nécessaire.
Le difficile était de demander au pays de nouveaux sacrifices, alors que l'opinion publique au contraire attendait, exigeait, de prochaines diminutions d'impôts. On était mécontent de la paix, du règne de Mmp de Pompadour, du luxe de la cour, de l'apathie et de l'indifférence du roi : l'esprit de fronde devenait général : le gouvernement était hautement accusé de gaspiller les subsides qu'il arrachait à la misère publique. Le Parlement s'apprêtait à servir d'organe à ces dispositions hostiles. Il trouvait que la suppression promise du dixième était bien longue à venir. Au mois de mars 1719, c'est-à-dire un mois après la publication de la paix, parut une brochure anonyme dont l'auteur soutenait que le dixième avait pris fin, légalement, depuis le jour de cette publication, qu'un débiteur n'avait plus le droit de faire subir la retenue du dixième à son créancier, que les préposés qui continueraient à exiger l'impiH méritaient d'être traités comme concussionnaires. Le contnileur général voulut faire condamner par le Parlement cet écrit séditieux, et, sur sa demande, l'avocat général d'Ormesson prépara un réquisitoire qui contenait notamment cette phrase : « Comme si l'on pouvait douter des bonnes intentions du roi pour le soulagement de ses peuples ». Mais au jour fixé (20 mars), le premier président Maupeou manœuvra de telle sorte qu'il empêcha la lecture du réquisitoire et même détourna sa compagnie de s'occuper de cette affaire : et le roi, inquiet des dispositions du Parlement, dut, malgré Machault, laisser cet écrit impuni '. Divers parlements de province, ceux de Bordeaux, de Pau, de Toulouse, allèrent encore plus loin, et osèrent rendre, dans des affaires entre particuliers, des arrêts qui défendaient à un débiteur de retenir le dixième à son créancier -. A Paris, la jeunesse turbulente des enquêtes voulait que l'on agit sans délai contre le dixième et toute la modération de la Grand'Chambre se bornait à exprimer le vœu qu'avant d'agir on laissât passer l'année *.
Il était donc impossible de retarder longtemps l'effet des promesses royales : et cependant les besoins d'argent étaient pressants. De nombreux conseils se tinrent dans les commencements de l'année 1749 pour tacher de concilier les dégrèvements indispensables avec les exigences de la situation. C'est là que Machault proposa le seul moyen de tirer l'État de ses embarras. Au dixième serait substitué le vingtième : le roi tiendrait ainsi sa parole; quant au vingtième, rendu vraiment général, débarrassé des exemptions, des abonnements, des inégalités
1. Uelalion de ce qui sest passe à l'occasion d'un écrit séditieu.x sur le dixième. Bibl. nat., fonds Joly de Fleury, vol. 1450.)