D'Arfe'.. 12 avril
qui rendaient le dixième peu productif, il pourrait fournir peut-être autant que le dixième et certainement assez pour remplir un double office : gager l'emprunt indispensable pour liquider l'arriéré de la guerre, et fournir un fonds d'amortissement énergique qui procurerait tout naturellement la libération progressive des revenus du roi et le soulagement du peuple. De la sorte, on se débarrasserait d'une lourde dette lloltante, on préparerait l'allégement de la dette constituée : et avec une politique sévère d'économies, avec les quelques plus-values qu'on pouvait légitimement espérer dans le rendement des impôts grâce à la paix, l'État sortirait de ses embarras.
Ainsi, sous la pression de la nécessité, comme par l'effet naturel du progrès des lumières, se trouvait proclamé, une fois de plus, le principe fécond de l'égalilé devant l'impôt. Celte vérité, que Vauban le premier avait exprimée dans des termes d'une force et d'une élévation admirables, qui s'était imposée aux hommes les plus épris des traditions féodales et les plus dévoués aux préjugés nobiliaires, comme le duc de Bourgogne et Boulainvilliers, que tous les faiseurs de systèmes dont l'imaginalion s'exerçait depuis 171") sur l'amélioration des finances exprimaient plus ou moins formellement : cette vérité, qui contenait en germe une révolution, le gouvernement royal la faisait sienne, la proclamait au su et au vu de tout le pays, et non pour la première fois; car déjà à cinq reprises différentes, il avait cherché dans la taxation directe de tous les revenus de tous un remède à sa pénurie financière. Et il ne pouvait en être autrement : plus l'administration devenait savante et compliquée, plus les dépenses d'État s'accroissaient, plus il était impossible d'y faire face avec les seules ressources du troisième ordre, plus les exemptions du clergé et de la noblesse devenaient injustes et absurdes, plus leur suppression s'imposait. Autrefois la noMesse gouvernait, rendait la justice, supportait les charges de la défense commune : il était juste alors qu'elle fût exempte des tributs, qu'elle en reçut même de ceux qui profitaient de ses services. Mais maintenant elle était administrée par les agents du roi, justiciable du roi, défendue par les armées du roi, dans lesquelles elle ne remplissait plus la plus grande place, dans lesquelles surtout elle ne remplissait plus cette place gratuitement : il était donc naturel qu'elle fût contribuable du roi, et si elle ne l'était pas, ou ne l'était qu'à moitié, c'était par une anomalie choquante, par un privilège injustifiable, comme ces droits seigneuriaux qu elle continuait à percevoir, sans rendre les services qui les avaient autrefois légitimés. Quant au clergé, plus riche encore que la noblesse, et n'ayant pas, comme tant de gentilhommes de créalion nouvelle, payé ses privilèges en espèces, il avait moins de raisons encore à faire valoir pour s'exonérer des charges communes, et moins de chances aussi pour les faire accepter : ce n'était pas au temps
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de Voltaire qu'il pouvait se vanter de contribuer suffisamment aux besoins de lÉtat par ses prières. Quoi qu'on fit, le temps était proche où les ordres privilégiés, de gré ou de force, devraient renoncer à ce dernier débris de l'antique constitution féodale, à ce reste de la superstition du moyen âge : l'unité nationale, vers laquelle on s'acheminait rapidement, ne pouvait s'accommoder des immunités des ordres, pas plus que des immunités des provinces.
^Malheureusement, les privilégiés n'étaient nullement disposés à se résigner à ces sacrifices nécessaires : ni l'orgueil, ni linlérêt ne leur permettaient de capituler facilement, et c'était une lutte particulièrement acharnée et dangereuse que Machault affrontait, en proclamant ce principe, devenu banal de nos jours, et dès le xvm*' siècle familier à un grand nombre d'esprits, que tous les sujets d'un État, profitant également de la protection de cet État, doivent concourir selon leurs facultés à son entretien et à sa défense. Jusqu'en 1749, toutes les fois que pareille œuvre avait été entreprise, le privilège avait su triompher des efforts plus ou moins sérieux du pouvoir central pour établir dans tout le royaume l'impôt universel et uniforme.
La première fois qu'une attaque fut dirigée contre les immunités d'impôts — ce fut lors de la création de la capitalion, en 1695 — avec quelle timidité fut-elle conduite, et combien la mollesse de l'exécution fit-elle contraste avec la gravité de la théorie! Les exemptions et les inégalités apparaissent dès l'origine dans cet impôt qui n'en devait point comporter. Le clergé fixe lui-même le don gratuit qui tiendra lieu de sa capitation. La noblesse, qui ne peut s'affranchir de l'impôt en bloc, comme le clergé, arrive presque au même résultat en détail, par la complaisance avec laquelle ses taxes sont faites, par les lenteurs et les difficultés extrêmes qu'elle apporte à leur paiement *• La capitation a beau être doublée, quand elle est rétablie en 1701, le clergé n'en paye pas davantage, en attendant que, grâce au rachat qui lui sera concédé en 1710 pour la somme dérisoire de 24 millions, 6 fois sa redevance annuelle -, il ne paye plus rien du tout. Nombre d'abonnements de faveur sont concédés à des provinces, à des villes, à des corps de métiers : le Languedoc, dont on espérait o millions, en fournit à grand' peine 1 400 OOo ', et la capitalion des gentilshommes y est si difficile à recouvrer, qu'il faut accorder pour celle-là aux collecteurs une augmen-