Le Nain h MacJiault, 23 février, H. S
chevêque de Toulouse qu'il n y nommerait que des gens liants et disposés à se conformer aux instructions que vous auriez adressées, il est certain (|ue ces messieurs se seraient bientôt dégoûtés de la commission, et m'auraient bientôt abandonné la place.... Le vingtième fait avec une apparence de doublement aurait produit presque autant de représentations que d'articles, et, dans celle première année surtout, .3 bureaux par semaine auraient à peine sufli; or peut-on imaginer que des commissaires choisis dans des villes éloignées de celle-ci s y fussent fixés à demeure pour vaquer sans rétribution à des affaires si ennuyeuses et si dégoûtantes? » L'archevêque de Toulouse confirmait entièrement la manière de voir de l'intendant : « Je puis vous assurer que les adoucissements (lue Ion vous demande ne dérangeront en rien l'objet que vous vous proposez. Le vingtième passera tout d'une voix à la première demande qui nous sera faite de notre consentement, et comme c'est moi seul qui nomme les commissaires des États, je ne nommerai que ceux que m'indiquera M. Le Nain lui-même,... par là vous n'aurez rien à appréhender d'une commission mixte : si vous n'aviez pas la bonté de vous prêter à ce que nous avons l'honneur de vous demander, je vous avoue que je craindrais que votre refus n'eût des suites fâcheuses ^ » Le prélat disait vrai. Au fond l'assemblée était épouvantée de sa propre hardiesse et elle aurait saisi le moindre prétexte, elle se serait contentée de la plus légère concession pour rentrer dans le devoir.
Un ministre uni(juement préoccupé de suffire aux besoins journaliers du Trésor et d'éviter les embarras, n'aurait pas manqué de saisir cette occasion de rétablir le calme dans la province; Machault ne songea pas un seul instant à sacrifier les principes qu'il regardait comme nécessaires. Il ne pouvait en effet entrer dans la voie des complaisances sans s'obliger à toujours y rester; s'il pouvait y avoir temps pour des concessions, c'était lorsqu'on avait obtenu une soumission au moins apparente, comme en Provence et en Artois, non après une conduite comuïe celle que les Étals de Languedoc avaient tenue et qui provoquait chez le ministre une véritable indignation. 11 ne comprenait pas que les Ltats se fussent alarmés parce qu'on ne leur demandait pas un consentement qu'il leur élail toujours possible de donner. Il remarquait que jamais, en aucun cas, les commissaires du roi ne s'étaient servis de ces termes formels demander le consentement, auxquels les Etats affectaient de tenir dune manière si exagérée; qu'ils avaient toujours déclaré seulement à l'assemblée que l'inlentiun du roi était qu'elle fit tel ou tel fonds, qu'elle volât telle ou telle somme, et que l'article des instructions relatif au vingtième n'élait pas conçu autrement; que sile roi n'avait pas entendu que les États y donnassent leur consentement,
1. L'archevêque de Toulouse à .MaeliauH. 9 février l'oU, H. 84G.
la déclaration qu'il avait chargé ses commissaires de leur faire n'aurait, aucun sens, et que le relard qu'il avait consenti, sur la prière de la province, à mettre dans les opérations relatives au vingtième, ne se comprendrait plus '. « S. M. a été aussi surprise que mécontente, écrivait-il à l'archevêque de Toulouse -, et n'a pas jugé à propos de donner de réponse aux États sur leurs représentations parce qu'elle n'en doit point recevoir avant que ses ordres n'aient été exécutés.... S. M. se serait (lortée dès à présent à casser la délibération des É'ats, si le souvenir qu'Elle a la bonté de se rappeler des témoignages de zèle et de soumission qu'Elle a reçus en tant d'occasions de ses sujet> de Languedoc ne l'avaient engagée à suspendre ce qu'elle doit au maintien de son autorité. » Le mécontentement du contrôleur général atteignit même les commissaires du roi, auxquels il reprochait de n'avoir pas séparé les États dès la séance du 3 février. Il trouvait que Le Nain avait montré une regrettable faiblesse, et soupçonnait de la part du maréchal de Richelieu quehjue chose de plus grave ^. Les instructions des commissaires du roi n'auraieut-elles pas été communi(]uées dans leur entier aux États précisément pour leur fournir le prétexte dont ils avaient besoin? La prétendue contradiction ne pouvait être aperçue en effet que si les deux articles étaient présentés en même temps. « En insistant pour obliger les États, écrivait-il à Le Nain, comme l'instruction particulière le porte, à accorder le don gratuit par première délibération, en leur défendant au nom du Roi de parler d'aucune autre affaire avant qu'il n'eût été accordé, en leur interdisant de parler du vingtième, on les mettait dans la nécessité de délibérer d'une manière précise sur le don gratuit, et il est plus que probable, à en juger même par la conduite qu'ils ont tenue, tout irrégulière qu'elle est, qu'ils n'auraient pas osé prendre le parti de résister ouvertement. » Imposant d'ailleurs silence à ses soupçons, Machault résolut d'envoyer de nouveaux ordres si précis qu'aucune latitude ne restât possible dans leur exécution. Il fit enjoindre aux États de délibérer sur le don gratuit, toute affaire cessante, sous peine de dissolution, et cela, sans promettre aucune concession pour le vingtième. Les États furent clairement avertis « qu'ils devaient regarder comme une pure grâce que S. M. les mit en état de réparer leur première faute », et qu'après