Lettre de Saint-Priest, 20 janvier 1752, H
4. .Miichaull à l'évêque de Castres, 19 janvier 1752, H. 1093. 0. 1956 743 1. de différence entre l'impositioa de 1750 et celle de 1751;
600 000 I. de remises d'impôts eu outre sur ce dernier exercice; enfin les * frais de fourniture de blé. ■^
des dispositrons favorables de Sa Majesté pour ses peuples du Languedoc et de sou attention suivie à leur procurer des avantages. »
La fermeté de cette réponse ne laissait guère soupçonner que Machault fût sur le point de se rendre, non certes aux récriminations et aux insinuations de l'évêque de Castres, mais aux supplications, aux protestations de fidélité et d'obéissance que d'autres prélats lui envoyaient, notamment l'archevêque de Toulouse; et cependant il en était ainsi. En séparant les États, Machault n'avait pas eu la pensée de supprimer pour toujours cette forme d'administration traditionnelle. H lui suffisait d oler à l'intérêt local les moyens de s'insurger contre l'intérêt général, à l'oligarchie des Elats les moyens d'abuser de son pouvoir au détriment des populations. Des États incapables de résistance et régénérés par quelques règlements salutaires n'avaient rien qui lui répugnât. Il avait brisé l'opposition des États de Languedoc, mais il n'avait pas intérêt à briser les États eux-mêmes. Après avoir dûment établi, par une interruption de près de deux ans, que les États n'étaient pas plus indispensables à la province qu'au roi lui-même, après avoir forcé le Languedoc à se soumettre au vingtième, après avoir ainsi clairement montré que le rétablissement des États serait de sa part une concession et une grâce, nullement une nécessité ni une amende honorable, Machault n'avait pas de motif de retarder indéfiniment celte grâce et cette concession. Il avait même de sérieuses raisons pour être indulgent; ses ennemis l'accusaient de vouloir tout bouleverser, tout révolutionner en France; il était bon de prouver que la destruction n'était pas son but, et que ses rigueurs lui avaient été imposées, malgré lui, par la résistance de ses adversaires. Puis tout espoir n'était pas encore perdu, au début de 1732, de contraindre le clergé à se soumettre au vingtième; quand une nouvelle assemblée serait réunie, ne serait-il pas avantageux de pouvoir lui objecter la docilité forcée de l'épiscopat languedocien dans des États reconstitués, et comment pourrait-elle opposer au roi ces motifs de conscience tant exploités par elle en 1750, quand les prélats du Languedoc auraient été amenés à accepter à peu près en 1752 ce que leur conscience leur avait interdit deux ans plus tôt? 11 est permis en outre de penser que le gouvernement es[)éra, en donnant une certaine satisfaction aux évêques dans la question des Etats, obtenir d'eux plus facilement quelques adoucissements dans les mesures de rigueur qu'ils s'obstinaient à employer contre les protestants de leur province, au grand péril de la paix publique. Leur rendre leur siège si regretté dans les États de leur province était peut-être le meilleur moyen de gagner leur adhésion à celle tolérance relative que le ministère jugeait de plus en plus nécessaire. L'événement ne justifia pas pleinement cette espérance; mais il est très probable que ce calcul fut présent à l'esprit de Machault et de Saint-Florentin. Enfin, l'exemple venait d'un grand ministre dont
Machault n'avait pas à répudier les traditions. Lorsque Richelieu avait interrompu l'existence des États de Languedoc, il n'avait pas tardé à les rétablir, mais en leur imposant ses conditions, et en les rendant tels « qu'ils ne puissent plus jamais desrober et charger le peuple, ni contrarier aux volontés du roi • ». A cent vingt ans de distance, c'est exactement le programme de ce que Machault avait résolu de faire avec les États du Languedoc : leur imposer quelque édit analogue au fameux édit de Béziers, qui leur rendit l'existence, et l'existence seulement.
Tel était aussi le vœu de plusieurs habitants de la province, trop clairvoyants pour ne pas apercevoir les abus de l'administration des États, mais qui trouvaient cependant dans le maintien de cette assemblée des avantages réels. Comme il était naturel, cette manière de penser se rencontrait surtout chez certains membres des corps judiciaires du Languedoc, où les États n'étaient pas aimés, mais où la prédominance absolue et sans limite de quelque maître des requêtes expédié de Versailles ne plaisait guère davantage. Depuis près de deux ans déjà, on s'y occupait des moyens de faire rétablir les États, mais des États reconstitués et améliorés. Peu de temps après leur dissolution et les inutiles remontrances de la cour des aides, Machault avait reçu du sous-doyen de cette cour, Fages, de véritables réquisitoires contre l'organisation et les pratiques de l'assemblée provinciale. 11 ne demandait pas la destruction définitive de celte assemblée; mais il souhaitait quelque correction exemplaire qui rabattit un peu son orgueil et la ramenât au sentiment de ses devoirs. Ce n'est donc pas un adversaire systématique qui parie, et son témoignage n'en mérite que plus d'attention. 11 est d'ailleurs confirmé par bien d'autres dénonciations faites à Machault à la même époque, par les propres aveux que l'archevêque de Toulouse fut forcé de faire dans une conversation avec Sainl-Priest -, et mérite d'être considéré généralement comme l'expression de la vérité. Enfin ce sont ses avis qui ont inspiré à Machault les mesures qu'il prit lors du rétablissement des États : il importe donc de les connaître. Voici les principaux points sur lesquels s'exerçait l'impitoyable critique du sous-doyen de la cour des aides.
Les frais des États. C'était là un des cotés les plus faibles des États provinciaux en général et de ceux de Languedoc en particulier. Pourvus les uns à titre héréditaire, les autres à titre viager, du droit d'entrer à l'Assemblée, tous sans responsabilité et sans conlrùle, les membres des États étaient naturellement portés à considérer l'administration de leur province comme étant leur bien, leur chose, et ils agissaient en consé-
1. LeU.re du premier président du Parlement de Toulouse à Richelieu. 3 septembre 1632. (Gachon, op. cit.. p. 236.)
■2. Sainl-Priest à Jlacliaull. il mars 1752, H. 8i9.
qiience. Les profusions du grand gouvernement de Versailles étaient imitées, dans la mesure de leurs moyens, par les petits gouvernements locaux de Montpellier, de Rennes, de Dijon. Les membres des États prennent d'abord beaucoup pour eux-mêmes, comme le roi; ils se jettent, écrivait Colbert, les gratifications à la tête '; puis, encore comme le roi, ils ont autour d'eux une clientèle nombreuse d'amis, de protégés, de serviteurs, de courtisans, à laquelle il faut aussi beaucoup donner. « La majesté d'une province assemblée » - exige naturellement aussi un certain faste. On peut s'en apercevoir aux chiffres. L'édit de Béziers a fixé les frais de tenue d'États, y compris les gages des officiers de la province, à 50 000 livres et la durée des sessions à quinze jours; l'édit d'octobre 1619 permet un mois de session et 75 000 livres de frais; en 1659, les sessions sont portées à la durée désormais à peu près invariable de six semaines, mais les frais ne cessent de croître, car à côté du crédit régulier et officiel des frais d'États, qui reste immuable, on impose dès 1650 dans le département des dettes et affaires un comptereau pour les dépenses extraordinaires, et ce comptereau ne tarde pas à acquérir, avec une parfaite régularité, une singulière élasticité; il dépasse, en 1749, 183 000 livres; ce qui, joint aux 75 000 livres de crédit régulier, fait cinq ou six fois plus qu'en 1632. « C'est, dit Pages, une légende d'articles qui ne finit point, et parmi lesquels on en trouverait de comiques, s'il était permis de plaisanter en matière aussi sérieuse. » 11 y a des crédits surabondants pour la musique, la buvette, l'éclairage, le chauffage de l'assemblée; il y en a pour les innombrables gratifications que les États accordent à quiconque, de près ou de loin, est mêlé à leur session, depuis celui qui la préside, jusqu'aux laquais des ministres chez qui leurs députés à la cour auront à. se rendre. Mais il y en a surtout d'énormes pour les montres "', que, sous prétexte de la cherté des vivres, les députés s'octroient depuis l'année 1653. La coutume est de donner une montre par mois; tout mois entamé compte comme entier; grâce à la précaution des États de commencer toujours dans les derniers jours d'un mois, cela fait déjà trois montres. A ces trois montres s'ajoute bientôt une quatrième, puis une cinquième montre de grâce. On les vit même une fois se donner une demi-montre de plus, sous prétexte qu'un deuil de cour les forçait de se faire faire un habit noir *, et cette demi-montre, une fois introduite, ne disparait plus; aux États de 1750, c'est cinq montres et demie, soit 83 490 livres, que l'assemblée s'alloue