‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 15 sur 96 · Cf. Artaud, Ouvr, cit,, t. II, p · texte numérisé non relu

Cf. Artaud, Ouvr, cit,, t. II, p

3. Coringius, dans la préface de sa traduction, publiée en 1660, prend vivement la défense de Machiavel contre les accusations de Paul Jove, de Gentillet, de Possevin et de ses autres adversaires.

mier rang parmi les livres qui traitent du principat ^ ; Scioppius publie une apologie volumineuse des enseignements contenus dans cet ouvrage ^ ; Amelot de La Houssaye , le tra-

1. JusTi Lipsi Politicorum sive avilis doctrinœ Libri sex. Ex officina Plantiniana, 1625, in-18, p. 10. « Qui nuper aut hère id tentarunt {de prindpatu scribere) non me tenent aut terrent, in quos si vere loquendum est, Cleobuli illud vetu^ conveniat : *A|j.ou(iia tô irXéov (j.époc,>6Ya)v te «XîjOoç, inscitia in plerisque, et sermonum multitudo, Nisi quod unius tamen Machiavelli ingenium non contemno, acre, subtile, igneum : et qui utinam Principem suum recta duxisset ad templum illud Virtutis et Honoris ! Sed nimis sœpe deflexit, et dum commodi illas semitas intente sequitur, aberravit a regia hac via, » Juste-Lipse n'en fut pas moins accusé de machiavéliser par Dideric Comhert. « Ille Lipsius machiavelissat; ille ad fraudes, homicidia, perjuria, principi suo prœit, « Just. Lips. adversus dia- LOGiSTUM Liber. 1594, p. 87.

2. Les écrits politiques de Scioppius sont nombreux. Trois sont relatifs à Machiavel. En voici les titres tels qu'il les donne dans sa Pœdia humanarum ac divin, litterarum, p. 17 :

1® Machiavellica, sive apologia duplex, quarum priare Ecclesiœ décréta de Machiavelli libris defenduntur; posteriore innocentia ejusdem adversus italici nominis hostes, aliosque sycophantas propugnatur.

2® Machiavellicorum operse pretium, sive demonstratio utilitatum quas reip, apportât doctrinœ machiavellicœ examen, et ad evangelicœ veritatis normam directio,

3® Methodus de scriptoribus politicis ac proprie de Machiavelli b'bris jndicandis, eum synnpfii libri de Pinncipo.

duisant en français, en exalte le mérite *; Ba-

Cf. Ch. Nisard, les Gladiateurs de la république des lettres aux xv«, xvi® et xvii® siècles, Paris, 1860, 2 vol. in-8, t. II, p. 1 et suiv. Gaspard Scioppius.

1. Attaché à l'ambassade française de Venise, Amelot excuse la politique de Machiavel, en déclarant que « la raison d'État seule force la main des princes, que les rois ne peuvent pas obéir à la morale. » Rapprochez de l'apologie de Machiavel par Amelot une autre apologie pour Machiavel, écrite vers 1650, et qui est restée inédite. Elle se trouve à la Bibliothèque Nationale, fonds du Roi, n^ 7109. M. Artaud en a donné de longs extraits dans son ouvrage sur Machiavel, t. II, p. 336 et suiv. M. J.-A.-C. Buchon l'a publiée en entier en tète de son édition des Œuvres complètes de Machiavel avec une notice biographique. Paris, 4827, 2 vol. in-4, t. I, p. 23 et suiv. Apologie pour Machiavelle en faveur des princes et des ministres d'État, — C'est à cette édition des œuvres complètes de Machiavel que je renvoie dans le cours de cet écrit. — Les œuvres complètes de Machiavel ont encore été traduites en français par Guiraudet (Paris, an VII (4799), 9 vol. in-8), et par J.-V. Périès (Paris, 4823-26, 42 vol. in-8).

Voyez aussi : Scritti inediti di Nicolo Machiavelli risguardanti la storia e la milizia (4499-4512; ed illustrati da Giuseppe Canestrini, vol. unico. Firenze, 4857, in- 42.

Opère complète di Machiavelli, nuova edizione per cura di Pietro Fanfani, Firenze, 4873; édition décrétée au lendemain de là révolution de 4859 par un arrêté du gouvernement provisoire. Cf. Lettres de Joseph Mazzini à Daniel Stem (4864-4872). Paris, 4873, in-48, p. 28. « La jeune Italie avait fait de Dante, dès l'abord, son patron. Nous l'avons toujours opposé à Macchiavelli, comme

con en loue le sens pratique et l'exactitude *, et Rousseau, prévenu, comme il Test presque toujours, par une imagination qui l'obsède, se persuade « qu'en feignant de donner des leçons aux rois, Machiavel en a donné de grandes aux peuples^ » d'où il conclut que « le Prince est le livre des républicains ^ » C'était le sen-

on oppose la synthèse à l'analyse, le croyant à Tanatofniste, le principe au ftfft. Et, chose curieuse 1 la première inspiration du Gouvernement modéré^ je crois sous la dictature en Toscane de votre Ricasoli, a été celle de voter une somme pour une statue ou une édition de Macchmvelli : la première inspiration populaire, aujoui'd'hui que noire élément se réveille», est celle d'une fête Dantesque. » De cette édition des œuvres complètes de Machiavel, le premier volume seul a jusqu'à présent paru, qui comprend VHistoire de Florence [Storie fioreri" Une). Le second volume, qui comprendra des Fragments historiques inédits [Frammenti storici) et la vie de Castruccio, se trouve en cours d'impression.

i. De Augmentis scientiarum, Lib. VIT, cap. ii. « Est quod gratias agamus Machiavello et hujusmodi scriptoribus, qui alerte et indissimulanter proferunt quid homines facere soleant, non quid debeant, » C'est la pensée que semble avoir traduite Wicquefort dans son Ambassadeur, Liv. I, Sect. 7 : a Machiavel dit presque partout ce que les Princes font, et non ce qu'ils devraient faire, »

2. Du Contrat social, Liv. Ill, ch. vi. « L'intérêt personnel des princes est premièrement que le peuple soit faible, misérable, et qu'il ne puisse jamais leur résister... ïl est naturel qu'ils donnent toujours la préférence à la

liment qu'au xvi® siècle avait déjà professé le juriscousulte italien Albéric Gentilis, soutenant « que ce fut chez Machiavel un dessein profond d'instruire les peuples sous prétexte d'instruire les princes *. » En somme cependant, parti-* sans et adversaires, admirateurs et détracteurs, tous révèrent, pour ainsi parler, en Machiavel, je ne sais quel personnage redoutable et que de sombres mystères enveloppent. C'est d'ormaxime qui leur est le plus immédiatement utile. C'est ce que Samuel représentait fortement aux Hébreux ; c'est ce que Machiavel a fait voir avec évidence. En feignant de donner des leçons aux rois, il en a donné de grandes aux peuples. Le Prince de Machiavel est le livre des républicains. » Et Rousseau ajoute en note, ce qui prouve qu'il n'a guère compris ni l'œuvre ni la vie du Secrétaire Florentin : « Machiavel était un honnèle homme et un bon citoyen ; mais, attaché à la maison de Médicis, il « était forcé, dans l'oppression de sa patrie, de déguiser son amour pour la liberté. Le choix seul de son exécrable héros (César Borgia) manifeste assez son intention secrète, et l'opposition des maximes de son livre du Prince à celles de ses Discours sur Tite-Live et de son Histoire de Florence démontre que ce profond politique n'a eu jusqu'ici que des lecteurs superficiels et coiTompus. La cour de Rome a sévèrement défendu son livre : je le crois bien, c'est elle qu'il dépeint le plus clairement. »

1. De legationibits Libri très, Londini, 1583, in-4. L. m, c. Tx.

--\| dinaire, aux yeux de tous, un génie ténébreux et pervers, le démon de la corruption, une sorte de Belphégor politique * qui ne s'est montré ici-bas qu'afin d'aviver la méchanceté humaine plus encore que pour l'éprouver.

Or, ce respect superstitieux, cette répulsion instinctive ou cet attrait pénétrant .que tour à tour on éprouve à l'endroit de Machiavel, tous ces sentiments» obscurs qui s'éveillent à son nom, tomberaient, si, au lieu de céder aux banalités de la légende ou aux suggestions de la fantaisie, on consultait simplement la réalité *.

C'est ainsi que le plus souvent on se laisse aller à imaginer en Machiavel une physionomie toute romaine, ou du moins qu'on se figure en lui un patriote altier, que la fortune put trahir, mais qui la sut fièrement braver. Pourtant rien n'est plus éloigné du vrai Machiavel que ce Machiavel de convention.

C'est ainsi encore que la perfidie des maximes Au. Prince j leur raffinement de scélératesse,

1. Voyez Œuvres complètes de N. Machiavelli, par J.-A,'C. Buchon, t. II, p. d43 et suiv. Nouvelle très-plaisante de VArchidiable Belphégor.

2. Voyez néanmoins dans la Bévue encyclopédique, t. XIX, XXI, XXII, XXVIII, quatre articles très-sensés de M. Avenel sur Machiavel.

l'art avec lequel paraissent y avoir été distillés \ et condensés tous les poisons de l'immoralité, provoquent, en général, un dégoût qui n'em- ' ) pêche point qu'on n'admire la duplicité de ces / idées et qu'on ne s'extasie sur leur profondeur./ Pourtant, à le bien prendre, ce livre ne fut guère qu'une œuvre de circonstance, et sur- \ tout rien n'est moins équivoque, rien n'est moins captieux que cet ouvrage, ou n'offre moins d'originalité piquante et d'invention.

Non-seulement,' en effet, ce n'est pas à l'éducation de la postérité, mais uniquement à son intérêt propre qu'a songé Machiavel en rédigeant le traité dn Prince ; mais, quelque appareil d'érudition ou de réflexion qu'il y déploie, il s'est borné, au fond, à réduire en préceptes, et avec une naïveté souvent brutale, les pratiques mêmes qui chaque jour se présentaient à ses regards sans les offenser ni les étonner.

En deux mots, les accidents de la vie de Machiavel expliquent seuls la rédaction du Prince. Il suffit, pour s'en assurer, de considérer ce que fut l'existence du publiciste Florentin. — L'esprit du Prince n'est point un esprit secret, dont il soit fort difficile de démêler les origines et de pénétrer les intentions. Il

•20 CHAPITREPREMIER

suffit, pour s'en convaincre, de reconnaître que ce livre qui a, qui ne pouvait pas ne pas avoir des antécédents historiques, n'est d'ailleurs et surtout que la peinture fidèle du temps même où il fut écrit.

Telle est la double conclusion que suggère, ou plutôt qu'impose une étude attentive de la vie de Machiavel et de ses ouvrages.

Peut-être, d'autre part, sera-ce, en im sujet déjà souvent exploré, introduire quelque nouveauté d'information, que de signaler, pour la première fois, croyons-nous, l'œuvre d'un plagiaire d'assez grandrenom qui, environ neuf années avant la publication duPrmce,quatre années avant lamort de Machiavel, pouvait sans aucun scandale imprimer à Naples et dédier à Charles- Quint un traité politique, où il s'est effrontément approprié des chapitres entiers et de nombreux chapitres du Prince, Car ne sera-t-il pas, à ce compte-là, d une pleine et entière évidence que l'auteur du Prince a été d'abord l'homme de son époque ? Comment en effet le plagiat impudent dont se trouve avoir été victime, de la part d'un contemporain alors presque illustre, le Secrétaire Florentin ; comment ce plagiat eùt-il été possible, ou du moins com-

ment fùt-il passé inaperçu, si les doctrines qu'avait exposées Machiavel dans une composition restée, il est vrai, jusque-là manuscrite, mais ^ très-connue pourtant et répandue, n'eussent été à ce point comme la monnaie courante de Fopinion de son temps, qu'elles devaient sembler en quelque sorte n'appartenir à personne? Tant il est vrai que c'est la perversité du xvi* siècle que Machiavel a mise dans ses écrits et particulièrement dans le Priîice beaucoup plus que la perversité de sa propre âme ! Tant il est vrai que Machiavel, qui relève de son époque par les faiblesses de son caractère ou de sa conduite, est bien aussi un homme de son époque par ses théories ! En calomniant la nature humaine, il n'a fait que médire de ses contemporains. Il î a divulgué leurs mœurs ; il a peu contribué à | les corrompre. Il s'est montré indifférent au l bien et au mal, ou même a marqué pour la grandeur du crime une certaine prédilection d'artiste ; il n'a pas été un monstre de scélératesse, n a excellé à peindre ; il n'a rien inventé. Né politique comme d'autres naissent orateurs ou poètes, il a eu la passion des affaires plus encore qu'il n'en a eu le génie, et s'il a témoigné pour Florence et l'Italie quelque ambjtion.

22 CBAPITRE PREMIER

OU indiqué d'utiles réfonnes à y accomplir ; si même il a su parfois s'élever à des vues générales et d'ensemble, il n'a guère franchi néan- * moins le cercle étroit des intérêts du moment, et, dominé par les faits, a vécu trop souvent sans prévision, toujours sans idéal. Finalement, et dût cette parole amoindrir Machiavel en Imême temps que l'innocenter, c'est le xvi* siècle /qui a été machiavélique ; ce n'est point Ma- ( chiavel. Disons plus : Machiavel, à certains égards, vaut mieux que son siècle ; car l'idolâtrie du succès n'étouffa pas constamment chez lui l'amour de la liberté, ni l'inquiète ambition du courtisan besoigneux les nobles préoccupations du citoyen patriote.

Caractère de Machiavel. — Son éducation littéraire. — Il est tout pénétré de Tantiquité grecque et romaine ; n'appartient point cependant à la classe des Humanistes. — Son indifférence apparente pour la littérature italienne, pour les arts, pour les grandes découvertes de son temps. — Machiavel est essentiellement un politique. — Machiavel observateur et contempteur de la nature humaine.

« En me rendant témoin de tant d'événements divers, écrivait en 1515 Machiavel à Pierre Soderini, le sort m'a accoutumé à ne plus m'étonner de rien, et il faut que j'avoue que tout ce que j'ai vu, tout ce que j'ai lu, ne m'a nullement appris à goûter les actions des hommes et les motifs qui dirigent leur conduite ^ »

L'auteur du Prince est tout entier dans ces paroles.

I. Œuvres complètes, t. Il, p. 664. Lettres familières, Lettre xli.

Sans doute ce n'est que par légèreté ou par une exagération voisine du dénigrement que Paul Jove, dans son éloge de Machiavel, a prétendu que chez le Secrétaire Florentin la puissance de la nature avait suppléé au défaut d'instruction, et qu'ainsi on devait s'émerveiller que malgré son ignorance absolue ou sa très-faible connaissance des lettres latines, il fût parvenu à exceller dans Tart de la composition *. Le langage de l'évêque de Nocera oflFre même ici une contradiction bizarre; car peu après il ajoute avoir entendu dire à Machiavel lui-même que c'était du professeur de littérature grecque et latine Marcello di Virgilio, dont il fut quelque temps dans les emplois publics le subordonné, qu'il tenait les fleurs de littérature grecque et latine qu'il avait répandues dans ses ouvrages '. Ce qui

1. Pauli Jovii Novocomensis episcopi NUCERiNi Vitat illmtrium virorum tomis duobus comprehensœ et pr&prm imaginibus illustratœ, Basil., ^678, 2 v. in-fol., t. II, p. 104. « Quis non miretur in hoc Machiavello tantum valuisse natiiram. ut in nulla vel certe medioan Latinarum litterarum cognitione, ad justam recte scribendi rationem pervenire potuerit ? habili siquidem ingeniOy ac, iibi solertiam intenderet. plane mirabili, cuncta qiiœ aggrederetur elegantissimeperficiebat, sive séria sivejocosa scriberentiir. »

2. Paulus Jovics, Loc, cit, « Constat eum^ sicuti ipsc nobis fatebatur, a Marcello Virgilio, cujus et notarius rt

ne signifie raisonnablement autre chose sinon que Machiavel devait beaucoup aux leçons du traducteur élégant de Dioscoride *. Aussi bien, alors même que Machiavel ne nous aurait pas fait confidence, et en termes d'une noblesse parfois touchante, de ses veilles littéraires, comment ne point reconnaître à chaque pas, dans ses œuvres ou sérieuses ou frivoles, les traces manifestes de l'antiquité ? Par exemple, n'est-ce pas le souffle de Plante ^ et de Térence ', de Lucien et d'Apulée *, qui anime tout

assecla publici muneris fuit, Graecœ atque Latinœ linguœ flores accepisse, quos scriptis suis insereret. »

i, Marcello di Virgilio traduisit le premier, du grec en latin, avec des commentaires, les cinq livres de Dioscoride de Materia medica. Voyez Mazzuchelli, scrittori dltal,, t. I, part, i, p. 156.

2. Cf. BxïLE y Ouv.cit,, article Machiavel, en note: « M. de Balzac [Bahadus, Epist. Select., p. 202, 203) observe que la Clitie de Machiavel est une copie de la Casina de Plante, et il blâme avec raison ce Florentin d'avoir suivi son original jusques dans les choses où les matières de religion étoient tournées en raillerie, t Sc7'iba quem nosti Florentinus... e Latina bona Hetruscam fecit meo judicio non malam, Clitia siquidem illius eadem est quœ Plauti Casina; ex qua nonnulla interpres fidissimus pêne ad verbum reddidit, qusedam correxit cum arte, multa felicissime imitatus est, aliqua vero aut imprudenter aut perverse. »

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