Th. Campanellœ de monnrchia hispanioa Diseur sus
substituant le dédain à Finjure, affirme que, depuis leur condamnation, les écrits de Machiavel sont voués à un éternel oubli : « Oltre il restare quei suoi discorsi in perpétua oblivione *. »
Il est vrai qu'en 1572, revenant en quelque façon sur la sentence portée par le concile de Trente, la commission de l'Index propose à Giuliano de Ricci et à Nicolas Machiavel de donner une édition expurgée des œuvres du Secrétaire Florentin, à condition toutefois qu'on y supprimera le nom même de l'auteur. Mais les petits-fils de Machiavel se refusent à ce honteux compromise Les œuvres de leur aïeul
Hardervici, 1640, in-18, p. 28. a Astutia dum acquirit perdit, et quanto raagis nota est, tanto raagis odio habetur. Sicut videre est in scelesti illius Machiavelli discipulo Cœsare Borgia, qui per astutias suas principatum Romaniœ perdidit. »
1. Disco7*si politici, etc. Sienne, 1827, 2 v. in-8, L. II, Bise, I. — Cf. A. Méziêres, Études sur les œuvres politiques de Paul Paruta, Paris, 1853, in-8, p. 114.
2. « En 1572, dans le même temps qu'on s'occupait à Rome et à Florence de revoir le Décaméron de Boccace qui était aussi prohibé, on résolut d'en faire autant des œuvres de Machiavel, pour ne pas priver plus longtemps l'Italie d'un de ses premiers écrivains. Julien de Ricci, petit-fils, et Nicolas Machiavel, autre petit-fils du Secré-
continuent donc à être un objet de dispute à la fois et d'invective. Ainsi, en 1677, un autre jésuite, le P. Lucchesini, imprime à Rome un factum qu'il ne craint pas d'intituler : Traité des sottises découvertes dans les ouvrages de Machiavel; « Saggio délie sciocchezze scoperte nelle opère del Machiavelli del padre Lucchesini * . » Enfin les maximes du Prince j après avoir été,
taire Florentin, furent chargés de proposer les corrections et les suppressions qu'on pourrait faire. Ils acceptèrent la commission d'autant plus volontiers, écrivaient-ils eux-mêmes, qu'elle ne serait pas ditUcile, « et qu'il ne « resterait pas l*eaucoup à faire quand on aurait retran- « ché le peu d'endroits où l'auteur aurait parlé avec trop « de licence des souverains pontifes, ce qu'il faut attri- « buer plutôt à l'esprit de son temps qu'à mauvaise inten- « tion de sa part, attendu qu'il s'était montré pieux et « attaché aux pratique de le religion dans toutes les ac- « tions de sa vie. » Ce travail fut fait et envoyé, en 1573, à la congrégation des cardinaux chargée de la révision de l'index. Mais les cardinaux exigèrent de plus que si on réimprimait ces ouvrages, ce fut sous un autre nom que celui de l'auteur; les deux petits-fils de Machiavel se refusèrent à cette lâche condescendance ; l'affaire en resta là, et les écrivains dévoués à la cour de Rome continuèrent à guerroyer contre lui. » Ginguené, Ouvr. cit., t. VIII, p. 75 et suiv.
1. Rome, 1697. Les libraires, pour abréger le titre de cet ouvrage, y mettaient simplement, dit-on : Schiocchezze del P. Lucchesini, Sottises du P. Lucchesini.
dès 1571, réfutées par un protestant, le préaident Innocent Gentillet * , et ensuite par Bayle, qui observe, créant presque * le mot qui restera, M que le Machiavélisme et l'art de régner tyrannîquement sont des termes de même signification '; » les maximes du Prince suscitent un contradicteur inattendu et bientôt embarrassé de sa propre critique, dans un des hommes qui en effet réaliseront le mieux le type même du Prince^ dans le futur envahisseur de la Silésie, auquel Voltaire conseille d'abord d'écrire , en l'aidant de sa plume si alerte et si française, puis, par un de ces tours qui lui sont familiers,
1. Discours sur les moyens de bien gouverner et maintenir en bonne paix un royaume ou une autre principauté, divisé en trois livres : à savoir du conseil, de la religion, et police que doit tenir un prince. Contre Nicolas Machiavel Florentin, b^ans nom de ville ni d'imprimeur, 1576, in-8. Ce livre est cité ordinairement comme s'il était intitulé Anti' Machiavel; cette mention est plus courte que celle du véritable titre, et de là est venu le titre & Anti- Machiavel.
2. Gentillet avait déjà appelé Machiavélistes les partisans de Machiavel, et c'est la première fois, remarque M. Artaud {Machiavel, son génie et ses erreurs, Paris, 1833, 2 V. in-8, t. II, p. 310^ que ce mot parait dans les écrits politiques depuis la mort du Secrétaire Florentin.
X Dicfionnnirfi historique et critique: article MachinveL
lu CHAPITRE PREMIER
exiorqueV Anti-Machiavel, corrigé tout ensemble et mutilé * .
1 . Voltaire disait, à propos de ï Anti-Machiavel du roi de Prusse : « Il crache au plat pour en dégoûter les autres. » (Chamfort, Caractères et Anecdotes.) Voyez les Commentaires politiques et historiques sur le Traité du Prince de Machiavel et sur V Anti-Machiavel de Frédéric 11^ par le marquis de Bouille, lieutenant-général. Paris, 1827, in-8. « Le plus grand hommage qu'un prince ait jamais rendu à la doctrine de Machiavel, écrit très-bien l'auteur dans FAvant-propos, c'est de l'avoir réfutée afin de la suivre plus impunément. » L'histoire de VAnti-Machia^ vel par le roi de Prusse est assurément une des scènes les plus curieuses du spectacle tragi-comique que donnèrent à leurs contemporains Frédéric II et Voltaire, ces deux personnages si bien faits pour se tromper l'un l'autre et se haïr. Le 31 mars .1738, Frédéric, qui n'était encore que prince royal, écrivait à Voltaire : « Votre Histoire du siècle de Louis XIV m'enchante : je voudrais seulement que vous n'eussiez pas rangé Machiavel, qui était un malhonnête homme, au rang des grands hommes de son temps... Quiconque enseigne à manquer de parole, à opprimer, à commettre des injustices, fût-il d'ailleurs l'homme le plus distingué par ses talents, ne doit jamais occuper une place due uniquement aux vertus et aux talents louables. Cartouche ne mérite point de tenir un rang parmi les Boileau, les Colbert et les Luxembourg. Vous êtes trop honnête homme pour vouloir mettre en honneur la réputation flétrie d'un coquin méprisable : aussi suis-je sûr que vous n'avez envisagé Machiavel que du côté du génie. » — « Comment, répondait Voltaire, ne seriez-vous point ému de cette colère vertueuse où vous
Cependant, d'un autre côté, tandis que
êtes presque contre moi, de ce que j*ai loué le style d'un méchant homme ? C'était aux Borgia père et fils, et à tous ces petits princes qui araient besoin de crimes pour s'élever, à étudier cette politique infernale. Il est d'un prince tel que vous de la détester. )i — De plus en plus pénétré de cette indignation vertueuse que louait ironiquement Voltaire, le prince lui écrivait le 22 mars 1739 : a Je médite un ouvrage sur le Prince de Machiavel; tout cela roule encore dans ma tête, et il faudra le secours de quelque divinité pour débrouiller ce chaos. » En effet, le 4 décembre 1740, la création sortait du chaos, et la divinité secourable était Voltaire, qui, charmé de voir le prince s'empêtrer dans cette entreprise, l'y poussait de toute la force de ses basses flatteries. Cependant, dans l'intervalle, Frédéric-Guillaume P"^ mourait et son fils devenait roi. « Gela fait trembler, » écrivait Voltaire à la comtesse d'Argental. Et Voltaire, ne fût-ce que pour ses propres desseins, avait raison de trembler; car, devenu roi, Frédéric semblait regretter d'avoir réfuté trop librement les maximes qu'il allait mettre en pratique et se montrait même disposé à supprimer sa réfutation. Aussi est-il difficile d'imaginer tout ce qu'il fallut que Voltaire déployât de ruse, d'impudence et de friponnerie pour que l'ouvrage du roi de Prusse parut enfin défiguré et mal déguisé sous le voile de l'anonyme. Cet épisode singulier des relations de Frédéric II et de Voltaire a été fort exactement raconté, à l'aide de leur correspondance, par M. l'abbé Maynard dans son ouvrage intitulé : Voltaire, sa vie et ses œuvres, Paris, 1867, 2 v. in-8, t. I, p. 363 et suiv. 11 se trouve d'ailleurs, pour qui sait lire, très-fidèlement résumé dans l'espèce de post-face dont Voltaire fit suivre la pu-
\i CHAPITRE PREMIER
Sixte V, Charles V, Catherine de Médicis *,
blication qu'il avait fini par arracher à Frédéric. « Avis de Véditeur. Dans le temps qu'on finissait cette édition, il en a paru deux autres : Tune est intitulée de Londres, chez Jean Mayer ; l'autre à la Haye, chez Van Duren. Klles sont très-différentes du manuscrit original ; ce qu'il est aisé de reconnaître aux indications suivantes. — 1® Dans ces éditions, le titre est : Anti-Machiavel ou Examen du Prince, etc., et celle-ci est intitulée : Anti-Machiavel ou Essai de critique sur le Prince de Machiavel, — 2» Le premier chapitre, dans ces éditions, a pour titre : Combien il y a de sortes de principautés j etc., et ici le titre est : Des différents gouvernements. Le second chapitre de ces éditions est : Des principautés héréditaires, et ici : Des États héréditaires. Il y a d'ailleurs des omissions considérables, des interpolations, des fautes en très-grand nombre dans ces éditions que j'indique. Ainsi, lorsque les libraires qui les ont faites voudront réimprimer ce livre, je les prie de suivre en tout la présente copie. »
i. Cf. Bayle, Ouv. cit,, article Machiavel, en note. « L'auteur du Tocsain contre les Massacreurs observe que Charles IX avait été très-mal élevé, et qu on lui avait laissé ignorer ces enseignemens de rÉcriture,que le roy establi sur le peuple de Dieu ne doit point eslever son cœur sur ses frères, ains qu'il doit ensuivre la loi du Seigneur de poinct en poinct, et y méditer en la lisant tous les jours de sa vie... Au contraire de quoy la Reine a fait instmire ses enfans es préceptes qui étaient plus propres à un tyran qu'à un roy vertueux, luy faisant faire leçon, non pas seulement des sots comptes de Perceforest, mais surtout des traictz de cet athée Machiavel, dont le but a esté plutôt d'enseigner le prince à se faire craindre qu'aimer, et à régner en grandeur qu'à
Henri III *, passent pour faire du traité du Prince leur livre de chevet, et qu'Amurat IV et Mustapha III ordonnent de le ti'aduire en turc ' ; Coringius le traduit en latin '; Juste-Lipse, malgré les restrictions qu'il apporte à ses éloges, ne peut s'empêcher de le placer au pre-
bien régner. Et de fait, on peut bien appeler ce livre-là rÉvangile de la Reine-mère. »
1. Cf. BaylEjOmv. cit,^ article Machiavel ^ en note. « Davila rapporte que Corbinelli lisait souvent le Prince et les Discours de Machiavel au duc d'Anjou, qui fut ensui e le roi Henri III. » Voyez H. Baudrillirt, F Bodin et son temps^ Tableau des théories politiques et des idées économiques au xvi® siècle, Paris, 1853, in-8, p. 97. « Sous Charles IX et Henri III, l'anathème contre Machiavel parait réservé aux protestants, bien que la chaire catholique eût retenti déjà de vives protestations contre Fauteur du Prince, ennemi déclaré de l'autorité temporelle du Saint- Siège. Machiavel était, on le savait, la lecture favorite de Henri III. Aussi, dès que le duc d'Alençon se sépare de son frère, voit-on Gentillet lui dédier son Anti Machiavel: Tous les ministres protestants suivirent alors avec fougue. Plus tard, quand Henri III sera devenu pour la Ligue l'ennemi qu'à tout prix il faudra détruire, Boucher désignera d'un ton de mépris Machiavellum quiperpetuus ei in saccido atque manibus est.