‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 17 sur 96 · CL Bayle, Ouvr, cit,, article Machiavel, en noir · texte numérisé non relu

CL Bayle, Ouvr, cit,, article Machiavel, en noir

traits dont il a illustré et ses Discours sur la première décade de Tite-Live et son traité du Prince ? N'est-ce pas à Végèce qu'il doit le meilleur de ses sept livres sur VArt de la guerre *? Ne le surprend-on pas enfin en fréquentation familière avec Homère et Platon % Pindare et Euripide ^? Toutefois, nonseulement Machiavel préféra délibérément à la langue latine l'idiome vulgaire *, mais, il le

« M. Amelot prouve que Machiavel n'est que le disciple ou l'interprète de Tacite. »

i . Le chevalier de Folard reproche même violemment à Machiavel d'avoir copié Végèce. « Il a copié Végèce, écrit-il, comme si la langue latine était aussi inconnue que le Topinambou, et qu'il ne se trouvât personne qui put découvrir cette espèce de filouterie qui n'est ni permise ni honnête. Il eût dû citer son auteur sans le travestir en plusieurs endroits et sans l'habiller à la moderne. » Nouvelles découvertes sur la guien*e^ Paris, in-i2, 1724, p. 4.

2. Cf. Machiavel, Œuvres compL, t. I, p. 287, Discours sur la réforme de la constitution de Florence; t. II, p. 142, De la Colère, etc.

3. Cf. Machiavel, Œuvres compL, t. II, p. i42. De la Colère^ etc.

4. Périès, Histoire de Nicolas Machiavel, Paris, 1823, in-8, p. 284. « Un trait rapporté parle chanoine Bandini prouve que si, à l'exemple de la plupart de ses contemporains, Machiavel ne se servit pas de la langue latine, co ne fut point par impuissance, mais par un système

faut constater, on ne sent rien vibrer chez lui de cet enthousiasme fébrile qui transporte jusqu'au délire les adeptes de la Renaissance, et il n'a point de place parmi ces lettrés, ces Humanistes^ qui font de Florence une nouvelle Athènes, un Chalcondyle, un Ficin, un Politien, un Pulci, un Bibbiena, un Sannazar, un Vida, un Sadolet, un Pogge, un Bembo. Il y a plus : cet esprit si délié, si délicat, si raffiné, cet écrivain si pur et qui portera si haut

fixe et arrêté sur les avantages de Tidiome vulgaire. Il avait coutume de lire ses ouvrages à ses amis, pour en recevoir des conseils que sa modestie savait toujours mettre à profit. Un jour qu'il venait de terminer la lecture de son Histoire de Florence^ un savant, après en avoir loué le plan et Texécution, ajouta : « Il n'y manque plus qu'une chose maintenant, c'est que vous la mettiez en latin. » — « Il y eut autrefois, si je ne me trompe, lui répondit Machiavel, un roi de Lacédémone, nommé Agasiclès, auquel un de ses courtisans, instruit du désir qu'il avait de devenir savant, dit un jour : Pourquoi ne prenez-vous pas pour maitre le sophiste Philophane ? — Parce que, répondit le roi, je ne veux être le disciple que de celui dont je suis lils. En conséquence, c'est en florentin que je dois maintenant écrire, et non point en latin. » — Aussi bien, Brunetto Latini, Dante, Dino Compagni, Villani, Pétrarque, Boccace avaient déjà commencé à faire oublier le latin et à fixer l'italien dans leurs écrits.

la prose italienne % paraît comme insensible aux beautés, aux tendresses, aux grâces de cette poésie italienne, où il s'est pourtant exercé lui-même non sans succès, et qui, dans le beau pays où résonne le si, « del belpaese là dove il si suona, * » a rencontré, dès son aurore, des interprètes tels qu'un Dante, un Pétrarque, un Boccace! Ce n'est pas qu'il ignore les doctes, charmants ou sublimes écrits de ces génies frères qui sont nés sous le même ciel que lui et qui ont eu presque le même berceau ^ ; mais il ne s'en montre nullement épris et ne les cite que très-rarement. Dante, dont il imite les Terzetti * et critique la langue % n'est guère pour

\, Paclus Jovius, Oper cit. « l'pse qiioque (Machiavellus) natura perargutus et dodlis ^ salsique judicii pîeniis, pedestrem patrii sermonis facultatem a Boccacii conditoris vetustate diffluentem, novis et plane atticis vinculis astrinxerat. sic, ut ille castigatior, sed non purior aut gravior otiosis ingeniis existimetur, »

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