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Dante, Inferno, XXXIII

3. Dante naquit à Florence, Pétrarque à Arezzo ; Boccace, qui naquit à Paris, était originaire de Certaldo, où il mourut. Arezzo et Certaldo appartiennent au territoire Toscan.

4. Cf. Machiavel, Œuvres compL, t. II, p. 611, Lettres familières^ Lettre xiii à Francesco Vettori.

5. Cf. MACHrAVEL, ÛEwvres compL, t. II, p. 124, Discowns ou plutôt dialogue dans lequel on examine si la langue

Mi CHAPITRE 11

lui que Tauteui* du traité de Monarchia^ auquel effectivement il dérobe plus d'une maxime * , et dont il s'est en quelque façon assimilé l'esprit. 4^aant à Pétrarque et à Boccace, leurs noms paraissent à peine une ou deux fois sous sa plume ' ; et s'il prononce, en passant, celui de l'Arioste, c'est uniquement pour se plaindre que l'auteur de VOrlando furioso ne l'ait pas compris au nombre des poètes dont il a par ses vers consacré le souvenir '. Le sentiment de

dans laquelle ont écrit le Dante, Boccace et Pétrarque doit s'appeler Italienne, Toscane ou Florentine.

4. Cf. Machiavel, Œuvres compL, t. I, p. 484, Discours, L. I, ch. lui. « C'est ce qui a fait dire au Dante, dans son Traité de la Monarchie, qu'on entend bien des fois le peuple dans l'ivresse s'écrier : a Vive notre mort, périsse notre vie ! »

2. Cf. Machiavel, Œuvres compL, t. I, p. io3. Histoire de Florence, L. VI, p. 642; le Prince, ch. xxvi.

3. Cf. Id., ibid., t. II, p. 664, Lettres familières. Lettre xlvi à Lodovico Alamanni, 1517. « J'ai lu ces jours derniers VOrlando furioso : c'est véritablement d'un bout à l'autre un très-beau poème, dans lequel il se trouve une foulp de passages admirables. Si l'auteur est h Rome, recommandez-moi a lui, et dites-lui que je me plains seulement de ce qu'ayant consacre le souvenir de

tant de poètes, il m'ait laissé de côté comme un , et

de ce qu'il a fait à mon égard dans son Orlando ce que je ne ferai pas pour lui dans mon Ane d'm*. » — Voyez Ariostk, Roland furieux, chant XLvr.

l'art semble d'ailleurs encore moins vif chez Machiavel que celui des lettres. Ce courtisan des Médicis, cet habitant de Theureuse Toscane, ce fils de la païenne Italie, n'a pas une parole qui trahisse les émotions dont remplissait les âmes de ses contemporains la réapparition des chefs-d'œuvre antiques * ; de même qu'il n'a pas un mot qui permette de soupçonner qu'il ait vécu dans les mêmes temps et dans les mêmes lieux qu'un Léonard de Vinci, qu'un Michel- Ange, qu'un Raphaël, qu'un Cellini,

1 . Voyez le poème qu'inspira à Sadolet la découverte du Laocoon. De Laocoontis statua quœ Romœ in Vaticano spectatur. Cf. Machiavel, (Euvres compl.y t. I, p. 426, Discours, Avant-propos. « Si on considère le respect qu'on a pour l'antiquité, et, pour me borner à un seul exemple, le prix qu'on met souvent à de simples fragments de statue antique, qu'on est jaloux d'avoir auprès de soi, d'en orner sa maison, de donner pour modèles à des artistes qui s'efforcent de les imiter dans leurs ouvrages ; si, d'un autre côté, on voit les merveilleux exemples que nous présente l'histoire des royaumes et des républiques anciennes ; les prodiges de sagesse et de vertu opérés par des rois, des capitaines, des citoyens, des législateurs qui se sont sacrifiés pour leur patrie ; si on les voit, dis-je, plus admirés qu'imités, ou même tellement délaissés qu'il ne reste pas la moindre trace de cette antique vertu, on ne peut qu'être à la fois aussi étrangement surpris que profondément affecté. »

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qu'un Titien, qu'un Corrége. Il est impossible aussi de ne le pas remarquer : le Portugais Barthélémy Diaz pourra ouvrir, parla découverte du cap de BouTie-Espéranee, la route des Indes ; le Génois Christophe Colomb révéler un monde nouveau, et le Florentin Amcrigo Vespupci, aux applaudissements de Florence entière ', reconnaître à son tour le continent qui

1. La Seigneurie de Florence fit illuminer pendant iroisjuui's Ii niaisiin d'Amerigo Veapucci, qui, parti le 10 mai 1497 des lins Fortunées, et après trente-sept juurs de navigation, avait a'~jrdË au cunlinent qui porte son nom. i.f. Ba:«0)M, Yita e lettere di Amerigo Vespucci, raceolte e illustrate. FireniîP, 1743, in-t. Cambi, qui a lat-:sé un étal des grandes maisons de chaque quartier de Flureace en Hdi, lurs de l'établissement du Grand Conseil, cite celle des Vespucci comme ime des plus considérables du QuaHiere di S. M. Hovella per vipera. Bonfitione unicorno Cf iudajie Hotitense Allahï, His^oiVe de la répKbhqiii' d' Flotenie. Paris. 184-3, iii-15, p. 372, — (Le petit bôjiital de bamt-Jean-de-Dleu, à Florence, Comprend 1 anuen pnlms Vespucci, séjour de l'heureux navigateur qui donna son nom florentin au Nouveau- Monde. L'mscrtjition mi'^e par les religieux de Saint- Jean, il y a plus d un siècle, sur la porte du monastère, est le seul moaument consacré aujourd'hui dans Flo' rence à la mémoire de cet homme fameux, dont la renommée surpasse de beaucoup la gloire t « Amerigo Vispuecio patHcio flormiino ob repeiiam Amcricam. stii et pnfr'iF 'lotnim's ilbuitriitori, nmpllfii-nlnri orbis len-nrinn. in

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finira par s'appeler l'Amérique, sans que de tels événements et d'une portée si incalculable paraissent avoir éveillé l'alLenlion de Machiavel, ou même occupé un seul instant sa pens

C'est qu'en effet Machiavel n'est point curieux de ravenir,ni passionné pour les aventures lointaines, non plus que les arts, les lettres, l'éiTidition ne répondent à ses aptitudes les plut intimes et ne sont capables de satisfaire complètement son actif esprit. Encore bien moins, quoique Florentin jusqu'au fond de l'âme, estil né pour les spéculations du change ou les trafics du commerce, auxquels semble prédestiné tout Florentin.

a Tnl fcilto e Fùirentino e cnmbin e niprm '

kac olim Vespuecia domo a tanto hominQ h iti tttta pati t Saneti Joannis de Deo eultwes gratv memortx laitsa p c nn.soî. MDCCXIX. "VALEBï,roy«3(!ft!s(o iquet tittfrawei, li artistiques en Italie,Z'<o\. m S, Pans 1838 t II p 3H

1. Telle n'était pas, à propos de cei ^ïenementa niL movables, l'indifférence de CuiL-liirdia Cf Elgi,\e Be NorsT, Gvichardin historien it homme dEtat italien au svi" siècle. Paris, <B62, in 8 p 313 et suiv Lettre', de Guiehurdin A son frère Luigi lur la d couverte de l'Amérique et le commerce dei Portugais aux Indes juin et juillet 1513.

2. Dante, Paradts, XVI. Les banquieis i Florence por taient le nom de cimbiatori ou changeure on réserruit

:Vi OHAPlTRfc; II

« La fortune, écrit-il en 1513 à Francesco Vettori, la fortune ayant voulu que je ne puisse raisonner ni sur Tart de la soie, ni sur l'art de la laine ; ne sachant parler ni de gains, ni de pertes, je suis forcé de m'occuper des affaires de rÉtat, et il faut me décider à me taire ou à parler politique *. »

Machiavel, de son propre aveu , est donc essentiellement, presque exclusivement un politique. Observer « la diversité qui existe entre les goûts et les imaginations de la plupart des hommes % » voilà quelle est sa grande affaire. Se mêler aux hommes pour agir sur eux par la connaissance acquise de leurs goûts ; les dominer par la science même de leurs fantaisies, voilà la passion maîtresse qui le guide et qui l'absorbe tout entier.

Comment, du reste, s'étonner que cet observateur de la nature humaine en soit promptement venu à la mépriser?

celui de mercatanti ou marchands à ceux qui faisaient le commerce de la laine ou de la soie et aux drapiers de Calimala.

1. Machiavel, Œuvres compL, t. Il, p. 6H, Lettres familières, Lettre xiii à Francesco Vettori.

2. fd., ihid., p. 638, Lettres familières, Lettre xxvi à Francesco Vettori.

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C'est un fait d'expérience attristant, mais incontestable, que le commerce des hommes risque fort de dégoûter des hommes , et qu'à considérer ce qu'ils sont, il devient bien difficile de ne pas oublier ce qu'ils pourraient et ce qu'ils devraient être. La contemplation de leurs vices amène d'ordinaire le désenchantement de la vertu; la vue de leur égoïsme ne permet plus guère de croire au dévouement, et il faut une force d'âme peu commune, au milieu de tant de défaillances et parmi tant de bassesses, pour tenir haut son cœur et ne point confondre avec ridée sensible de l'utile la notion supérieure du bien.-

Cette force d'âme manquait à Machiavel.

Ajoutons à sa décharge qu'enclin à étudier les hommes beaucoup moins encore dans l'histoire que dans la réalité qu'il avait sous les yeux, jamais spectacle ne se trouva plus propre à flétrir son imagination, à fausser son jugement, à pervertir le peu que la nature avait pu lui départir de candeur.

Grancleur et faiblesses du seizième siècle. — Princes uou italiens oppresseurs alors de Tltalie. — Protestations de ritalie contre les Barbares. — État de Florence, pendant la jeunesse de Machiavel. — Conjuration des Pazzi. — Administration déplorable de Pierre II. — Machiavel et Savonarole. — Machiavel et Pierre Soderini.

« Quiconque, écrivait Machiavel au début du livre second de ses Discours siir Tite-Live^ quiconque est né en Italie ou en Grèce, et qui n'est pas devenu ou ultramontain en Italie, ou Turc en Grèce ; celui-là a raison de blâmer le temps présent et de faire Télôge du passé. Les siècles passés nous offrent des sujets d'admiration, et celui où nous vivons ne nous présente rien qui nous dédommage de notre extrême misère et de rinfamie d'im siècle où on ne voit ni religion, ni lois, ni discipline militaire, et où régnent des vices de toute espèce ; et ces vices sont d'autant plus exécrables, qu'ils se montrent

chez ceux qui siègent dans les tribunaux, qui occupent les places, qui ont Tautorité en mains, et qui veulent être adorés ^ »

Pour juger aussi sévèrement son époque, Machiavel n'avait que de trop justes motifs. Quel siècle effectivement que ce xvi*^ siècle, et en Italie, où toutes les élégances de la civilisation se confondent avec toutes les grossièretés de la barbarie ; où de toutes parts se heurtent les ténèbres et la lumière ; où ne cesse de retentir en tous lieux le tumulte abrutissant des armes et où fleurissent sous une forme exquise tous les arts de la paix ; où se déchaînent toutes les convoitises et où néanmoins les consciences se relèvent; où coule à pleins bords la corruption de la décrépitude et où bouillonne à flots pressés la sève abondante de la jeunesse ! Et, de 1469, date de la naissance de Machiavel, à 1527, date de sa mort, au milieu des meurtres, des massacres, des crimes de toute sorte, au milieu des empoisonnements, devenus la dernière raison d'État, quels événements se déroulent et quels hommes se succèdent sur la scène du monde !

Hors de l'Italie, c'est « le léger et changeant

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