‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 56 sur 96 · Cf. GiNGUENÉ, Ouvr, cit., t. VIII, p · texte numérisé non relu

Cf. GiNGUENÉ, Ouvr, cit., t. VIII, p

2. Cette lettre est de 1513. Dans une autre lettre, écrite en 1517 à Lodovico Alamanni à Rome {Œuvres compl., t. II, p. 664, Lettres familières, Lettre xlvi), Machiavel

Or il devait advenir que la crainte de plagiat que manifestait Machiavel serait réalisée, tandis que rien n'indique que l'intention que lui prête Varchi d'avoir songé à supprimer le livre du Prince ait reçu le moindre commencement d'exécution. Peu d'ouvrages, en tout cas, ont été plus souvent réimprimés. Il est vrai que Machiavel ne présida pas lui-même à la publication de ce trop célèbre traité. [Bien plus, il n'eut pas même la satisfaction ou le déplaisir de le voir imprimé pour la première fois, et, de ses nombreux écrits, les Sept livres sur FArt de la Guerre et la Mandragore parurent seuls de son vivant. Ce ne fut que quatre ans après sa mort, en 1531, que, par les soins d'Antonio Blado d'Asola, les Discours sortirent des presses pontificales, munis d'un privilège que concédait à ce libraire un bref de Clément VII, en

fait mention d'un Ardinghelli. «Recommandez-moi à Piero Ardinghélli, j'avais oublié de vous le dire.» Il ne semble pas que ce Piero Ardinghelli soit le même que celui dont Machiavel redoute l'intervention, mais quelqu'un du même nom et de la même famille. La maison des Ardinghelli se trouve citée par Cambi au nombre des plus considérables du Quartiére di S. M, Novella per vipera, Gonfalone unicorno. — Cf. M"*^ Hortense Allaht, Ouvr. cit,, p. 372.

1ÎM> CHAPITRE XI

date du 23 août de cette même année. Le Prince ' , imprimé à Rome sous la protection du

1. Clément VII ne voyait guère, parait-il, dans le livre du Frince, qu'one bizarrerie d'esprit, qu'une des légèretés dont le Secrétaire Florentin était coutumier. Cela rappelle tout à fait les judicieuses paroles du cardinal Hippoljte d'Esté à l'Arioste, lorsque celui-ci lui présenta son Roland Furieux : <« Dote, Messer Lodovico, avete preso tutte queste coglionerie? » — Cependant la mise à l'index prononcée par Paul IV et confirmée en 1564 par le concile de Trente (voyez ci-dessus, chapitre premier, p. 6) n'en devait pas moins peser comme indéfiniment sur les œuvres de Machiavel. Cf. Correspondance inédite de MabUlon et de Montfaucon avec Vltalie, etc., par M. Valéry, Paris, 1846, 3 vol. in-8, t. I, p. 46, Lettre xxvi, Claude Estiennot à Charles Bulteau, Rome, déc. 1654. a Ce que vous aurez peine à croire est que dans les permissions qu'on a données de lire les livres défendus, on y a mis, pendant quelque temps, exceptis impie Machiavello, Molinao et Maimbourg. A présent on ne le fait plus. » — La Vie de César Borgia, par Thomas Thomassi, trad. de Tltalien, Leide, 1712, in- 18. L'auteur, qui parle fort exactement, dans son Avant-propos, de l'usage qu'a vraiment fait Machiavel de l'histoire du duc de Valentinois et qui, fort sensément aussi, sous plus d'un rapport, juge le duc de Valentinois lui-même, déclare en même temps avoir eu besoin, pour lire les œuvres du Secrétaire Florentin, de l'autorisation de ses supérieurs. « II est vrai que la vie de César Borgia est un assemblage des plus détestables méchancetés ; mais cela n'empêche pas qu'elle ne soit celle d'un de ces grands esprits qu'on ne trouve que rarement, pour ne dire pas point du tout dans le

cardinal Ridolfi, et les Istorie, imprimées à Florence par les Junte, qui les dédièrent au cardinal Jean Gaddi, ne furent même publiés que Tannée suivante, 1532. Mais à partir de 1532, il serait presque infini d^énumérer toutes les éditions, traductions et commentaires qui ont été donnés des œuvres de Machiavel en général et du Prince en particulier.

Aussi bien, en 1527, Machiavel eut-il cherché plus activement qu'il ne le fit sans doute, à retirer de la circulation le livre du Prince, qu'il n'y serait point parvenu. Non-seulement il lui

monde... Je sais bien que tous ceux (qui, pour n'avoir pas lu les œuvres de Machiavel, vivent dans cette croyance, que les traités dogmatiques avec lesquels cet auteur forme Tidée de son Prince, sont tous tirés au vif des exemples et des actions du duc de Valentinois, et que le Prince de Machiavel n'est autre chose qu'une véritable histoire dudit Prince, tout ainsi que celle de Cyrus dans Xénophon et de Tibère dans Tacite ne semblent être qu'une parfaite idée d'un prince politique), jugeront que mes soins sont inutiles. Erreur dont j'ai été si bien persuadé, qu'il ne m'a pas été possible de découvrir la vérité, jusqu'à ce que j'ai reconnu évidemment, par la lecture que j'ai faite des ouvrages de cet auteur, en suite du pouvoir que mes supérieurs m'ont donné, qu'il ne se sert pas moins des actions des autres grands hommes pour confirmer ses enseignements, que do celles du duc de Valentinois, etc. »

aurait été impossible de ressaisir toutes les copies qu'on avait prises de son manuscrit et répandues tant à Florence et à Rome que dans le reste de lltalie. Mais il lui aurait fallu, en outre, pouvoir mettre la main, afin de l'abolir, sur un ouvrage imprimé depuis déjà quatre années, et qui renfermait littéralement transcrits des chapitres nombreux et les plus compromettants du Prince.

Effectivement, sans quille sût, sans que personne autour de lui Feùt remarqué, non plus qu'on n^a semblé depuis s'en apercevoir, Machiavel était devenu victime du plagiat qu'en 1513 il redoutait. Ce n'était pas toutefois cet Ardinghelli, qu'il signale dans sa lettre à Vettori comme une espèce de forban littéraire, qui l'avait dépouillé. Nicolas Ardinghelli, homme savant dans les lettres grecques et latines, et qui n'en passait pas moins, malgré sa science, pour aimer à s'attribuer les ouvrages d'autrui, mourut cardinal à Rome en 1547 ^

Le plagiaire se nommait Niphus, et le plagiat du Prince se trouvait si complet qu'il y aurait lieu en quelque façon de l'intituler : le Prhice avant le Prince.

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