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De ceux qui sont devenus Princes par des scétérd* tesses

3i2 APPENDICE

cité, le Peuple italien, conduit par un roi valeureux et galant homme. » « Questo augurio veniva comptuto quattro longhi secolt dopo la morte del grande patriota, e colm che lo compieva non era ne un Agatocle ne un CastrucciOy ma un gigante redt'vivo, il Popolo ilaliano, condotto da un Re valoroso et galantuomo. •

On ne peut s'empêcher de l'observer. Il est regrettable qu'à ces accents d'une lyrique effusion ne se mêle pas un mot de gratitude pour un pays qui n'a pas peu contribué sans doute à la résurrection du Géant. « Les Français, écrivait naguère ironiquement Fauteur des Lettres de Jacopo Ortis, les Français deviendront-ils des Timoléon seulement dans notre intérêt? » Ce miracle s'est pourtant accompli. Contrairement aux prévisions de Foscolo, les Français sont devenus des Timoléon seulement dans rintérêt des Italiens, et c'est « armée de Français » armata di Francesi, suivant l'expression de Machiavel, c'est « armée de Français » que l'Italie a pu se constituer telle qu'elle est. De pareils services, et, pour ceux qui les ont rendus, d'une portée si incalculable, mériteraient à coup sûr de n'être pas systématiquement et dédaigneusement oubliés.

Maïs je passe aux questions dépure érudition qui occypent M. Triantafillis, et c'est par là que sa seconde publication se relie à la première.

Dans ses recherches sur la Vie de Castruccio, M. Triantafillis a constaté que les traits sous lesquels Machiavel a représenté le vaillant Italien sont pour la plupart empruntés à la peinture que Diodore de Sicile nous a laissée d'Agathocle.

D'autre part, il ne lui est point échappé que les apophtegmes que Machfavel attribue au guerrier de Lucques sont tous tirés, non de Plutarque, mais de Diogène de Laërce dans sa Vie dAristippe.

Machiavel savait-il donc le grec, ou plutôt, comme on l'affirme d'ordinaire, n'était-ce point uniquement dans des traductions latines qu'il le lisait ?

Ce problème, dont l'examen fait l'objet de la première publication de M. Triantafillis, paraît tout d'abord résolu par lui d'un seul mot et de la façon la plus péremptoire. Effectivement, Machiavel, né en 1469, décéda en 1527. Or, M. Triantafillis estime que parmi les ouvrages grecs dont s'est servi Machiavel, les uns ne furent traduits en latin que nombre d'années

après la publication des travaux de l'auteur du Prince, les autres lorsqu'il n'était déjà plus.

M. TriantafiUis ne s'est du reste pas contenté de chercher à établir d'une manière générale que Machiavel entretint le commerce le plus étroit avec les principaux représentants de l'antiquité grecque et qu'il leur déroba souvent leurs idées et jusqu'à leurs expressions. Il fait voir, à l'aide de citations qu'on ne saurait contester, que cette fréquentation fut si intime que plus d'une fois le Secrétaire Florentin ne craignit point d'incorporer presque de toutes pièces dans ses compositions, des pages entières dues à ces écrivains. En veut-on un exemple ? Tout un fragment du 6° livre de V Histoire de Polybe a été transportée par Machiavel dans le premier livre de ses Discours sur Tiie-Live, où il forme le chapitre 2, qui traite : De combien d'espèces sont les républiques et de quelle espèce fut la république romaine ?

Ce n'est pas tout. Suivant M. TriantafiUis, ce serait la lecture d'Isocrate, notamment de son Discours à Nicoclès sur le principat et de son Discours à Philippe de Macédoine pour l'exhorter à la paix, qui aurait suggéré à Machiavel l'idée d'écrire le Prince. Sans admettre cette

hypothèse que Fauteur lui-même qualifie de hardie, ardita (je crois, pour ma part, que ce n'est pas dans Isocrate qu'il faut chercher les origines du Prince), il est indubitable que le début de la dédicace du Prince à Laurent de Médicis reproduit mot pour mot les paroles qu'au commencement de son Discours sur le principaty Isocrate adresse au roi de Salamine.

Enfin, c'est avec une pleine lumière et encore textes en mains que M. TriantafiUis démontre que le Dialogue de Machiavel sur la colère et les moyens de la réprimer (dialogue qu'il tient et que je tiens avec lui pour une œuvre authentique de la jeunesse du célèbre polygraphe) n'est qu'une transcription ou traduction à peu près littérale du traité de Plutarque sur le même sujet, TiEpi dopyriffiaç. Car tout le changement que Machiavel a introduit dans ce dialogue se réduit à peu près à y avoir substitué aux noms des interlocuteurs Sylla et Fundanus, celui de Gome Ruccellai et le sien même.

Cependant, là ne doivent point s'arrêter les recherches de M. TriantafiUis, relativement k Machiavel. Non seulement il promet de publier prochainement une étude sur le Prince, mais il projette encore de comparer tous les ouvrages

3i6 APPENDICE

de Machiavel avec ceux des historiens ^ecs.

L'Académie applaudira, j'ose en avoir l'assurance, aux efforts du savant italien.

M. Triantafillis l'observe justement. Cette comparaison n'aura pas simplement pour résultat de mettre peut-être hors àe conteste que Machiavel savait le grec. En servant surtout à faire connaître les sources où il a puisé, elle permettra aussi, sans qu'aucune atteinte soit portée à l'originalité de son génie, de mieux interpréter une pensée qui semble fréquemment énigmatique et des intentions souvent équivoques. On pourrait ajouter qu'elle expliquera pareillement ce qu'il n'est qu'exact d'appeler le paganisme de Machiavel*. C'est en effet, en grande partie, pour avoir répudié, comme autant de préceptes de faiblesse et de bassesse, les maximes chrétiennes de devoir et de droit, en s'attachant de préférence et uniquement aux leçons de l'antiquité grecque et romaine, que l'auteur du Prince en est venu à professer des théories, dont l'infamie, quoiqu'on fasse, terniront éternellement sa mémoire : Tidolâtrie de la force et la poursuite éhontée du succès.

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