CHAPITRE XXXIX
L'ancien secrétaire Florentin n'avait pas espéré en 1525. vain la commission de Venise. Elle ne fut pas d'a-
Pai prié à ParU M. Blacbe de fiiire compoter des pilulet d*aprèt cette recette. Les pharmaciens de notre ville ont très-bien compris les noms de tons les ingrédients indiqués , à Tezception dn second , carman, deos. D*nn antre c6té y il parait que la dragme de cet ingrédient devenait tellement nécessaire pour combiner Tensemble de la recette , qn*on s*est trouvé arrêté par cet obstacle. Je me suis alors adressé à M. Anioir, attaché à la légation de France à Florence, mon ami ('epnis long -temps, en le priant de coiisalter les pharmaciens de cette ville, et de me communiquer ses propres réflexions sur cette difficulté. M. Antoir qui a étudié autrefois la médecine et qui est d*ailleurs nn botaniste fort instruit , a pensé que dans renonciation de carman, deos Il devait y avoir quelque faute de copiste , parce que ces mots carman, deos^ même par abréviation, étaient an non sens en pharmacie, et il a corrigé ces deux mots en soutenant avec raison qu*il fallait lire Cardam, Dios, pour Car» damomum Diotcoridis, Celte explication si raisonnable iHie fois trouvée, M. Blacbe a fait composer les pilules par MM. Béral et DurosicE, pharmacien», rat de la Paix , et il en est résulté un médicament dissolvant , du reste absolument innocent, sauf la propriété qn*on lui demandait, enfin le médicament que prenait sonvent Machiavel, et celai qn^il conseillait à son ami Guicciardini qui avait apparemment comme lui nn estomac délicat. An surplus , voici Tinformation exacte et raisonnée, qoe le même M. Blache, qui est nn des médecins les plus distingués de Paris, a bien voulu me donner relativement à ces piluleSk
« Leur effet dépend de la dose à laquelle elles sont administrées. Si la masse entière de la reoette est partagée en pilules de quatre ou cinq grains , comme c*est l'ordinaire, une pilule prise avant le repas a pour résultat, diton , d'activer Faction digestive. Si , an contraire , on en prend quatre ou ctaq le soir, avant de se coucher, on le matin à >eun , elles agissent comme purgatives. A cette dose on les donne pour combattre la constipation. C'est ches les* gens de cabinet, les savants, les artistes, les hommes de lettres, les vieillards, sujets à la constipation , par paresse de l'intestin , qne ce» pilules sont indiquées pour débarrasser les première» voies , et le cerveau ou toot éebaofiieroent cause sonvent une congestion. On prétend qne Taloës ( car c*est la seule partie active de ces pilnles ) dégage le cerveau , fait cesser les éhlonissemeots , dissipe quelquefois les migraines, les palpiutions de cceur, etc. C*est aussi on excellent vermifuge , et Uufeland , médecin allemand très-renommé , Ta vanté pour les scrofules. D*un antre cAté, on accuse Taloës d*être nn médicament chaud, actif, qui provoque sonvent des coliques, des hémorrhagies ; conséqnemment il ne doit pas être prescrit ches les individus pléthoriques , nerveux, d'une constitution sèche, sujets aux hémorrhagies, ni ches les phthisiques. n est tont-A-fàlt contre-indiqné , quand il existe de la fièvre , et à plu» forte raison une inflammation gastro-intestinale, n <
aoa MACHIAVEL.
bord donnée directement par le gouvernement; elle fiit donnée par les consuls de l'art ^e la laine. La lettre de créance est adressée au sérénissime André Gritti, doge de Venise. L'envoyé y reçoit le titre de nunzio. Il était chargé de réclamer des sommes d'argent dont on avait dépouillé trois jeunes négociants qui revenaient du Levant.
Une instruction particulière lui fut remise en même temps. '
« Nicolas, notre très-cher, nous te dirons peu de paroles, parce que tu es prudent et expérimenté mille fois dans des choses plus difficiles que celles-ci. »
Machiavel devait aussi remettre au doge des lettres de la Seigneurie, et un bref du pape qu'il fallait présenter avec les cérémonies accoutumées.
Il paraît que cette ambassade, qui avait cependant
« Ces pilales reuemblent ans pilule» goormaDdes , aax pil. MtM eUum , taa pil. de Franck, aox pil. angéliqaes de Prancfort, auzpih de déramboarg, aux pil. anglaises aromadqnes. Tontes ces pilules , comme celles Un aecrétaîpe Florentin , ont raloès ponr base. Les aromates qa*on y ajonte atténuent Factiou dn purgatif, et servent h dégaîser la savenr désagréable. Cbaqne prt* ticien les compose A sa gnise. Cinq k sii de ces pilules et sept k fanît sartont, purgeraient assez activement , mais sans danger. *»
•c L*aloës est d*ailleafs très •anciennement connu comme pvrgatSf. Cehe, qtti fat Fami de Virgile, d'Horace et d^Ovide , en parle dans aes ouvrages, et la conseille ponr détruire la bile. Il a eu les honneurs d*nne monographie, pour la première fois , en 1616. C^est un owrage que noùs devons k Minderer. «
Telle est Texplication tont-aiait satisfaisante que donne le savant M. Blache. Je m*empresse de lui adresser tons mes remerciements de sa bienveillante complaisance. Nous saurons répondre maintensut k Paul Jove , quand noui Tentendrons accuser Machiavel d*avoir pris témérairement un médicament qn*il employait habituellement contre ses incommodités, et d*srvoir ainsi joué apec sa vie.
Il convient donc aujourd'hui que dans toutes les éilitions des ouvrages de Machiavel qne Ton publiera désormais, on corrige dan» les mots earman, tteos, une faute répétée par toutes les éditions faite» jusqu*icrdans tons les pays, sans aucune exception.