CHAPITRE XXXIX. ao
quelque éclat, puisque l'envoyé obtint une audience publique où il présenta un bref de Sa Sainteté et des lettres de la Seigneurie de Toscane, eut le succès qu'on devait en attendre. Pendant qu'il était à Venise, il avait écrit à cette foule d'amis qu'il avait laissés à Florence, qui ne cessaient de le regretter parce qu'il était l'âme de cette société de joie et de plaisir. Philippe de Nerli, un de ses commensaux (f habitude, lui rend compte de l'état où se trouve cette réunion qui pleure son chef et son principal ornement. 11 lui fait compliment de ce qu'il est entré dans le squittinio^ c'est-à-dire de ce que le nom de Machiavel a été mis dans les sacs ( borse ) contenant les noms des citoyens aptes à devenir magistrats , et de ce que les accoppiatoriy magistrats chargés d'exclure les ammoniti^ 1525* ont fermé les yeux et fait semblant de ne pas savoir que Machiavel était un ammonito. Il a suffisamment expliqué lui-même la situation des ammoriiti, Nerli le félicite donc de ce retour de fortune qui était peut-être dû à la protection de Clément VII , et à l'obligeance de Sadolet. Nerli ne dissimule pas que depuis que Machiavel est parti , il n'y a plus ni jeu , ni tas^ernes , ni qualche altra cosa, et ainsi on connaît d'où vient le mal» Il parle ensuite plus sérieusement : il l'avertit qu'il doit se presser d'accomplir sa mission , parce que les marchands publient qu'il est là, à leurs frais, allongeant la négociation, occupé à s'entretenir avec des hommes de lettres, et qu'ils ont besoin d'autre chose que de chanteurs de fables. Ici, il lui fait le reproche de n'avoir pas écrit à ses amis le bonheur qu'il a eu de gagnera la loterie deux ou trois mille ducats. Ses amis s'en sont réjouis, et il leur paraît que le sort a pourvu au bonheur de celui dont les hommes n'ont pas récompensé toutes les qualités. Il lui recommande
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d'en écrire une autre fois à ceux qu'il aime , et de le faire avec habileté, parce que, comme on parle d'un impôt nouveau, il ne faut pas que sur le bruit de ce gain, on lui joue quelque tour qui lui échauffe les oreilles bien autrement qu'à messer Nicia.
La correspondance avec Guicciardini se continue pendant le voyage de Venise. La fameuse chanteuse du temps, la Barbera , s'offrait à venir chanter dans les choeurs , apparemment d'une comédie de Machiavel , et il propose d'envoyer de nouvelles paroles pour ces nouveaux chanteurs.
Des dates précieuses établissent donc bien que Machiavel aimait encore ces sortes de divertissements, et que son génie poétique reprenait sa première ardeur, quand il se présentait quelque occasion favorable.
Les Histoires Florentines avaient été goûtées davantage par Clément VH. Il envoya à Machiavel cent ducats de plus. Voilà cependant comme dans ce tempslà, on payait les plus beaux ouvrages du génie. La lettre où Machiavel annonce cette libéralité à Guicciardini, est signée Niccolo Machiavelliy historien , auleur comique et trafique. Il était alors retourné à Florence, et il conseillait à Guicciardini de demander aussi au pape des secours pour mieux établir sa famille.