‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 137 sur 274 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

11011$ entrâmes dans sa 'maison , bien {>ayés et bien trailés. L'armée de Bourbon Tenait de paraître près de la ville. Ledit Alexandre del Bene me pria alors de l'accompagner. Je le suiyis avec un de mes plus braves camarades , et un jeune homme nommé Gecchino délia Casa se joignit à nous dans le chemin. Nous arrivâmes aux murs de CtunpoScmto ^ et nous vîmes de là cette merveilleuse armée qui faisait tous ses efforts pour entrer. Dans le lieu dont nous nous étions ap* proches, il y avait beaucoup de corps de jeunes gens tués par ceux du dehors. On y combattait avec acharnement. Nous étions enveloppés du brouillard le plus épais. Je me tournai vers Alexandre, et je lui dis : « Retirons-nous à la maison le plus tôt qu'il sera possible, parce qu'il n*y a aucun remède; vous le voyez, ceux-ci montent, et ceux-là fuyeiit.» Alexan* dre épouvanté répondit : « Dieu voulût que nous ne fussions pas venus ici !» et il se tourna avec une grande vivacité, pour s'en aller. Je repris : « Puisque vous m'avez amené ici , il fiuit faire quelque acte d'homme , » et ayant tourné mon ar* quebuse là où je voyais un groupe de bataille plus épais et plus serré, j'ajustai précisément une personne que je vis élevée au-dessus des autres ( le brouillard ne me laissait pas di»> eemer si elle était à cheval ou à pied); puis m'étant tourné vere Alexandre et Gecchino , je leur dis de décharger leurs arquebuses, et je leur enseignai le moyen de le faire de manière à ne pas attraper un coup du dehors. Après que nous eûmes tiré chacun deux fois, je m'approchai adroitement du mur, et je vis parmi les ennemis un tumulte extraordinaire : c'est qu'un de nos coups avait tué Bourbon '• »

Ajoutons à ce témoignage celui de Martin du Bellay, frère du seigneur de Langey, autre témoin oculaire.

« Le seigneur de Langey voyant Florence en seureté , ayant avis que l'entreprise dudit Bourbon estoit, au cas qu'il faudroit son entreprise deFlorence, qu'il voudroit exécuter celle de Romme nonobstant la trêve fiûcte par le vice-roy de Na-

' Vita di BenTenato Ccltini, i83i , tom. I, pag. 9a.

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pies avec le pape , estant en tel désespoir qu'il n*ayoit esgard à aucune foj promise , ledit seigneur de Langey prenant la poste, en yint avertir le pape d'heure, tellement qu*il avoit moyen dy pourveoir. Car les bandes noires, qui estoient celles du feu seigneur Jean, n estoient qu à un jour ou deux de Romme, lesquelles le seigneur Horace Baglion avoit en charge. Mais le pape, se fiant aux accords par lui faicts avec le vice-roy , n'y voulut pas pourveoir. »

« Aussi le seigneur de Rence de Gère lui offroit dedans trois jours mettre ensemble cinq ou six mille hommes de la part Ursîne (Orsini). Toutes fois le pape estant abusé ou estonné ne voulut pourveoir à chose du monde qu*il ne veist les ennemis devant sa porte, de sorte que son principal combat fut de se retirer dedans le château Saint-Ange avec une partie des cardinaux et ambassadeurs, laissant la ville sans gardes. Ce voyant le sieur Rence et le sieur de Langey trouvèrent moyen de promptement lever deux mille hommes pour faire ce qui leur seroit possible , attendant le marquis de Salluces. Mais il advint une chose estrange : car un porteur d enseigne, ayant la garde d'une ruine qui estoit à la muraille au bourg Saint-Pierre, voyant monsieur de Bourbon venir avec quelques soldats à travers les vignes , pour recognoistre la place, entra en tel effroy, que cuydant fuir vers la ville, passa, lenseigne au poing, par ladite ruine et s*en alla droict aux ennemys. Monsieur de Bourbon voyant oeste enseigne venir droict à luy, estima qu'elle f ust suivie d autres gens et que ce fust une saillie faicte sur luy, pourquoi s'arrêta pour recueillir les hommes qui venoientà son secours et faire teste , attendant son armée , laquelle incontinent se mist en armes. Ledit enseigne , ayant marché environ trois cents pas hors de la ville, et oyant lalarme au camp dudit seigneur de Bourbon , se recogneut , et ainsi qu'un homme qui vient de dormir, reprit ses esprits, et tout le pas s'en retourna devers la ville , et par la même ruine dont il estoit sorti , rentra dedans. Monsieur de Bourbon ayant veu la contenance de cest homme, et ayant cogneu ladite ruine, commanda de donner le signe de l'assault, et lui-même mar-

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