‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 136 sur 274 · CHAPITRE XLIV. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV. a

Dans une seconde lettre du 1 4 9 datée de Forli , Ma- 1 527. chiavel supplie François Vettori de bien prendre garde aux circonstances ; il recommande de ne s'arrêter qu'à un accord général qui puisse suspendre la guerre et les dépenses.

« Autrement , si tous maintenez un accord embrouillé , qui fiisse qu'on ait à penser à la fois à l'accord et à la guerre, on ne pourvoira ni à Tun ni à Fautre. Il en résultera du mal pour nous , du bien pour nos ennemis qui pensent à la guerre, en marchant contre nous, et qui vous laisseront, TOUS, vous débrouiller entre Taccord et la guerre. »

Dans l'avant-dernière lettre à François Vettori, on 1527. lit ce passage après quelques réflexions sur le parti que prendra le duc de Bourbon d'accepter la paix ou de continuer les hostilités.

« On a décidé ici, si le duc de Bourbon fait un mouvement , de penser à la guerre , sans avoir un cheveu qui pense à la paix ; s'il ne bit pas de mouvement, de penser à la paix^

et d'abandonner toute idée de guerre Ici il ne faut

plus boiter, ni faire à la folle. Souvent le désespoir a des remèdes que ne donne pas la réflexion. Ceux-ci vont sans artillerie, dans un pays difficile, de manière que si, nous, avec le peu de vie qui nous reste, nous accourons à la tête de ce peu de forces que la ligue a conservé , alors ou ils fuiront de cette province , avec honte , ou ils se réduiront à des traités raisonnables. Taime messer François Guicciardini , y 'aim^ ma patrie^ et je vous dis, par cette expérience que m'ont donnée 60 ans (il n'en avait qu'à peu près 58), que je ne crois pas qu'on se soit jamais trouvé dans des circonstances plus pénibles que celles-ci, où la paix est nécessaire, et où on ne peut pas abandonner la guerre : avec cela, nous avons affaire à un prince ( le pape) qui avec peine peut soutenir seul la paix ou la guerre. »

Dans la dernière lettre à Vettori, il manifeste les mêmes sentiments; il plaint Florence qui pourrait

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avoir près d'dle deux armées considérables, dont

l'armée amie serait plus intolérable que l'armée en*

Demie.

On voit encore mieux ici cette bonne foi de raisonnement que j'ai fait remarquer il y a peu de temps. Il conseille aussi vigoureusement la guerre que la paix. Il réprouve une situation ambiguë qui ne serait ni la paix ni la guerre.

Si Bourbon accepte la paix, il faut la réclamer partout; s'il la refuse, il ne faut plus d'accord, même à Rome : de toutes parts on doit combattre.

C'est parce qu'on ne prit pas une détermination pareille, qu'il arriva que Bourbon, d'accord peut-être avec le vice-roi qui avait endormi le pape, et qui voyait positivement que le duc d'Urbin ne secourrait pas Sa Sainteté, feignit de se jeter sur la Toscane, et tout-à-coup prit le chemin de Rome , où il arriva pour trouver le premier la mort, que ses soldats indisciplinés vengèrent par le saccage de cette admirable ville.

Benvenuto Cellini nous a transmis sur cet événement des détails circonstanciés qui ne seront peutêtre pas déplacés ici.

« Le pape (Clément VII) avait licencié, par le conseil de messer Jacques Salviati, cinq des bataillons {bande) que lui avait envoyés Jean de Médicis , mort depuis eu Lombardie. Bourbon, ayant su qu*à Rome il n'y avait pas de soldats , poussa rapidement son armée siu* cette ville. A cette occasion tout Rome prit les armes. J étais très-ami d'Alexandre, fils de Pierre del Bene. Au moment où les Colonna éuient venus à Rome , il m avait prié de lui garder sa maison. Dans ce péril plus pressant, il me conjura de réunir cinquante compagnons pour la garder encore, et il désira que je fusse leur chef, comme je lavais été au temps de l'invasion des Colonna. Je lui levai donc cinquante braves jeunes gens, et

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