‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 156 sur 274 · CHAPITRE XLVII. 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII. 3o

à Lisbonne. Jérôme Osorio , évêque de Sylves en Portugal , dans son livre III de Nobilitate christiand^ réfute avec vigueur, et quelquefois avec raison, les arguments du Florentin.

J'ai actuellement sous les yeux une traduction publiée en iS'jij ainsi intitulée. Le Prince de Nicolas Machiavelli, secrétaire et citoyen de Florence, traduit d'Italien en FrancoySy et qui est dédiée par Gaspar Dauuergne, aduocat au duché de Chastelleraut, au très'havty tres-illustre y et pvissant Prince^ lames d'Ammilton, tuteur ionique de la Rojrne de Escosse, gouuemeur et seconde personne dudit Royaume. Gaspard d'Auvergne appelle James dllamilton Monseigneur, et plus bas Vostre Majesté. Il croit encore , en traduisant la dédicace de Nicolas à Laurent II , devoir l'appeler aussi Vostre Majesté. Il y a dans le courant de l'ouvrage trois annotations imprimées en marge, et m^ises par les depputez à visiter les livres à impri-mer, afjin, est-il dit, que telz endroitz soient leuz avec discrétion et iugement. On lit ces annotations aux feuillets 624, 701 , 723. Une de ces réflexions est ainsi conçue: « Crudele Turcorum consilium.y> Une autre, <c Consilium alienum à christianâ relligione, etc. » Celleci est en marge du Chap. XVIII , là où il est dit qu'il faut feindre d'avoir les vertus qu'on n'a pas. La troisième note a été enlevée par les ciseaux du relieur : elle ne consistait qu'en deux mots. Cette sorte de censure prouve que, comme encore aujourd'hui, on n'approuvait pas toutes les doctrines de Machiavel.

Cette traduction de Gaspard d'Auvergne est moins élégante que celle de Cappel. On y reconnaît un langage qui n'est pas celui de la ville, mais elle est exacte, et très-élégamment imprimée. Daurat et Muret ont aussi félicité Gaspard : Daurat en vers latins, et //. 20

3o6 MACHIAVEL.

Muret en vers français, où il l'appelle diuin Gaspar.

Mais à peine un an s'est écoulé , qu'il a été commis un effroyable crime politique : le nom de Toscan est devenu la plus sanglante injure. On voue aux dieux infernaux et les Florentins qui sont vivants, et ceux qui ne sont plus , et tout ce qui a pu appartenir, de près ou de loin , par nécessité , ou par affection , à la famille qui commande à Florence.

Le président Gentillet' écrit évidemment, et à cet égard il mérite certainement d'être excusé, il écrit sous l'inspiration de la juste indignation qu'avait excitée le massacre de la Saint-Barthélemi. Dès-lors il se livre à im langage de colère et de malédiction qui l'entraîne quelquefois dans de graves erreurs de fait. L'ouvrage est dédié à très-haut et très-illustre prince François, duc d'Alençon, fils et frère de roi. Ce prince , tour à tour chef du parti huguenot et du parti catholique, tenait encore pour le premier parti, quand Gentillet, protestant, lui dédia cet ouvrage. U y a lieu de croire que l'exemplaire sur lequel je travaille aujourd'hui a appartenu au duc d'Alençon*.

En tête, après la dédicace, on lit ce quatrain :

Page 1