CHAPITRE XLVII. 3o
cher la délicatesse des oreilles par une odieuse vérité, faisle cependant, et prépare un éloge entre les dents avec toute la force et la grâce que tu as dans ton langage '. »
En 1 5 59, les ennemis de Machiavel triomphèrent à Rome , et Paul IV ordonna que les œuvres du secrétaire seraient mises à X index : la condamnation comprenait le /*Vre des Principautés y les Discorsi, et même les Istorie que Ton n'admettrait plus tard, disait-on ^ qu'à la condition de plusieurs corrections. L'empereur Charles-Quint avait ordonné qu'on dressât dans ses états un catalogue des auteurs qui seraient proscrits; Rome imita cet exemple. Soit que l'on craignit la publication d'opinions qui pouvaient faire ouvrir les yeux sur les excès de quelques ecclésiastiques, soit que les censures de Polus et de Catharin parussent servir de motifs suffisants, on vit à cette époque, sans qu'il y eût aucun examen , on vit dans \ index le nom du secrétaire Florentin, quoique ses ouvrages eussent été l'çspace de trente ans environ approuvés par les pontifes précédents, et protégés par deux papes qui avaient personnellement connu l'auteur. On conçoit comment, dans Y index publié en i564 par Pie IV, et que l'on appelle communément Xindex du concile de Trente, une pareille condamnation a été copiée, puisque dans la préface il est annoncé que cet index a été entièrement rédigé d'après celui des inquisiteurs de Rome.
En i56o, Louis le Roy {Regius) prouva bien que Catherine de Médicis , bien que Florentine , n'avait
> Quum iihî prceteneras oMoto radier aureis Fero, vixaliquis, MacciaveUe , ferai , Id verbfacîaSj laudemque e dente pararts^ Quanta fuit Unguœ visque venusque tuœ.
Paal-JoTC , loc, cit.
3o4 MACHIAVEL-
pas exigé impérieusement les hommages rendus, en i553, par Cappel au secrétaire de Florence. En effet, Louis le Roy, ce célèbre humaniste du XVI* siècle, après avoir adressé à la reine douairière, devenue en quelque, sorte plus puissante sous le règne de François II son fils, une consolation touchante sur la mort de Henri II, ne tarde pas à montrer une opinion tout-à-fait indépendante sur ce qui concernait Machiavel, et, en parlant de ce dernier dans une traduction d'Aristote , il s'exprime ainsi :
« Aristote semble auoir esté trop curieux en la déduction des nioîens tyranniques, pour tant que les mauuays princes sont assez enclins d'eulx-mémes à inuenter ce qui sert à leur grandeur et seureté , sans qu'il soit besoing les instruire par liures. Machiavel, formant son prince, a tiré d'ici les principaux fondements de telle institution, qui doibt estre leue auec grande discrétion , pour estre escritte par un autheur sans conscience et sans religion. Mais nous qui auons proposé de ne rien mettre en auant , que n'estimions seruir à l'honneur de Dieu, et au bien de la société humaine, passerons ce discours. »
Voici Machiavel proclamé un autheur sans conscience et sans religion. En même temps, il a tiré d' A" ristote les principaux fondements de telle institution. Dans la partie de ce jugement qui concerne l'absence de conscience et de religion, on retrouve les injures du cardinal Polus et de l'archevêque de Ck^nza; dans l'autre partie, on voit que les doctrines sont renvoyées à Aristote, l'écrivain qui le premier les a proclamées. Le Roy eût pu dire aussi qu'Aristote les ayait quelque peu empruntées à d'autres auteurs.
Les combats relatifs à Machiavel se livraient dans toutes les capitales, et sur la surface du monde civilisé. Voici , vers 1 67 1 , un nouvel ennemi qui se déclare