CHAPITRE XL VIL
Machiavel est directement désigné. La personne même de la reine est comme mise en jugement. Dans la préface on remarque ces passages :
« Mon but est seulement de monstrer que Nicolas Machaiuel , Florentin , iadis secrétaire de la république (maintenant duché) de Florence, n a rien entendu, ou peu , en ceste science politique dont nous parlons, et qu'il a prins des maximes toutes meschantes , et basty sur icelles non vne science politique , mais tyrannique. Voilà donc le but que ie me propose, c*est de confuter la doctrine de Machiauel, et non de traiter à fond la science politique , combien que inespéré en toucher quelques bons poincts en quelques endroits,
quand l'occasion se présentera Machiauel neut
jamais les parties requises pour cognoistre cette science : car d'expérience , en maniement d'afaires , il n'en pouuoit guères auoir, n'ayant rien veu de son temps que les brouillis de quelques potentats d'Italie , et quelques pratiques et menées d'aucuns citoyens de Florence. Il n'auoit aussi point ou peu de sauoir aux histoires, comme nous monstrerons plus particulièrement en plusieurs lieux de nos discours, où nous remarquerons les lourdes fautes et ignorances qu'il a commises * en ce peu d'histoires qu'il a voulu quelquefois toucher en passant , lesquelles il allègue le plus souuent mal à propos et maintes fois faussement. De iugement naturel , ferme et solide , Machiauel aussi n'en auoit point, comme se void par les fades et ineptes raisons dont il confirme le plus souuent les propositions et maximes qu'il met en auant : ains seulement auoit quelque subtilité telle quelle pour donner couleur à ses meschans et damnables enseignemens. Mais quand on examine vn peu de près sa subtilité, à la vérité, on la descouvre estre vne pure hestise, voire accompagnée de lourdisCy et surtout pleine de meschanceté extrême. le ne doute pas que plusieurs gens de cour qui manient afaires d'estat,
« Francorum aut îgitur clarum deponiu nomen, » Servire aut TuscU detinite imperiû,
ao.
3o8 MACHIAVEL.
et autres de leur humeur , ne trouuent fort estrange que ie parle de cette façon de leur grand docteur Machiauel, les liures duquel Ion peut à bon droit appeller TAlcoran des courtisans, tant ils en font grand* estime, suiuant et obseruant ses enseignemens et maximes ne plus ne moins que font les Turcs l'Alcoran de leur grand prophète Mahomet. Mais ie les prie de ne se fascher point si ie parle de ceste façon d yn homme que ie monstreray à Toeil auoir esté remply de toute meschanceté , impiété et ignorance , et suspendre leur iugement si ie dis vray ou non iusques à ce qu'ils ayent leu entièrement ces miens discours. Car les ayant leus , ie m assure que tout homme de sain iugement dira et iugera que ie ne parle que trop modestement des vices et bestises qui ont esté en ce maître docteur '. »
Je demande actuellement aux lecteurs attentifs qui ont lu mon ouvrage, s'ils ont reconnu dans Machiavel la bestise et la lourdise que lui reproche Gentillet. Rien n'était plus légitime que l'exaspération des protestants après l'épouvantable massacre de 157a; mais voit -on dans Machiavel une seule ligne de superstition religieuse qui puisse être regardée comme un conseil d'extermination ? Il a , en général, adressé la parole à un souverain nouveau, jamais à des souverains profondément enracinés dans leurs royaumes, tels qu'étaient les Valois, successeurs du fils de François F% qui lui-même avait été si grand des entreprises guerrières de Charles VllI, des accroissements donnés à la France par Louis XI, et de l'enthousiasme militaire qui avait rendu le trône à Charles VIL
Écoutons encore le président Gentillet :
« Machiauel a escrit aussi des discours sur la première décade de Tite-Liue , sans réciter le faict ne Thistoire entière de la matière dont il pesche ces mots et Jes applique à sa £ain-
* Prélace, pag. 3 et toir.