‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 159 sur 274 · CHAPITRE XLVIL 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIL 3o

tasie, s'en semant le plus souuent pour confirmer quelque chose absurde et estrange, y meslant parmy des exemples de ces petits potentats dltalie aduenus de son temps, ou peu auparavant, qui ne valent pas le réciter et moins sont dignes d^estre proposés à imiter. Mais il le faut excuser en cest endroit , car il n*en sauoit pas de meilleurs, et s*il en eust sceu, il ne faut pas douter qu'il ne les eust mis en auant, pour en décorer ses escrits, et les rendre plus authentiques et receuables. Or, de ces deux liures, à sauoir de la Princi" pauté^ et des Discours de Machiauel, i'en ai recueilly et extraict ce qui est proprement du sien, et l'ay réduit à certaines maximes que i*ay distinguées en trois parties , comme se pourra voir cy-après Machiauel n a pas traité chacun point et chacune matière en vn même lieu , ains vn peu icy, vn peu là, vn peu ailleurs, meslant et entrelassant quel» ques choses bonnes par-dedans , faisant comme les fins empoisonneurs qui ne iettent iamais grand lopin de poison sur vn morceau , afin qu elle ne soit apperçeue , mais l'incorporent le plus subtilement qu'ils peuuent avec quelques morceaux frians et délicats Il y a quelques bons passages

tirés de Tite-Liue et de quelques autres autheurs, mais outre qu'ils ne sont siens , ils ne sont pas par lui traités pleinement ni ainsi qu'il appartien droit ; car, comme i'ai dit cydessus, il les a seulement meslés parmy ses œuvres pour s'en seruir d appast à couurir sa poison *• »

Gentillet a pris un parti extrême. U ne veut se montrer ni juste ni vrai.

Gentillet maintenant ne manque pas de quelque raison , et manifeste une sorte de patriotisme estimable quand il dit :

« A votre aduis n'est-il pas bien raisonnable qu'on tienne si grand conte en France de Machiauel , qui dénigre et blasme

* YoiU encore un onvrage , et des époques les pins Yoîslnes de Machiavel , oà on appelle JÀure de la Principauté, ce qne l'on a appelé depuis le PrittcCé

* Préface, pag. 5 et soît.

3io MACHIAVEL.

ainsi Thonneur de nos bons roys et de toute nostre nation, l'appelant ignorante des afaires d*estat, barbare ^ auare^ des^ loyale? •

L'auteur français finit par attaquer directement les Florentins qui sont employés dans les affaires de l'état , et il dit assez spirituellement que pour obtenir quelque chose en cour , et auoir bonne et soudaine despesche, il faut savoir parler le langage Messeresque, parce que ces messers oyent volontiers ceux qui sauent parler leur gergon, et n'entendent pas bien le /rançois, mesmes les termes de iustice et des ordonnances royaux. 11 finit par appeler les partisans de Machiavel des machiav élis tes ^ et c'est la première fois que ce nom paraît dans les écrits politiques, depuis la mort du secrétaire Florentin. Il reproche à notre nation de se livrer trop facilement aux étrangers ; enfin, il repousse avec raison le reproche d'avarice et de perfidie fait aussi aux Allemands.

Le livre de Gentillet est divisé en trois parties. La première est intitulée, du Conseil; la seconde, de la Religion; la troisième, de là Police^.

Dans la première partie, en mettant à part les injures lancées souvent avec mauvais goût contre ma/tre Nicolas, on rencontre cependant des observations neuves et agréables. L'écrivain fait une sortie contre une sorte de flatteurs que les anciens Français appelaient iongleurs y c'est-à-dire bouffons j causeurs, raillars , qui par leurs iongleries et babil en rjrme et en prose s'addonnent a complaire aux grands seigneurs. Gentillet fait ensuite un raisonnement très-extraordinaire sur cette maxime de Machiavel , qu'il ne faut pas

X PoHce répond ici an mot poUde , qae Eoosseaa a employé dana son Contrat social. Ut. III, cfaap. Vni.

Page 1