CHAPITRE XXXI
Fillustre fEiinUle, désire mieux organiser le pays. Honneur à tant de magnanimité ! Quelques sages Florentins pensent de telle manière sur cette organisation. L'auteur ne dissimule aucun de leurs arguments : il les rappelle, il les range de bonne foi, il les offre comme s'ils étaient siens; il les pare des avantages d'une diction qui n'a jamais été si pure, ni si élégante; puis il se présente à son tour pour donner son avis. Il n'est pas effrayé par la majesté qui entoure le chef de l'Église; il ne s'agenouille pas aux pieds du souverain de Rome, et du modérateur de la chrétienté. Il se place, en quelque sorte, près de son trône, à sa droite même; grand de la force de son talent , de la dignité de ses paroles, il adjure Léon de l'écouter.
On peut établir à Florence l'autorité d'un chef prince, ou l'autorité d'une république. Il déclare que Florence a l'habitude de vivre en république ( ici il faut respecter encore cette habitude), et il dit hardiment à celui qui est le chef d'une famille prétendant avec tant d'avantages présents à cette souveraineté, il lui annonce qu'il ne doit pas penser à sa famille, qu'il doit chasser cette idée d'orgueil, bien examiner les événements qui se sont succédé en Toscane , les inconvénients des dernières lois qu'on y a publiées , et se décider à constituer Florence en république. Seulement, pour adoucir ^n quelque sorte cet arrêt que la conquête, la puissance et la vanité peuvent trouver amer, il a dit, comme en passant : « Un état a de prince n'a qu'une seule voie qui le conduise à « sa destruction , c'est de descendre vers la république : « la république n'a qu'une seule voie qui la conduise à « sa destruction , c'est de monter vers l'état du prince, a Tous les autres états du milieu ont deux voies de
« destruction : c'est de pouvoir monter vers Fétat du « prince , ou d'être destinés à descendre vers la répu- « blique : de là naît leur instabilité. »
L'auteur supplie S. S. de ne. pas blâmer et de ne pas louer son discours avant de l'avoir lu. Il la prie aussi de ne pas se formaliser de quelques altercations possibles entre les magistrats qu'il institue, parce que là où les choses sont bien ordonnées , moins il reste du vieux y moins il y a du mauvais.
Dans cet état, que Machiavel appelle ma république (il ne parle absolument et exclusivement que de Florence), il confie le gouvernement à soixantecinq citoyens de quarante-cinq ans accomplis, dont cinquante-trois pour le corps des grands arts^ et douze pour le corps des arts inférieurs '. Il propose de choisir parmi eux un gonfalonier, pour deux, trois ans, si on ne veut pas le nommer à vie. Le gonfalonier nommé, les soixante -quatre citoyens restant se diviseraient en deux portions de trente -deux chacune; trente-deux, avec le gonfalonier, gouverneraient pendant un an; les trente -deux autres, avec le même
> Il T ayaît à Florence vingt-an arts (arti), sept grands arts et quatorze arts de second ordre.
Les sept grands arts étaient : i° les juges et les notaires (on appelait juges à Florence , tons les docteurs es lois ) ; a^ les marchands , ou Part de cali' mala ( cet art prenait le nom de calimala de celui de la rue on logeaient ces marchands, et qui était anciennement appelée calU mala. Us vendaient en détail des étofles de laines , de soie , et ce que nous nommons en France rooenneries et merceries); 3° les banquiers; 4^ les fabricants de laine; 5* les fabricants de soie ; 6^ les médecins et les apothicaires ; 7^ les fourreurs.
Les quatorze arts de second ordre éuient : 1^ les bouchers ; a^ les cordonniers; 3* les forgerons; 4® les regrattiers, ou débitants de sel; 5° les maçons et les tailleurs de pierre , ou appareilleurs ; 6* les marchands de vin ; 7^ les anbergistes ; 8** les marchands d*huile , les charcniiers et les cordiers ; 9^ les chaussetiers ; 10^ les marchands de cuirasses; ix** les serruriers; la^ les marchands de cuirs; iV* les marchands de bois; 14^ les boulangers.