‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 31 sur 274 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Cependant Léon X devait céder aux anciennes 1520 recommandations de Vettori. 11 avait relu peut-être le grand et sublime ouvrage des Discorsi sur Tite-Live. Le ton de liberté qui régnait dans ces pages éloquentes, n'avait pas pu lui déplaire. Ces règles de gouvernement si sages, si nobles, vues de si haut, et les fautes commises par les Florentins sans talent à qui il avait en quelque sorte abandonné l'autorité, le déterminèrent à s'adresser de nouveau à Machiavel, et à lui demander ses opinions sur les moyens d'opérer ime réforme dans le gouvernement de Florence. Il avait passé sa pauvre et malheureuse vie à sa maison de campagne et dans la ville, entouré de généreux amis qui s'étaient attachés à lui pendant ses infortunes, et il ne faut pas douter que les Buondelmonti , les Rucellai n'aient contribué au raccommodement tardif qui enfin empêcha Léon X de méconnaître et de laisser sans utilité l'habileté précieuse de l'ancien secrétaire de la répubUque.

Jusqu'alors n'avait -on pas appliqué à Machiavel celle de ses doctrines qu'il a répétées le plus souvent d'après un ancien ? « L'homme est entraîné à ne pas « aimer ceux qu'il a offensés '. »

> Proprium humant îngenii est, oduse quem Imseris. Tacitt, Fie d'Agrieola^ LU, éditSon de 1649, page 58S.

Quoiqu'il en soit, le glorieux publiciste devant discuter en présence du grand pontife lui-même, ou pour parler plus exactement, devant lui adresser im mode d'organisation de l'état de Florence , n'est plus cet homme qui a pu être incertain sept ans auparavant sur le choix d'un gouvernement , qui a pu conseiller telle mesure plus ou moins immorale dans son traité des Principautés y et ensuite, encore indécis, tenir la balance égale dans ses Discorsi; c'est un homme doublement éprouvé, d'une expérience consommée. Il va bannir de sa nouvelle composition toutes ces propositions vives, passionnées, quelquefois incohérentes, qui se rencontrent dans le premier de ses ouvrages, et qui se reproduisent encore, quoique plus rares, dans le second, propositions qui, souvent rapprochées, les unes des autres, se trouvaient, en quelque partie, n'être que des tâtonnements parmi lesquels la vraie opinion de l'auteur échappait , ou était difficile à distinguer.

Le publiciste , qui sent son talent perfectionné, ne descend plus au ton de flatterie que nous lui avons pu reprocher, et qu'Alfiéri a signalé par une réprobation si énergique. Il dit fortement : « Voilà ce qu'on peut « penser sur des matières si différentes , et choisissez. » Il reprend, en quelques mots seulement, l'origine de Florence; il indique à la hâte la trace des premiers pas de Cosme et de Laurent V^, Les Médicis devaient gouverner avec familiarité, parce que beaucoup de Florentins étaient leurs égaux. Les Médicis pouvaient à l'autorité joindre la grâce qui a toujours été dans le caractère de cette famille adorée , mais tout l'effet de cette grâce est nul aujourd'hui: ils n'ont plus d'égaux, tout a cédé à leur puissance. Dans cette circonstance, le pape Léon, leur protecteur, leur appui, le chef de

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