CHAPITRE XXXII
Il n'y a plus qu*un seul ouvrage en vers à exami- 1 520. ner. Il appartient, sans aucun doute, à une époque de la vie de Machiavel où son esprit était plus tranquille. Le publiciste va entrer dorénavant dans im ensemble d'études et de compositions si graves, que la poésie ne pourra plus qu'être négligée. U va être rendu, pour quelque temps, à son premier élément; il va rentrer dans les affaires : il va perdre ces longues journées de loisir d'automne et de toutes les saisons , qui lui permettaient, qui lui ordonnaient même des délassements si nécessaires, puisque la demande d'un système d'organisation de Florence lui a apporté l'espoir d'être employé , et lui a procuré même quelques récompenses pécuniaires, avant-coureurs probables de faveurs plus signalées. Il peut se considérer comme déjà à la disposition du gouvernement; il peut à tout instant revoir une de ces lettres où il lira : Niccolo^ tu caualcherai; Nicolas y tu monteras à chacal. Il va falloir renoncer au culte des muses; il lui restera, et nous ne l'oublions pas , une veine de gaîté satirique qui lui dictera Belphégor. Cependant, quitte-t-on si brusquement des occupations si attrayantes ? Ce courrier de Rome qui doit changer le sort de l'ancien secrétaire, ce bref du pape, cet ordre qu'attend peut-être le gouvernement de Florence pour s'approprier une
autre fois les talents de Machiavel , ne pénètrent pas encore dans la solitude de la villa. Nicolas certainement a repris du courage ; il lui reste quelques idées poétiques , qu'il n'a pas mises en ordre. Le poète va de nouveau se livrer à sa verve brûlante; il va nous faire entendre ses derniers chants. Ce sont, sans contredit, ceux qui présentent, malgré quelques écarts condamnables dans plusieurs scènes, la moralité la plus pure, et enfin, à la louange éternelle de la vertu, ces chants-là, qui sont les plus sages, sont les meilleurs que l'auteur ait composés.
L'ouvrage dont je veux parler est une comédie en cinq actes , en vers ; elle n'a pas de titre , et fidèle à ma réserve ordinaire, je ne l'appellerai que la comédie en cinq actes en vers, comme Machiavel l'a indiqué de sa main sur son manuscrit.
M. Périès l'a intitulée : l'Entremetteuse maladroite, La scène est à Rome dans le temps de l'ancienne république. Deux hommes mariés à des femmes avec lesquelles ils ne parviennent pas à s'entendre, échangent leurs épouses , ainsi qu'il était permis par les lois romaines. Cela est si vrai, qullortensius abandonna son épouse à Ciaton , et la reprit après la mort de ce dernier. Ce qui est un peu improbable ici, au moins pour l'un des deux maris de cette pièce, c'est qu'il aime sa femme, qu'il en est très-jaloux, et qu'il consent assez légèrement à ce sacrifice. L'autre mari n'a jamais aimé sa femme, et il. a toujours aimé celle du jaloux. La conduite de celui qui n'a pas aimé sa femme se conçoit aisément , mais la conduite de l'autre n'est pas dans la nature du cœur humain. Les moeurs décrites dans cette comédie sont celles des comédies de Plaute, mais sans outrage à la pudeur publique. On trouve quelques traits de gourmandise, qu'on