‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 99 sur 274 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Il y a peu de choses à dire de deux ou trois pages 1525. de Machiavel, intitulées Sentenze diverse. Ce sont des réflexions politiques, morales et militaires, déjà à peu près insérées dans les autres ouvrages que nous avons analysés.

Elles devaient peut-être prendre place sous une autre forme dans ces mêmes écrits , que l'auteur pouvait se proposer de revoir. Elles indiquent aussi qu'il notait ces sentences, à mesure que les anciens les lui offraient , ou qu'elles se présentaient à son esprit : alors on aurait là une partie du secret de son travail. Il est certain d'ailleurs que quelques-unes de ces sentences ne pouvaient plus être utiles à notre auteur, et n'auraient plus été que des réminiscences inexcusables. Mais un écrivain dédaigne ou bien oublie de brûler le^ notes qui ont aidé sa mémoire; ces sortes de mémento subsistent encore, même lorsqu'on a abjuré les opinions qu'ils énoncent , et après la mort de l'écrivain , des héritiers passionnés conservent, et des éditeurs avides publient tout ce qu'ils trouvent successivement de la main d'un auteui;, surtout quand il a acquis le grand nom que s'est assuré Machiavel.

Cependant Nicolas, au milieu de ces distractions permises avec quelques amis qui le pressaient de se livrer ainsi à tous les genres de travaux littéraires dont

il avait si éminemment le don , n'oubliait pas le désir de rentrer dans les affaires.

Il y avait trois ans que l'autorité des Médicis était rétablie. L'appui que leur politique recevait de la protection du Saint-Siège, occupé depuis à peu près le même temps par un membre de cette famille, avait éloigné mille maux des possessions de Florence, quoiqu'en aient pu dire les critiques de l'époque. De là peutêtre naquirent cette aversion pour la guerre, ces inclinations modérées qui formèrent dans la suite le caractère particulier de ces souverains de Florence, et qui établirent dans l'histoire la réputation de la pacifique gloire des Médicis ^

Machiavel naturellement plus animé que jamais par ce spectacle de succès et de repos pour sa patrie, désirait avidement de rentrer dans les affaires.

Nous avons luie lettre de Jacques Sadolet*, sc-

I Je trouve cette beorease expression dans an oovn{(e de M. le btron Crenxé de Lesscr , intitalé : Dé la liberté, Paris, 18 39, in-S®, Micband.

M. Creuxé de Lesser, connn jnsqa^à présent par des compositions agréables et des poèmes ingénieux, a voulu traiter la question la plus haute et la plus controversée , la question de la liberté. Il est vrai quMl s'est proposé cette tâche difficile, après avoir rempli des fonctions de politique intérieure : on retrouve dans son ouvrage un homme qui s*est occupé souvent de pensées d*administration et de gouvernement civil. Il n*a gardé, de la littérature, dans sa nouvelle production, que ce qui pouvait la rendre plus piquante. Son style vif, varié, étincelle de traits inattendus, qui, faisant i^-la-fuis penser et sonrire, adoucissent la sévérité dn sujet et du livre. Le but très-hardi de cet écrivain, ne fut-il pas approuvé, mérite d*étre examiné, et il est curieux de voir comment un préfet a pu , voulu et osé parler de liberté. En ce moment, une seconde édition de cet ouvrage qui a été favorablement accueilli par le public, vient de paraître à la même maison de librairie.

* Sadolet, né à Modène en 1477, fut, *v<<^ I* Bembo, secrétaire dt Léon X. Il perdit son emploi sous Adrien VI ; mais Clément VII Tattacha à sa personne en la même quslité.

M. Tenhove parle ainsi de Sadolet : « Il n*a publié qne des ouvrages sérieux et convenables aa rang qu'il occupait. La plupart regardent la moralt et la

Page 1