‹ Macpéla, ou, Tombeau des patriarches à HébronChapitre 9 sur 11 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

du docteur Ermete Pierotti sur ses visite» n Hébron et ses monuments, spécialement à Macpéla.

Dix-huit visites à Hébron m'ont mis à même de bien connaître le pays et de pouvoir entretenir le lecteur sur tant de choses, desquelles n'ont pas parlé ceux qui ont écrit sur la ville bien -aimée d'Abraham et sur les monuments qu'elle possède; mais avant d'expliquer le bien plus que j'ai moimême observé et reconnu dans ce pays, je donnerai l'analyse de quelques textes des voyageurs les plus modernes, analyse qui, bien à propos, se peut introduire dans mon rapport, parce que je n'aurais pu la faire si je rt' avais pas tant étudié à Hébron, et alors dans les explications , il ne sera pas lare que je devrai expliquer tout ce que m'ont appris mes propres recherches. L'écrit du révérend Stanley sera celui sur lequel je m'arrêterai plus fortement, non-seulement en voie d'analyse, mais encore en voie de critique. Dans l'écrit de M. le comte de Vogué, les églises de la ' Terre- Sainte , on lit que le mur d'enceinte de Macpéla est haut de i5 à 20 mètres et que le parallélogramme rectangulaire est de 70 mètres à peu près sur 50; ceci, il l'écrivit en 1854. Dix ans après, dans son ouvrage le Temple de Jérusalem, il écrit que l'enceinte (de Macpéla) a la forme d'un rectangle de 34 mètres sur 60; encore celte fois il n'est pas exact, mais l'auteur n'a pas l'habitude de s'arrêter

devant aucun obstacle, lorsqu'il a résolu de donner un rapport sur ce qu'il a vu. En 1854, il dit que à peu près Taire occupée par le mur d'enceinte de Macpéla est de 3500 mètres carrés, et en 1864 il la réduit à 2040 mètres, donc une petite différence de 1460 mètres carrés, ce qui prouve le manque de justesse dans le coup d'œil pour juger à peu près les mesures. Par rapport à la hauteur de 15 à 20 mètres, je peux dire qu'il l'a extraite de Yauteur arabe de la Prééminence, qui dit que la hauteur est de 26 coudées; mais la différence de cinq mètres de plus ou de moins est assez remarquable tant par rapport â la vue qu'à la cubature du mur. Rapport à l'âge du mur de Macpéla, il lui paraît donc antérieur à Vère chrétienne, et provient, mns doute, des travaux exécutés par les Hébreux, et ceci il l'écrivait en 1854; en 1864 il écrit... à considérer V enceinte oVHébron comme un monument judaïque, élevé sans doute à Vépoque Asmonienne ou Hérodienne, et après le confronte au fragment de mur judaïque qu'il a déblayé à Jérusalem dans le terrain russe, derrière le St-Sépulcre (voir appendice A). Le Comte a émis une bonne opinion en 1854, mais ensuite attribuant le mur aux Asmonéens ou à Hérode, il a mis de côté l'histoire parce tjue lui-même sait fort bien que Favius Joséphe a écrit en détail sur les Asmonéens et sur Hérode, et si ceux-ci avaient fait le mur d'enceinte de Macpéla, il n'aurait pas oublié d'en faire mention comme un de leurs grands travaux d'architecture, attendu qu'il décrit tout ce qui à cette époque fut construit et dévasté. Joséphe parle des sépulcres des patriarches comme d'un monument déjà connu. M. le Comte compare le mur de Macpéla au fragment par lui déblayé à Jérusalem; la comparaison ne peut être admissible, vu que le mur de Jérusalem contient le ciment, et celui d'Hébron ne l'a que dans les jointes externes, et que les Arabes l'y ont mis avec l'idée de conserver, mais ce n'est pas d'origine ancienne. Quant à ce que dit le Comte sur l'église (aujourd'hui raos-

quée), l'ayant déduit des planches d'Ali-Bey, il a exprimé un sain jugement en l'attribuant à l'époque des croisés qui peuvent avoir réduit et restauré la grande basilique que retrouva Antonin de Plaisance et qui, probablement , était l'ouvrage de St-Hélène.

Les tombeaux des patriarches sont décrits parAli-Bey comme ayant la forme de « maisonnettes » d'où Von pourrait conclure qu'ils ont été comme le St-Sépulcre, isolés de la masse du rocher par un travail artificiel... Ali-Bey décrit la représentation des sépulcres des patriarches et non les sépulcres mêmes, donc l'idée de M. le Comte est inadmissible. La caverne de Macpéla est située sous le pavement de la mosquée et de sa cour intérieure. Aux Asmonéens et à Hérode, on ne peut attribuer une idée de laquelle beaucoup de temps après et avec profonde ignorance appliquèrent les architectes de Constantin, qui détruisirent ou mutilèrent grandement la localité du St-Sépulcre ; c'est pourquoi il y a de grandes contestations pour savoir s'il est oui ou non le véritable sépulcre de Jésus-Christ, et dans les écrits de M. James Fergusson de Londres, il y a des attaques nombreuses à ce sujet (Note Xyil). M. de Voguë, parlant encore des sépulcres, dit c que, en 1187, les mahomélans s'emparèrent de Macpéla et modifièrent sans doute les tombeaux pour leur donmr la forme grossière et conventionnelle commune à toutes les tombes musulmanes, etc., etc. » Monsieur! quand Ali-Bey visita Macpéla, les maisonnettes qu'il décrit existaient et sont les mêmes que vous avez eu l'idée de supposer avoir été détachées du rocher. Ali-Bey parle toujours du simulacre des sépulcres, donc votre idée est hors de place, ou trop avançée.

Extérieurement, ils (les mahométans) surélevèrent le mur de la grande enceinte et le flanquèrent de minarets situés aux quatre angles. M. le Comte ! au-dessus du mur de Macpéla, il y a deux minarets au lieu de quatre. L'auteur arabe de la Préé-

minence parle de deux minarets, j'en ai vu deux, et la localité qui existe encore en représente deux.

Quant aux tombeaux des patriarches (le docteur Rosen vous l'a dit), ils sont situés dans des cryptes où nul ne pénètre, pas même les musulmans. Le consul de Prusse a dit ce que les rusés Santons gardiens de Macpéla lui ont dit, et non ce qui est réellement. A moi, la bataille de Sadowa n'a produit aucun effet de surprise ni de terreur, donc je peux dire tout uniment au savant prussien qu'il a voulu croire avec trop d'ingénuité ce que voulurent lui faire croire les musulmans, crédulité qui lui fait le plus grand tort après son long séjour en Palestine, au milieu d'un peuple qu'il devrait enfin bien connaître pour savoir s'en méfier.

M. F. de Saulcy attribue le mur d'enceinte de Macpéla à David, et la construction ressemble fort aux plus belles parties de la muraille extérieure du Haram-ech- Chéri f de Jérusalem, c'est-à-dire à celles que j'attribue, avec toute confiance, à Salomon lui-même. L'auteur arabe de la Prééminence l'attribue à des génies qui travaillaient sous la direction de Salomon; ceci, il le dit en force d'une légende, et M. de Saulcy, après un examen sérieux, infère que la construction du mur est de l'époque de David. J'opine que le mur de Macpéla est une construction faite pendant le règne de Roboam, et voilà pourquoi.

David régna 7 ans à Hébron, mais les discordes, les guerres avec ses voisins ne lui laissèrent pas le temps, je crois, de penser à former une enceinte comme celle qui entoure Macpéla, du reste l'art de la construction n'était pas avancé, et les ouvriers manquaient; il y avait peu d'années encore que les Hébreux, sous le joug des Philistins, devaient se rendre au pays de ceux-ci pour faire réparer leurs instruments d'agriculture, de sorte qu'ils n'avaient aucune arme de guerre i ; et je suis persuadé que David, pendant les 7 ans qu'il régna à Hé-

• l Sam. xi», 20, 21, 22.

bron, s'occupa plutôt d'armes, d'organisation militaire et de vaincre ses ennemis, que de faire des monuments. David se rend maître de Jérusalem et, après sa conquête, Hiram, roi de Tyr, lui envoya des ouvriers parmi lesquels étaient des tailleurs de pierre; c'est alors qu'il pensa à faire construire une maison ' et ensuite à élever un temple au Seigneur, l'exécution duquel était réservée à Salomon.

Je ne crois pas que le mur de Macpéla appartienne à Salomon, parce que la Bible, en énumérant toutes les constructions de ce roi, ne parle jamais dilébron. Je dis que l'enceinte fut faite sous Roboam par des ouvriers phéniciens , et de là vient le rapport qui passe entre la conformation des pierres de l'enceinte de Macpéla avec celles des soubassements du mur oriental du Haram-ech-Chérif. Je ne conviens pas, cependant, qu'il y ait une parfaite ressemblance; mais que la différence, tant peu qu'elle soit, peut provenir à Hébron de l'effet d'un travail plus soigné, ce qui était facile, considérant les diverses dimensions de ces pierres avec celles du mur du Haram-ech-Chérif qui sont plus grandes.

La Bible dit : que Roboam bâtit à Hébron % et je me permets de penser qu'il fit faire le contour de Macpéla non-seulement pour honorer les sépulcres des patriarches, mais encore pour les enfermer dans une fortification qui pût les défendre contre les invasions étrangères ou les désordres du pays. Peut-être que le mur de Macpéla fût fait depuis que Sisac, roi d'Egypte, se rendit maître des trésors de Jérusalem 3 , ce qui arriva dans la cinquième année du règne de Roboam qui dura 17 ans \ Mon idée de fortification n'est pas improbable si l'on considère qu'Hébron est sur la roule d'Egypte.

L'enceinte sacrée est un parallélogramme rectangle orné de

• 2 Sam. v, 9.

• 2 Chr. xi, 5, 10. » 1 Rois xiv, 25.

• 2 Chr. xii, 13.

quinze pilastres engagés de 4 mètre iO de largeur, et d'environ 8 mètres de hauteur sur les longues faces. Il y en a huit setilement sur les petites, et de part et dlautre, ce nombre est compté abstraction faite des coins, etc. Sur ces détails nous ne sommes pas d'accord (voyez mon plan). Le texte de Joséphe dit : « Leurs sépulcres se voient jusqu'à ce jour entièrement construits en beau marbre, et magnifiquement . » M. de Saulcy écrit : Je ne sais si Von me permettra de voir dans ce dernier passage l'indication précise de Venceinte du Haram d'Hébron, telle qu'elle existe encore de nos jours. Peu lui importe ma permission, mais je ne la lui donne pas. Abram conduisait une vie nomade et nous le voyons tantôt en Mésopotamie , tantôt à Sichem, tantôt à Béthel, tantôt en Egypte, tantôt à Mamré, et tantôt à Gherar, donc le mur d'enceinte de Macpéla ne peut lui être attribué comme étant au-dessus du génie d'un émir pasteur voyageur.

Abraham avait 427 ans lorsque Sara mourut ; ce fut alors qu'il acheta la caverne de Macpéla ; lui-même mourut à 175 ans, donc il aurait eu le temps en 48 ans de fabriquer le contour de Macpéla; mais les ouvriers phéniciens travaillaient -ils comme à l'époque de David ou de Roboam? Quand on ne veut pas croire que Roboam avait fait bâtir sur Macpéla et qu'on veut faire abstraction de la main-d'œuvre, on pourrait penser encore que Joseph, fils de Jacob, dans sa grandeur, voulut faire construire ce monument pour honorer le sépulcre de ses ancêtres.

Quant à la description de la forme des pierres , M. de Saulcy est tellement exact, que je renvoie le lecteur à son Voyage en Terre-Sainte.

MM. Salzmann et Màuss. Je suis de leur avis dans la description qu'ils donnent de l'aspect du monument de Macpéla et du travail des pierres, bien que je trouve qu'à Hébron le travail est plus soigné qu'à Jérusalem. Sur la position du tombeau d'Abraham qui était probablement disposé comme tous les tombeaux judaïques d'une certaine importance, je n'accepte pas l'o-

pin ion de ces deux messieurs, parce que j'ai vu quelque chose de la véritable caverne de Macpéla, et elle ne renferme aucun travail comme dans les sépulcres des Juges et des Rois à Jérusalem. Je veux croire qu'Abraham avait des idées supérieures à son temps ; mais je ne puis me mettre dans l'esprit qu'un pasteur eût la pensée de faire un travail aussi colossal pour préparer une chambre dans laquelle étaient pratiquées des niches en nombre correspondant à celui des membres de la famille qui devaient y être inhumés. Il acheta la caverne de Macpéla pour enterrer les morts de sa famille, parce qu'elle présentait un vide propre à renfermer des sépulcres, et demandait peu de travail pour fermer sa propriété. Les tombeaux judaïques d'une certaine importance n'existaient pas au pays des Ghananéens à l'époque qu'Abraham l'habitait, et si lui-même en avait vus en Egypte, je ne crois pas que ce pasteur nomade eût voulu ou pu en introduire à Hébron.

Les idées sont justes quant à la manière de montrer comme le massif du Haram est isolé de trois côtés, au sud, à V ouest et an nord ; elle est très exacte la description de la partie sud de V enceinte, qui seule est accessible et visible dans tout son développement, de même qu'il est parfaitement vrai que le sol intérieur de la plate- forme doit correspondre à la retraite, et se trouver de niveau avec elle. C'est avec plaisir que je rends ce témoignage bien mérité aux deux observateurs attentifs, parce qu'ils m'épargnent la peine de répéter tout ce qu'ils ont dit.

L'entrée primitive de la chambre sépulcrale n'est pas condamnée, elle se voit encore, je l'indique dans mon plan; il est vrai pourtant qu'on pratiqua une autre ouverture qui, du niveau de la plate-forme, s'ouvre sur un escalier taillé dans le roc, et qui conduit non dans le tombeau d'Abraham, mais dans la caverne. C'est vrai que l'accès à lu caverne est sévèrement défendu, même aux musulmans qui n'appartiennent pas à une secte particulière. Cette secte s'appelle Jauli.

L'édifice transformé en mosquée. . . nous paraît avoir été une

basilique chrétienne; certainement que c'était d'abord une basilique. Je n'ai trouvé aucun des caractères qui distinguent les églises... des croisés. Vous n'êtes pas entrés dans la mosquée, donc je me tiens au jugement donné par M. de Vogué, qui Ta bien compris du dessin fait par Ali-Bey; il est vrai que les croisés l'ont restauré et réformé en appliquant les éléments qu'ils avaient sous la main.

Révérend professeur Stanley. J'aurais dù m'entretenir avec le distingué littérateur anglais avant de le faire avec MM. de Saulcy, Salzmann et Mauss; mais désirant examiner en détail tout ce qu'il a écrit dans le Times, je l'ai réservé pour le dernier. — Vons avez, M. Stanley, mal interprêté Joséphe , attendu qu'il n'a pas écrit que les descendants d'Abraham entourèrent Macpéla de hautes murailles ; donc vous n'avez pas montré d'exactitude dans la reproduction de ses paroles. Les murs de Macpéla, rapport à leurs dimensions , leurs bandes lisses et leur conformation, répondent à la description de Joséphe : l'auteur cité a-t-il écrit une seule parole de tout ce que vous lui attribuez ? il n'a rien écrit là-dessus.

Dans cette enceinte sacrée, de 606 ans à ce jour, aucun Européen n'a jamais mis le pied, à moins qu'inaperçu. En plein jour, sans déguisement, j'y suis entré avant vous, et de nuit j'y suis allé inaperçu, et M. Stanley mon inaperçu équivaut au courage, car je me suis exposé au danger. Macpéla est resté hermétiquement fermé, même aux personnages royaux, avant la visite du prince de Galles, parce que les autres personnages royaux, sachant qu'ils auraient déplu aux fanatiques d'Hébron, ont eu la modération de respecter leur opinion. Apprenant què pour pénétrer dans Macpéla , le gouverneur de la Palestine devait assumer une grande responsabilité, et que pour satisfaire cette volonté de prince , il fallait disposer d'une grande partie des forces qu'il possédait, et les faire marcher sur Hébron ; eux, par esprit d'humanité bien entendue, renoncèrent à

leur propre satisfaction plutôt que de déranger tant de monde. Ainsi ce n'est pas que l'entrée leur fut refusée, mais, par respect pour les coutumes, ils renoncèrent à faire cette visite.

La mosquée était originairement une église bysantine ; vous avez raison de dire originairement parce qu'à présent c'est une restauration des Croisés ; mais ce qui me surprend, c'est que vous abaissiez Sainte-Sophie jusqu'à la comparer à la pauvre mosquée d'Hébron , patience si vous vous étiez contenté pour cette comparaison de quelques églises du Mont Athos! J'espère que vous avez nommé Sainte-Sophie pour donner plus d'importance à la visite d'Hébron, et non par conviction.

Secondement^ que V église a été convertie en mosquée à une période plus récente ; ceci s'aperçoit aux arches aiguës et à la coupe deVabside... La remarque n'a rien de nouveau ni d'étrange. Chacun sait qu'en 11 87, Saladin la constitua en mosquée comme elle est aujourd'hui ; Cela ne peut se reconnaître aux arches aiguës qui sont des Croisés, ni à la coupe de Vabside qui n'a jamais existé.

Rapport aux sépulcres des patriarches, et à leur disposition, vous n'avez rien dit de nouveau ; fauteur arabe de la Prééminence et Ali-Bey en parlent clairement. Vous dites que les deux sépulcres d'Abraham et de Sara sont protégés par des portes d'argent, Ali-Bey est plus exact en disant qu'elles sont de bois plaqué d'argent, car telles elles sont.

Vous fûtes prié de ne point entrer dans l'enceinte où est la tombe de Sara, et ils vous laissèrent entrer dans celle d'Abraham ; les personnes mieux informées des coutumes musulmanes n'auraient pas demandé à pénétrer dans celle de Sara.

La chambre contenant la tombe (d'Abraham) est incrustée de marbre..., la tombe est couverte de trois tapis et autant en ont dit l'auteur de la Prééminence et Ali-Bey ; ce dernier en a compté neuf sur le sépulcre d'Abraham, et comme vous il les dit verts brodés d y or; mais il n'est pas arrivé à votre exactitude

parce que vous nommez les sultans qui les envoyèrent, tandis que le renégat écrit : les stdtans de Constantinople fournissent ces tapis... Vous dites qu'on éprouve une certaine émotion de se trouver si près des sépulcres , vous avez raison en. ceci , je l'ai éprouvée moi-même cette émotion, étant seul, sans accompagner un prince, et je me trouvai content de ma solitude, parce que autrement étant obligé de m'occuper du prince, j'aurais dû omettre, comme vous l'avez fait, d'examiner un trou pratiqué dans le pavement contigu au sarcophage simulé d'Abraham, et voir qu'il est taillé dans le roc.

De la disposition des sépulcres d'Isaac, de Rebecca, de Jacob et de Lea, Ali-Bey en parle et vous n'y avez ajouté rien de nouveau, d'autant plus que chacun sait que les sarcophages existants dans la mosquée et dans les portiques sont d'une grandeur exagérée en comparaison de celle des véritables sarcophages qui existent dans la caverne.

Les gardiens de la mosquée eurent des difficultés à vous introduire dans l'enceinte du sépulcre d'Isaac et pour que vous n'insistiez pas à en demander l'entrée, ils vous racontèrent une légende. Les paroles : Abraham se montra opposé à la résolution de Dieu de détruire Sodome et Gomorrhe, vous prouvent qu'euxmêmes, quoique remplis de fanatisme, d'hypocrisie, de préjugés et de fourberie, ils connaissent les faits bibliques. Il est vrai qu'ils exagèrent ces faits, mais malgré cela dans l'exagération transpire l'origine biblique. Je renvoie le lecteur à la Note XVIIJ pour prendre connaissance de quelques légendes.

La fable qui a rapport à lbraïm-pacha est celle du serviteur d'un grand roi qui s'introduisit dans la caverne et en sortit aveugle, sourd, maigre et boiteux; ils la racontent pour donner à entendre ce qu'eux-mêmes ne croient pas et pour apporter des obstacles à la visite facile du lieu, parce qu'alors, ils tirent plus d'avantage des croyants leurs corréligionnaires, et des rares visiteurs. Si l'entrée de la sacrée enceinte était facile , peu à

peu le prestige s'évanouirait et tous ceux qui vivent au service de la localité perdraient une grande partie des ressources dont ils jouissent actuellement.

Vous avez vu les simulacres des sépulcres de Jacob et de Lea, mais vous n'avez pas remarqué les deux trous qui communiquent avec l'intérieur de la caverne. Les Santons font ordinairement passer les deux bannières vertes appuyées au sépulcre pour les mêmes dont Mahomet et Homar firent présent après leur conquête, et ils racontent à leurs croyants coreligionnaires qu'avec ces bannières les fils d'Islam sont toujours victorieux; le fait est que des pèlerins de la Palestine qui visitèrent la Mecque en rapportèrent ces bannières qui avaient touché la tombe du prophète.

Quant au sépulcre de Joseph , les gardiens savent parfaitement bien que ses restes ne s'y trouvent pas; mais ils racontent ce qu'ils ne croient pas, pensant ainsi ajouter à l'importance du lieu ; eux-mêmes vont près de l'ancienne Sichem pour le visiter. Les musulmans font dans leurs édifices saints ce que font dans les leurs les latins, les grecs et les arméniens, précisant des places saintes (imaginaires) afin de multiplier les aumônes des pèlerins, et c'est pour cela qu'on peut dire avec vérité que l'église du Saint Sépulcre, à Jérusalem, est devenue une riche banque nationale (note XIX) qui encaisse continuellement, et a l'avantage sans égal de payer les intérêts dans l'autre monde.

Les gardiens dirent à un de vos compagnons que les deux tombes semblables à celles d'Isaac et de Rebecca, dans la petite mosquée adjacente, étaient de simples objets d'ornement; c'était pour éviter de donner plus d'explications sur les objets qui sont dans l'enceinte sacrée de Macpéla ; mais en réalité elles possèdent deux légendes qui disent que l'une est celle du Cheikh (chef) Esaù, et l'autre de Lot (Note XX).

Après la description de choses auxquelles tant d'autres ont

référé et qui se connaissent si bien, vous ajoutez la réflexion naïve que vous ne vous êtes en rien occupé de l'objet le plus intéressant, c'est-à-dire de la caverne de Macpéla où reposent réellement les dépouilles des patriarches, et vous continuez, disant : nous vîmes une seule indication de la caverne de dessous; à l'angle de la chapelle d'Abraham, il y a un petit trou de huit pouces environ de diamètre. Je suis bien aise que celui-ci n'ait pas échappé à vos observations, comme les autres que j'ai indiqués ci-dessus, ainsi que celui qui se trouve dans la chambre du sépulcre de Joseph. Je trouve cependant que vous auriez pu dire avec facilité dans votre article que ce trou correspond à la caverne inférieure, et que vous n'auriez jamais dû dire que c'était la seule ouverture connue des gardiens ; je vous le répèle, les gardiens vous ont montré et raconté ce qui leur plaisait, et non ce qu'ils pouvaient indiquer et expliquer sur la localité. La lampe vue au trou et dont vous parlez ne fut point descendue pour vous empêcher de voir la caverne, et dans les autres sépulcres les lampes furent retirées pour la même cause qui dérive d'un tanatismé rusé et hypocrite.

Il faut que notre coup d'œil jeté dans l'espace voûté et obscur nous satisfasse aussi bien que le monde en général. M. Stanley, j'ai visité, j'ai considéré, j'ai examiné plus que vous, et je vais dire au monde en général quelque chose de plus intéressant que ce qui a résulté de la visite faite par l'héritier présomptif du trône d'Angleterre, et dont vous n'avez pas parlé, bien naturellement puisque vous ne l'avez pas vu, ni vous, ni autres.

Vous dites bien que d'autres entrées (à la caverne) peuvent exister; en effet elles existent, et vous avez mal fait, très mal fait, de vous laisser persuader de ceux qui parmi nous étaient le plus capables d'en juger à n'en point tenter la recherche, croyez que le résultat aurait été des plus satisfaisant.

Hélas! la visite du prince de Galles à Hébron n'a nullement correspondu à l'attente de ceux qui s'occupent de la science

biblique, parce que vous, chroniqueur de la circonstance, n'avez dit que des paroles vagues sur la caverne de Macpéla; vous avez dit peu sur le genre de construction extérieure et intérieure de l'enceinte sacrée, ainsi que sur le travail des pierres et sur leur qualité. Enfin, je le répète, vous avez reproduit tout ce qu'ont écrit à ce sujet l'auteur de la Prééminence et Ali-Bey. Les bénéfices indirects qui peuvent être obtenus de la visite du prince peuvent être imaginés réels par ceux qui s'enthousiasment de tout ce que fait un fils de famille royale, ou par ceux à qui il est utile de croire et déclarer grandiose tout ce que fait celui qui est destiné à régner sur les autres ; mais pour moi, qui suis sans illusion aucune, et qui voit la société telle qu'elle est, les effets de la visite du prince à Hébron ne sont rien, et nuls pour les hommes vraiment de science et pour les indigènes du pays, qui, jusqu'à nouvel ordre, seront toujours les cerbères acharnés de la caverne de Macpéla.

Les Anglais peuvent se réjouir que ce progrès vers la cause de la tolérance religieuse et de la science biblique a été accompli dans la personne de V héritier du trône d'Angleterre, et par égard à lu position que ce prince et le pays tiennent dans le monde oriental. M. Stanley , ne parlez donc pas de tolérance religieuse ; ce n'est pas un acte de tolérance d'avoir voulu pénétrer dans l'enceinte sacrée de Macpéla; tournez vos regards vers l'Irlande et osez dire : que si la tolérance est proclamée, la plupart des ministres protestants n'ont pas encore appris à la pratiquer.

La science biblique! elle n'a fait aucun pas, elle n'a rien ajouté à sa science, elle n'a pas été émue par la visite du prince à Hébron. Le monde oriental inhabile à tout, facile à se courber sous les jougs qui lui sont imposés, se soumet à tous quand il y va de son intérêt et qu'il craint; mais sachez que dans le monde oriental il y a des êtres dont le cœur bat noblement qui déplorent leurs misères et savent que Macpéla s'est ouvert

au prince de Galles non parce qu'il est Anglais , mais parce qu'il est le seul prince qui par tolérance insista pour la voir, curiosité qui aurait été satisfaite chez tout autre prince royal qui aurait désiré y entrer. Dans le monde oriental ce n'est pas seulement l'Angleterre qui impose, il y a d'autres nations que l'Angleterre qui y imposent, et plus que l'Angleterre ; l'exemple de la guerre de la Crimée vient du reste à l'appui de mon assertion.

Dans le P. S. vous faites observer que les chapelles oVlsaac et de Rébecca, qui sont au centre de la mosquée, occupent une position tout à fait inusitée dans les édifices musulmans, où les angles sont les lieux de sépulture d'honneur.

Le sépulcre du prophète Mahomet est au centre de la mosquée à La Mecque. Le sépulcre légendaire du prophète Moïse est au centre de la mosquée de Nebi-Mousa. Le sépulcre légendaire du fils d'Aaron est au centre de la grande nef centrale de la mosquée El-Aksa, à Jérusalem.

Le sépulcre du sultan Mahamud à Gonstantinople est au centre d'une chapelle, et tant d'autres exemples je pourrais donner.

Les gardiens de la mosquée tiennent pour certain que l'enceinte massive fut construite par des génies sous la direction de Salomon. Ces paroles sont une répétition de celles de l'auteur arabe de la Prééminence, elles sont donc remarquables comme légende parce qu'elles comptent environ cinq siècles ; ainsi c'est connu!

Au D? Rosen comme à moi, il paraît que l'expression d'Arculf, par rapport au mur bas (humili muro) pourrait être expliquée... qui le vit de l'intérieur de la plateforme.... Je ne crois pas que Saint-Arculf, évêque des Gaules, qui voyagea en Palestine vers le commencement du VIII e siècle , ait pu pénétrer dans l'enceinte sacrée de Macpéla, parce que la Palestine était alors une province sous la domination des Omniades (Soliman , fils

d'Abdalmélic, régnait) et les chrétiens étaient plutôt persécutés que protégés, la preuve en est qu'à Jérusalem ils habitaient un quartier à part et payaient un fort tribut pour obtenir protection Je suppose que Saint-Arculf vit le mur à une certaine distance, et comme peut-être sur le mur ancien se trouvait un mur arabe, qui y est encore , c'est la raison qu'il s'est servi des paroles humili mtiro. Jugez maintenant, lecteur, si la visite du prince de Galles à Macpéla a été de quelque utilité à la science biblique et au progrès de la tolérance religieuse, et dites encore si le rapport du D r Stanley renferme quelque importance scientifique qui puisse servir de guide aux futurs investigateurs d'Hébron.

Résultat de* w i»iteg du docteur Pierottt à Hébron.

Hébron se trouve environ à 34 kilomètres nord de Jérusalem. Selon Schubert sa hauteur est de 826 mètres; quelques-uns la disent de 880, d'autres de 850. Moi , je dis qu'elle est située à 862 mètres au-dessus de la mer, et surpasse de 74 mètres la hauteur de Jérusalem. El-Khalil (les arabes nomment ainsi Hébron) est une petite mais puissante ville, tant par le caractère et la fierté de ses habitants que par la richesse de la campagne, son industrie et son commerce actif. Les arabes des pays voisins y accourent pour tirer parti de leurs produits; l'industrie , comme je le spécifierai plus tard , y amène des marchands de la Syrie et de l'Egypte. Les bédouins entrent dans la ville avec confiance, parce qu'elle n'est pas entourée de murailles, et ils vendent, achètent ou échangent quelquesuns de leurs produits contre ceux qui s'y cultivent et s'y confectionnent, ou que les indigènes font venir de pays lointains. Les pèlerins musulmans, juifs et chrétiens y viennent, les premiers pour visiter et prier dans l'intérieur deMcsdjid-El-Khalil,

' Gibbon, chap. 57, pasc 106*.

c'est-à-dire la mosquée d'Abraham ; les seconds pour pleurer et souffrir sur le sol de leurs patriarches, se contentant de toucher et de baigner de leurs larmes une très petite parcelle de la roche de Macpéla 1 , et les troisièmes par curiosité pour voir le pays et pour observer du dehors l'enceinte monumentale de Macpéla et former des souhaits pour en visiter Tintérieur. Va tout ceci, il arrive que l'argent reste et la population l'utilise mieux que ne le feraient tous les autres habitants de la Palestine, parce que ceux d'Hébron sont des hommes résolus à ne point supporter les avanies des gouverneurs de la Sublime Porte ; ils ne craignent pas d'être dépouillés de ce qu'ils gagnent au prix de leurs sueurs, et bien des fois ont montré qu'ils ne sont pas de ceux qui endureraient patiemment les injustes exactions.

Hébron M m«tm quartiers.

Hébron veut dire alliance * (comme je l'ai déjà dit) ; elle s'appelait anciennement Kirjath-Arbah, ayant été probablement fondée par Aibah, père d'Anah 3 . Saint-Jérôme interprète Kirjalh-Arbah par ville des quatre et il pense qu'elle a été nommée ainsi à cause des quatre patriarches qui y sont ensevelis, c'est-à-dire Adam (Note XXI), Abraham, Isaac et Jacob \ Pour dire qu'Adam est enterré à Hébron 5 il se fonde sur le paragraphe 15 du chap. XIV de Josué, qu'il traduit ainsi : Hébron ante vocabatur Cariath-Arbe : Adam maximus ibi inter Enacim situs est (c'est-à-dire « Hébron s'appelait auparavant Cariath- Arbe : Adam, le plus grand entre lesEnacites, y est enterré »);

1 Les Hébreux paient une somme annuelle aux musulmans pour obtenir protection et avoir le droit d'aller prier devant la petite partie découverte dé la roche de Macpéla.

* Chebron, conjugium sive incantator, aut visio simpiterna. Hieron.

3 Josué, xv, 13.

4 Onamast. art. Arboch.

5 Adam vero sepultum juxta Hcbron et Arbe in Jesu filii nave volumine te^imus (Saint-Mathieu, xxvn).

mais le paragraphe ne correspond pas avec la traduction de Saint- Jérôme ; car on y lit : « Hébron était auparavant Kirjath- Arbah ; Arbah avait été un fort grand homme entre les Hanakins.» De ce texte se voit que l'opinion du saint écrivain tombe d'ellemême.

Quelques-uns, en voyant la distribution actuelle des quartiers de la ville, veulent en compter quatre, et ainsi se conforment à la parole de Saint-Jérôme ; mais il est plus probable qu'Arbah la fonda et lui donna son nom.

En 1837, avant qu'Ibraïm-pacha se rendit maître d'Hébron par la force, on comptait bien distinctement quatre quartiers ; mais comme un d'eux fut détruit par la soldatesque égyptienne, il n'en resta que trois. M. F. de Saulcy, dans son Voyage en terre sainte, page 158, écrit : « Voici les noms actuels de ces » quartiers : celui qui est au nord se nomme Harelz-ech- » Chiouckh. Le quartier des Cheikhs ; au sud, deux groupes > ont été, à la longue, réunis en un seul , bien qu'ils soient » séparés par le niveau du terrain sur lequel ils sont établis; » ils portent en commun aujourd'hui le nom de Uaretz-el- » Haram, quartier du Harara, bâti au-dessus de la grotte de » Macpéla; le dernier enfin, placé au-dessus des piscines, se » nomme Harelz-el-Aoud , quartier de la vallée. » L'auteur distingué, pour parvenir à trouver quatre quartiers , est dans la nécessité de faire une supposition. Moi, pour montrer l'existance de ces quartiers , j'ai recours au terrain. Ainsi 1° : La partie orientale est la plus grande et la plus importante ; les arabes la considèrent comme étant la plus ancienne et ils ont raison. Elle s'appelle Haretel-Haram ou Uaret-cl-Mesdjid-elkhalil, parce dans la partie la plus élevée est la caverne de Macpéla!

2° Le quartier situé au nord du premier est le second en étendue ; les arabes l'appellent Haret-ech-cheikh , parce que ce sont spécialement les chefs du pays qui l'habitent, et parce que

la tradition indique que là s'arrêtèrent toujours tous les grands visiteurs et conquérants d'Hébron. Les indigènes croient qu'il fut construit à l'époque de Saladin, qui y fit bâtir une mosquée qui existe encore. Je pense que la mosquée est une ancienne église chrétienne construite par les Croisés , et que de leur époque date le village. Ce qui est certain, c'est qu'elle est d'un tige plus récent que le Haret-el-Haram.

3° Dans la vallée vis-à-vis la partie méridionale du Haret-el- Haram est le quartier Haret-el-Ouad f qui prend son nom de la vallée, et où depuis 1837 les maisons se voient en plus grand nombre.

4° Ce quartier, le second en ancienneté, se trouve sur une colline située à l'ouest, à peu de distance de Haret-el-Ouad, où la tradition du pays veut qu'Isaï, père de David, nâquit et mourut; de là vient qu'il se nomme Haret-el~Jessé. Ses maisons furent détruites à différentes époques et la totale démolition arriva en 1837, lorsque Ibraïm-pacha prit et saccagea Hébron. Depuis ce jour les habitants l'abandonnèrent et allèrent construire à Haret-el-Ouad. Saint-Jérôme ne vit pas le sépulcre d'Isaï sur la colline; il vit celui de Caleb ce qui montre qu'il y avait des constructions à l'époque du saint.

Je dis que Haret-el-Haram est le plus ancien, parce que j'y trouve la caverne de Macpéla entourée du mur monumental. On voit dans quelques maisons des restes d'anciennes pierres judaïques ; le château près du Haram a dans ses fondations des pierres dont le travail est très ancien ; il est évident que la grande piscine fut construite pour les besoins de l'ancienne ville ; dans l'intérieur des maisons, il y a comme à Jérusalem et à Bethléem des citernes creusées dans le roc. On y voit le sépulcre traditionnel d'Abner; enfin on peut le déduire encore de la position avantageuse du terrain, chose que les anciens ne négligeaient pas.

' Hieron. Ep. xxvn ad Eustoch.

L'antiquité d'Haret-el-Jessé est prouvée par les restes de pierres judaïques, par les citernes creusées dans le roc, et plus spécialement par un très ancien passage souterrain duquel je parlerai à l'article des monuments.

Haret-el-cheikh a des maisons faites de matériaux arabes; ses citernes sont généralement faites de maçonnerie, et celles qui sont creusées dans le roc sont de peu d'étendue et de la profondeur de 4 à 5 mètres. On n'y voit aucun vestige d'antiquité. Dans les trois quartiers, les maisons entassées les unes sur les autres, dans d'étroites rues sales et tortueuses, ont des toits plats parsemés de petites coupoles en forme de calotte sphérique ; leur seul mérite est d'être la plupart à deux étages, entièrement de pierre, non construites de cailloux mêlés d'argile, ou de briques composées d'argile et de paille 4 . Il y a dans la ville un bazar plein de marchandises coloniales, et pourvu de tout ce qui est nécessaire à l'arabe. Plusieurs fontaines de l'époque de Saladin et de Soliman, avec l'eau recueillie dans les citernes et dans les deux piscines du pays, servent aux besoins des habitants.

Les environs de la ville sont parsemés de vignes , d'oliviers, et en quelque rare partie on voit le terrain qui ne produit pas. Le lecteur peut donc s'imaginer qu'Hébron est un séjour riant et fécond de la Palestine.

Population. Habitants.

La population d'Hébron est d'environ neuf mille habitants musulmans et cinq cents Israélites qui restent entassés dans un quartier fétide. Les premiers sont les fiers et fanatiques possesseurs du pays; les seconds, s'ils ne sont pas grands en puissance, le sont bien autrement dans leur constance et

1 Les habitations, dans la plus grande partie de& villages de la Palestine, n'abondent pas en pierres, et contiennent au rez-de-chaussèe une ou deux chambres qui ressemblent à des tanières.

leur abnégation à rester à souffrir toutes sortes de peines et d'humiliations sur le sol même qui appartenait à leurs ancêtres; depuis 1850 ils souffrent moins à cause de la protection qui leur est accordée par le gouvernement local et les consuls européens qui résident à Jérusalem.

Si les Arabes d'Hébron ne sont pas d'une stature extraordinaire, au moins sont-ils d'une taille sensiblement plus élevée que la plupart de ceux de la Palestine; ils sont aussi, autant que peut l'être un Arabe, mieux vêtus et armés en tout point. Les femmes, quant à l'aspect, ne tiennent pas des hommes , elles sont plutôt laides ; mais elles leur sont égales en fierté, en courage à supporter les incommodités, et à s'appliquer à tout travail qui peut leur procurer quelque avantage.

Le pays d'Hébron appartient au parti Kaissi, et peut, en cas de guerre ou en circonstance de démonstration, fournir trois mille hommes bien armés; mais comme ils ont de nombreux adhérents dans les pays voisins et parmi les tribus nomades, qui vivent dans le désert de Juda et au sud, ils peuvent, au moindre signal, opposer à leurs assaillants dix à douze mille combattants, au milieu desquels sont environ cinq mille cavaliers.

A présent les habitants d'Hébron vivent dans des maisons et non sous des tentes ; mais leurs coutumes présentent un tableau vivant de celles des anciens patriarches. Chez les musulmans d'Hébron, le pain se lait comme au temps d'Abraham 1 ; pour traiter leurs affaires, ils se réunissent à l'entrée de leur quartier a ; ils pèsent l'argent avant de payer % et, bien qu'ombrageux et lanatiques, ils savent donner l'hospitalité 4 , et leur principe est de ne jamais refuser à personne ni feu , ni eau , ni pain. Chez eux, lorsque deux propriétaires de terrain limitro-

' Gen. xviii, 6.

s Gen. xxiii, 10.

» Gen. xxiu, 16.

« Gen, xviii, 4, 8.

phes vont en établir les conlins, ils le limitent avec des monceaux de pierres 1 ; la loi du talion s'applique à chaque instant * et ils en sont stricts observateurs. Chaque homme porte un manteau bigarré, comme celui de Joseph 8 ; les femmes portent les voiles de Rébecca 4 et de Tamar 5 ; celui qui veut épouser une fille l'achète °. Il y aurait trop à dire s'il fallait raconter combien chez les habitants d'Hébron se retrouvent en usage les coutumes mentionnées dans la Genèse, et je terminerai en faisant observer que ceux d'Hébron continuent à donner signal de guerre, comme cela se faisait à l'époque de Jérémie 7 , et en combattant ils n'ont recours à aucun stratagème pour éviter de tuer ou d'être tués (Note XXII).

Agriculture et industrie.

Les branches les plus étendues d'agriculture à Hébron, sont la culture du coton, de la vigne et de l'olivier qui est la moindre. Je ne crois pas que dans les campagnes ils aient changé les instruments de labourage de l'époque des patriarches , je dirai seulement que toutes les prescriptions de Moïse ne sont pas tenues à grand compte, car on voit le bœuf uni à l'âne pour labourer les champs et pour battre le grain. Depuis peu d'années, ils font commerce de coton , mais la majeure quantité est filé, tissé dans le pays, et le bazar d'Hébron fournit les toiles à la plus grande partie de la Palestine et aux nomades du désert. C'est à Hébron même qu'il y a des teinturiers de bleu, comme étant la couleur la plus généralement adoptée par les hommes et les femmes de la campagne, pour les tuni-

1 Gen. xxxi, 45, etc.

* Ex. xxi, 42-36.

* Gen. xxxvii, 23,31, 32.

* Gen. xxiv, 65.

« Gen. xxxviii, 14, 19.

« Gen. xxix.

' Jér. vi, 1.

ques et les chemises qui sont les uniques vêtements qu'ils endossent, et sur lesquels, en mauvaise saison, se pose le manteau de laine bigarré.

La culture de la vigne, et la manière de faire le vin des habitants d'Hébron, est, comme je le dirai bientôt, de même qu'au temps biblique.

C'était dans la tribu de Juda que se trouvait le meilleur vin de la Palestine. Jacob, bénissant ses fils, dit à Juda . « Il at- » tache à la vigne son ânon et le petit de son ânesse à un fort » bon cep ; il lavera son vêtement dans le vin et son manteau i dans le sang des raisins » Aux environs d'El-Khalil se vérifie encore la parole d'Israël, et peu à peu, dans quelques années, cette vérité se vérifiera mieux parce que la vigne actuellement s'étend beaucoup. La Bible dit sang des raisins pour indiquer la bonté du vin qu'elle produisait; chez les anciens, le vin rouge était plus estimé que le vin blanc, c'est pour cela qu'ils s'en servaient dans les libations des sacrifices s . A présent, dans l'ancienne tribu de Juda, c'est le vin blanc qui prédomine, spécialement à Bethléem et à Hébron.

C'est tout près d'Hébron qu'on trouve la fameuse vallée d'Escol, d'où les envoyés de Moïse prirent une grappe de raisin que deux hommes portèrent en l'appuyant sur un bâton 3 ; maintenant, non-seulement à Escol, mais encore dans les vignes d'Hébron, on voit des grappes d'une telle grosseur que si on veut en porter une à certaine dislance, et la conserver intacte, deux hommes sont nécessaires, attendu qu'elles pèsent 8 à 40 kilogrammes et sont longues environ de 50 à 60 centimètres. Pour me passer le caprice de porter une grappe de raisin à Jérusalem, j'ai une fois employé deux paysans.

A Hébron et aux environs, les ceps de vigne rampent à terre

• Gen, xlix, 11.

* Illiade 1. 462; Odyssée m, 459.

J Nomb. xiii, 24.

ou grimpent au treillage bas ; ils ne sont pas élevés et appuyés aux arbres, pourtant se trouvent vérifiées les paroles du prophète Michée : « Mais chacun se reposera sous sa vigne et sous son figuier 1 . » En ettet, les treillages qui ne sont guère plus élevés que la hauteur d'un homme, servent dans la saison chaude de lieu de repos aux cultivateurs qui s'y abritent des rayons du soleil.

C'est à Hébron qu'on trouve l'explication des paroles suivantes du cantique : « Prenez-nous les renards , et les petits » renards, qui gâtent les vignes, depuis que nos vignes ont » des grappes \ » Les vignes, il est vrai, sont dans la campagne dévastées par les chacals qui sont voraces de raisin; je dis chacal, parce que à Hébron on ne trouve plus de renards qui se voyent rarement en Palestine. En 8 ans que j'ai, en tout sens, parcouru tant de fois le pays, j'ai vu quelque renard, tandis que la triste musique des chacals m'a toujours accompagné dans toutes mes excursions nocturnes.

Aujourd'hui les vignes d'Hébron sont entourées de haies 3 ou de murs formés de pierres 4 sèches, à l'objet de défendre la propriété et de la garantir de l'invasion des animaux qui pourraient la dévaster 6 . Les propriétaires et leurs serviteurs restent dans des cabanes ou des tours 6 pour garder les récoltes, principalement au temps de leur maturité. Du terrain planté de vignes, on arrache les herbes inutiles et nuisibles; on en retire les pierres, on remue la terre autour des ceps de vigne et 7 bien souvent on le fume. Le lecteur peut donc remarquer que dans les campagnes d'Hébron, tout se fait comme au temps biblique ; voyons encore quelques autres preuves évidentes.

• Mich. iv, 4; Zach. m, 10 ; 1 Rois iv, 25.

* Cant. h, 45.

3 Esaïe v, 2. 5.

4 Prov, xxiv, 31.

5 Jér. xu, 10.

« Esaïe I, 8 ; v, 2.

" Esaïe v, 2, 6.

Le raisin est mûr au mois de juillet, mais la vendange se fait dans les premiers jours de septembre et se prolonge jusqu'à la Gn du même mois. Le raisin se recueille dans des paniers 1 que généralement les femmes vont vider dans une grande cuve formée de pierres, qui se trouve dans la vigne même, et les hommes pressent les grappes de leurs pieds ; dans la partie inférieure du récipient, il se trouve un ou deux trous par lesquels le moût coule dans un tassin taillé dans le roc ou construit en maçonnerie * ; le vin étant formé, on le met dans des vases de terre * ou dans des outres 4 , aûn qu'il fermente, puis on le transvase dans un autre récipient 5 . À présent a Hébron, il ne se fait pas beaucoup de vin, attendu que la plupart du raisin est vendu frais sur le marché où vont Tacheter les marchands de fruits de Jérusalem et les habitants des pays environnants ; une grande quantité est séché ou employé à faire un sirop qui est très recherché et dont on fait un grand commerce avec la Syrie et l'Egypte.

Les Israélites d'Hébron font un vin blanc excellent, particu-

liérement apprécié des voyageurs lorsqu'il est vieux. Je peux dire avec sincérité qu'il est difficile de se procurer du vin choisi d'une année lorsqu'on en veut acheter un certain nombre de bouteilles ; mais on lui donne aisément l'apparence de vieillesse en accumulant autour de la bouteille de la poussière et quelques toiles d'araignées pour dissimuler l'indication de son âge, ce que chacun, je crois, fait après avoir vu la physionomie de celui qui le cherche, ou celle de celui à qui le vin doit être offert en cadeau.

La culture des oliviers, à Hébron, est mieux soignée que dans beaucoup d'autres parties de la Palestine, et il en revient

' Jér. vi, 9.

» Esaïe v, 2.

» Jér. xiii, 12.

4 Job xxxu, 19.

» Jér. xlviii, 11.

un bon profit aux propriétaires. On vend les olives pour être salées, mais la plupart en extraient Thuile en les foulant dans des pressoirs 1 ou en les écrasant dans des mortiers ; l'huile n'est pas bonne et on ne s'occupe pas à la rendre meilleure, parce que, à l'exception du peu qui s'emploie pour manger, on s'en sert dans les fabriques de savon qui sont pour le pays une excellente branche d'industrie, d'autant plus qu'on la vend à des conditions avantageuses pour le bas prix déboursé pour la soude abondante que les bédouins fournissent. Beaucoup de savon est expédié à Gaza et, de là, il est transporté par mer en Egypte et dans les îles de l'Archipel.

Les nomades qui posent leurs tentes aux environs de la mer Morte, apportent au marché d'Hébron une quantité de sel et de soufre qu'ils ramassent sur le rivage oriental de Bahr-el- Luth; ils apportent encore quelque peu de bitume que les propriétaires et les conducteurs de chameaux achètent pour frictionner ces animaux lorsqu'ils menacent d'être atteints ou sont déjà atteints de mal cutané. Les bédouins apportent aussi une quantité de laine, de poils de chèvre et de chameau, des peaux de ces quadrupèdes et autres qu'ils tuent dans leur désert et qu'ils échangent contre d'autres marchandises. Il résulte de tout cela pour Hébron une utilité fort intéressante, parce que la vente de ces objets se fait à grand profit, et beaucoup d'individus sont occupés à travailler ces matières pour fabriquer des cordages, des toiles pour tentes, des manteaux, des tapis, etc. La principale industrie d'Hébron est la confection des outres et la verroterie. J'en dirai quelque petite chose. On fait les outres avec des peaux de chèvre et de petit chevreau ; quand l'animal est tué, on lui coupe la tête et les pieds et on lui enlève la peau sans l'éventrer; on coud ensuite avec du fil poissé toutes les ouvertures de la peau , excepté celle du cou qui est réduite en petite ouverture. Cela fait, on in-

' Mich vi, 15. *

traduit au dedans de la chaux, du natron pour brûler les restes de chair, membranes, etc. ; on lave ensuite l'outre avec de l'eau fortement salée, après quoi elle devient parfaitement propre à contenir toute sorte de liquide sans l'altérer. On ne peut avoir généralement une outre bien conditionnée en moins de trente jours ; elle peut alors conserver l'eau à boire sans lui donner mauvais goût, et aussi le vin, l'huile, le miel et le lait. Personne ne voyage en Palestine sans avoir dans ses bagages une outre remplie d'eau , et on en attache de petites à la selle du cheval, ou à la ceinture, quand on voyage à pied. Pour faire le beurre, on se sert dans tout le pays de petites outres que pendant un certain temps Ton remue en tout sens. L'outre est déjà nommée lorsqu' Abraham chassa Agar avec Ismaël elles sont citées dans le livre de Job * et dans beaucoup d'autres endroits. Hébron fournit une grande quantité d'outrés à tout l'Orient.

La verroterie d'Hébron est très ancienne; elle fournit en différentes parties de l'Orient des anneaux , des bracelets , des pendants d'oreille en verre de diverses couleurs desquels se parent les femmes; encore au siècle dernier, on y faisait des monnaies de verre qui avaient cours dans la Palestine ; ils vendent une quantité de petites bouteilles pour mettre les essences, et de grandes pour les liquides ; ils font aussi beaucoup de lampes et de narghilés, etc. Tout ce que Volney a dit sur cette fabrique et sur les objets qui s'y confectionnent est encore aujourd'hui parfaitement exact.

Le lecteur pourra donc se former l'idée précise qu'Hébron est un pays très exceptionnel, quant à sa prospérité en Palestine.

légendes populaire» d'Hébron.

Les habitants d'Hébron considèrent comme véritables faits tout ce que racontent les légendes du pays ; c'est celle croyance

1 Gen. xxi, 44.

» Job xxxh, 19.

qui les inspire, les fait agir et remuer. J'en dirai seulement cinq, qui feront assez connaître le caractère des individus qui habitent le pays.

lie efcamp Dnmamène.

On croit à Hébron qu'Adam le premier homme fut formé dans la localité du champ Damascène, et voilà pourquoi, disentils, ils sont faits avec plus de perfection que les autres hommes, pensée qui les rend fiers, orgueilleux, fanatiques et disons-le méprisants envers leurs semblables. Quelques auteurs 1 ont pensé qu'Adam a été formé de la terre du champ Damascène, qui est rouge, et de là serait venu le nom à' Adam, qui, en hébreu, signifie rouge. Les Arabes en général, et surtout les mahométans ont une si grande vénération pour celte terre qu'ils la ramassent et la conservent comme une relique. Les musulmans croient que c'est Azraël, ange de la mort, qui a donné à Dieu la terre dont fut formé Adam, et qu'il l'avait prise dans les quatre parties du monde. Ils prétendent que cette terre avait les différentes couleurs qui passèrent ensuite dans les diverses races humaines.

Quand Dieu eut créé l'homme, il le mit dans un lieu de délices appelé Paradis terrestre, où rien ne manquait pour contribuer à son bonheur; l'homme était seul, et devenu fatigué de sa solitude, le Seigneur lui accorda une compagne qu'il forma d'une des côtes d'Adam tandis que celui-ci dormait. Cette femme fut nommée Eve, mère des vivants, et plus lard fit tomber Adam dans le péché. Afin de les purifier de leur faule, le Seigneur les obligea d'aller se baigner dans les eaux du Jourdain, où ils devaient se tenir éloignés l'un de l'autre. L'homme soutint parfaitement l'épreuve ; mais la femme, plus faible, en sortit trop tôt et le Seigneur irrité de cette nouvelle

1 Ager Damascenus. Hic asserunt Adam a Deoplasmatum, et hinc translatum in paradisum terrestrem, atque inde rursus esectura peccato,quose et nos oranes perdidit, hue relatum. Distat autem spatio quanto arcus jacit ab Ebron : ager

désobéissance sépara les deux époux pour l'espace de cent ans, puis au bout de ce temps il les réunit encore. — Dans ce récit arabe, on reconnaît l'origine biblique 1 .

Un gardien de Iffaenéla.

On sait que l'entrée de l'enceinte sacrée de Macpéla est interdite aux infidèles (les Juifs et les chrétiens) et que les gardiens donnent à entendre qu'eux-mêmes ne peuvent pénétrer dans la caverne, parce que les patriarches vivants qui y résident ne veulent pas être dérangés , et quiconque oserait tenter d'y entrer, les vieillards lui en feraient éprouver leur vif ressentiment. Pour donner plus de force à leur argument, ils racontent ce qui suit :

Seid Omar Ettaker, le pieux, le pur gardien du sanctuaire, qui dès sa plus tendre enfance fut élevé dans le service des tombeaux des prophètes, justifie la sainteté du lieu par ses soixante ans de fréquentation continuelle du sépulcre vénéré. L'ami du Miséricordieux (Khalil-el-Rhaman), Abraham, n'avait pas de serviteur plus fidèle, et la pierre du cénotaphe qui dans le portique antérieur à la mosquée marque la place exacte dû tombeau souterrain, était à chaque heure polie par le front d'Omar Etlaker. Un jour après un dernier rekdat (prosternation qui fait partie de la prière de l'Islam) il restait absorbé le visage contre terre, il vit dans son extase le patriarche Abraham qui en souriant lui dit : Ettaker, m'aimes-tu plus que la lumière de tes yeux? Oui, Seigneur, répondit le saint homme, je t'aime plus que la lumière de mes yeux ! Eh bien, dit le prophète, je t'accorderai un privilège dont aucun mortel n'à joui ; descends dans la caverne, tu seras mon hôte, et cette fa-

usque adeo fertilis et speciosus ut aliqui paradisuni terrestrem intelligi hic debere crediderint. Habet terram rubram et mire tractabilem, quara Saraceni déférant in Aegyptum, Indiam, Aethiopiam, care vendentes. (Adrich. Agcr Damascenus, Juda> 90.) — Brocart, Hin. 6; — Breid, Saiig., tome x, chap. v. ' Genève n, 7, 8, 15; m. 0, 49, 23.

veur sera pour toi un gage certain de mon intercession auprès de Dieu. Le vieillard, inondé d'une joie ineffable, se leva et obéit à la vision. Aussitôt en entrant dans la grotte sainte, une odeur suave comme les parfums du paradis troubla ses sens et lui fit oublier d'annoncer son entrée, de manière que le rideau derrière lequel dormaient les épouses des patriarches étant resté enlr'ouvert, il en jaillit une lumière plus éclatante que le soleil et la pupille du saint homme fut brûlée. Seid-Omar Ettaker était devenu aveugle pour toujours.

Birket-el-HJialftl.

Lorsqu'on demande à un individu d'Hébron pourquoi il ne va pas lui-même faire provision de sel sur la rive méridionale de la mer Morte, il répond en racontant la légende suivante, à laquelle il se fait un devoir de croire, vu que cette croyance lui économise la fatigue d'un voyage désagréable, et du reste les bédouins lui donnent le sel à bon marché.

El-Khalil (Abraham) habitait Hébron. Selon son habitude, il se dirigea vers Birket avec un âne pour acheter des ouvriers qui le ramassaient, le sel nécessaire à sa famille. Arrivé sur le lieu, le patriarche en demanda une provision que bien qu'ils en eussent une grande quantité, les travailleurs non-seulement lui refusèrent avec des paroles peu respectueuses, mais encore le raillèrent. Le prophète, irrité de leur insolence, les punit en leur disant : c Vous ne récolterez plus de sel dans ce lieu que je maudis, et vous n'aurez plus de route d'ici à Hébron. > Au même instant la terrible menace du patriarche s'accomplit. Le sel se changea en pierre, tout en conservant son apparence de sel, et la route de Birket-el-Khalil à Hébron cessa d'être praticable pour les voyageurs. Depuis cette époque tout Arabe dit : Les bédouins nous apportent le sel, et nous n'allons pas le ramasser, parce qu'il pourrait nous en arriver mal. Je crois

qu'en effet mal leur en arriverait, parce que les nomades perdraient le monopole du transport , et ne feraient pas grande fatigue à s'en compenser par certains produits de la campagne, en suivant leur maxime, que chacun doit vivre et recueillir où il peut.

l*e prophète verdoyant.

A mi-chemin de la route do Jérusalem à Bethléem, on trouve un couvent grec dédié au prophèle Klie, et en face du couvent il y a sur la roule un rocher plat où les chrétiens et les musulmans reconnaissent l'empreinte qu'y laissa le prophèle lorsque, fuyant de Samarie à cause des persécutions de Jézabel, il se réfugia dans le désert de Beerséba \ On trouve aussi à quatre kilomèlres de Bethléem, au sud, une fontaine appelée la Fontaine scellée, qui alimente les bassins de Salomon dans la vallée d'Elham. Voyons maintenant ce que les musulmans racontent sur le prophèle Elie, et quel rapport les habitants d'ITébron ont avec celte légende.

Il y avait au temps des Beni-Ismaël un homme de Dieu du nom tfElcss ou Eliass, qui était un bon et fidèle croyant. Dieu en fit un prophèle et s'en servit pour ramener dans la bonne voie ceux qui s'en égaraient. « Va prêcher la vraie doctrine, lui dit le Seigneur, et pour que ces pécheurs endurcis aient foi en la parole, où tu poseras le pied, quand bien même ce serait une terre sèche et stérile, il y poussera de l'herbe fraîche, des fleurs, des vignes ; bi tu t'abrites sous un arbre desséché, il reverdira et se couvrira de feuilles; voilà pourquoi on ajoutera à ton nom celui de liedcr (verdoyant). » Eliass donc, parcourant le pays de Jérusalem à Ilébron, en se reposant dans le lieu où est maintenant le couvent qui porle son nom, y laissa l'empreinte de son corps; et, poursuivant sa route, il arriva aux bassins d'Elham. Or, il faut dire que

» I Rois xix, 2, 3.

dans un village (appelé à présent Keder) au nord dès bassins et à l'endroit où est situé le couvent grec de Saint -Georges, demeurait un cheikh puissant que ses tyrannies et ses cruautés 1 avaient rendu la terreur et l'effroi de tous les lieux d'alentour. Propriétaire d'un terrain peu fertile, il pensa de retenir EVms et de l'empêcher de partir pour faire servir à son profit les dons merveilleux que le Seigneur lui avait accordés. Au moment où le prophète s'approcha des bassins, le cheikh ordonna qu'il fût saisi et conduit à sa demeure. « Je veux , dit ce brigand à l'homme du Seigneur, que demain tu parcoures tous mes domaines, et moi-même je te conduirai; ne cherche pas à fuir, car Dieu même ne pourrait t'arracher de mes mains. Après une nuit passée dans un petit cachot noir, le prophète fut chargé d'une chaîne lourde que le tyran tenait par le bout, et se mit en route dans la direction des bassins. Partout où passait le prophète, les moissons se couchaient, l'herbe se desséchait et les arbres perdaient leur verdure, c'est pourquoi encore à préprésent le terrain est si stérile. A cette vue, le cheikh fut pris d'une telle fureur qu'il faillit précipiter son prisonnier dans l'eau ; mais celui-ci, accablé de lassitude, demanda la permission de descendre dans la fontaine scellée (étant souterraine) pour s'y désaltérer. L'impie cheikh y consentit, ayant toujours la chaîne entre les mains; il ne craignait pas que sa victime lui échappât. Mais à peine Elie fut-il descendu que l'étroit trou s'élargit et lui livra un passage qu'il suivit sans être nullement embarrassé par la chaîne qui s'allongeait à mesure qu'il avançait. Après avoir fait quelques pas, il but l'eau, ses fers se rompirent et le chemin se referma derrière lui pour le séparer de son persécuteur. Depuis lors il se rendit à Hébron où, sans être connu, il reçut une grande hospitalité; mais lorsque les habitants apprirent qui il était et tout ce qu'il avait souffert, ils lui prodiguèrent toutes sortes d'honneurs, et pour lui montrer le déplaisir qu'ils éprouvaient des mauvais traitements que

lui avait infligés le cheikh des bassins d'Etham, ils s'armèrent, allèrent le combattre, le tuèrent et portèrent sa tête à Hébron. Le prophète alors, pour leur témoigner combien il agréait ce qu'ils avaient fait, tant pour le recevoir que pour le venger, parcourut tous les environs de la ville, et le terrain, qui était plutôt maigre et rocailleux, devint très fécond, particulièrement en vignes, parce que sous une vigne l'homme de Dieu s'était abrité avant d'entrer à Hébron. Depuis cet événement Elie continua à parcourir l'univers, ce qu'il fait encore actuellement. *

Quoique cette légende offre un échantillon de l'imagination arabe, il n'est pas difficile d'y retrouver uu souvenir lointain des persécutions qu'Elie eut à souffrir de la part d'Âchab , roi d'Israël, et de sa femme Jézabel ' .

Exemple de la loi du prix du gang.

En 1856, un fait épouvantable, relatif au prix du sang, eût lieu à Hébron. Le voici : Un jeune homme de 18 ans, rencontrant dans les champs une jeune fille, qni était fiancée, voulut l'embrasser malgré elle. Celte action, rapportée par la fille à ses parents et à son futur époux, les mit dans une si furieuse colère, qu'ils demandèrent la vie du jeune homme en compensation de l'insulte faite à leur sang. Par malheur les familles respectives étaient de partis différents, et par conséquent ennemies, de manière que tous les efforts de conciliation des cheiks, des anciens et des autorités locales furent impuissants, quoique la famille du coupable fut disposée à payer une somme d'argent considérable pour le racheter. Les vengeurs du sang ne voulaient que du sang, la loi du pays autorisait cet acte d'atrocité, et le sang fut versé.

Lorsque toute espérance d'accommodement fut évanouie, le père du jeune homme assembla ses parents, ses amis et ses

' I Rois xvh ; xvih ; xix, 2, 3.

alliés dans une plaine située à l'ouest de la ville, et pria les vengeurs du sang de s'y rendre. Il leur demanda par grâce la vie de son fils unique, il leur offrit ses biens, tout fut inutile. Le malheureux père dût tirer l'épée, trancher lui-même la tête de son fils, et, sans verser une larme, prononça ces paroles : T ai "purifié ma famille de toute souillure. Aussitôt après, le vieillard tomba évanoui et ne revint à la vie que grâce aux soins de ses amis; mais la raison l'avait abandonné. Pauvre père ! il était fou.

Ce jour-là deux partis se battaient à Hébron, et soit hasard, soit justice, les principaux vengeurs du sang furent tous massacrés, sans que les deux fiancés mêmes fussent épargnés.

J'ai raconté ce fait arrivé à Hébron, pour montrer au lecteur combien les habitants sont attachés à la loi du talion, et combien ils sont jaloux de maintenir leurs usages.

TI «mutilent* tT Hébron.

J'ai déjà rendu témoignage à MM. de Saulcy, Salzmann et Mauss par rapport à l'exactitude avec laquelle ils ont décrit l'extérieur du mur monumental qui entoure la caverne de Macpéla, donc, il me reste peu à en parler.

J'ai dit que je suis d'accord avec M. de Vogué relativement à l'âge de la mosquée, cependant j'ajouterai seulement la description de tout ce que sur la localité il n'a pu observer luimême en personne, parce que souvenez-vous, lecteur, que M. le comte a donné son jugement après l'examen des dessins d'Ali- Bey.

Le plan et la section que je présente de l'enceinte du Haram et de la caverne de Macpéla, avec les légendes qui s'y rapportent, m'économise d'écrire ce que chacun peut examiner sur les dessins; pourtant je trouve utile de faire connaître comment je suis parvenu à les rédiger, et comment j'ai pu me

former une idée exacte de l'intérieur de la caverne et de la conformation des sépulcres qu'elle renferme.

Je fis le plan après avoir eu beaucoup de temps et de continuelles occasions très favorables pour en prendre et vérifier les mesures, tant de l'extérieur que de l'intérieur, parce que (ainsi disaient ceux qui me secondaient et ils ne mentaient pas) le nieendis (ingénieur) Pierotli ne travaille pas pour lui, mais bien pour le Sultan ; en effet, le premier plan que j'en fis fut expédié à Constantinople. — La faveur de Sorraya Pacha, qui me protégeait, la bonne intelligence entre moi et Assad Effendi, chel ingénieur turc envoyé par la Porte pour visiter les fabriques du gouvernement, l'amitié qui m'unissait à Ali Aga lorsqu'il fut gouverneur d'Hébron, et enfin quelques talismans magnétiques et positifs distribués à propos aux différents santons et cheikhs (chefs) du pays, firent que tout contribua à faciliter mes opérations, pourvu que je ne tentasse pas de pénétrer dans l'intérieur de la caverne comme je le raconterai après.

La section de Macpéla présente une très juste idée de sa conformation et de la disposition des sépulcres analogue à celle des sarcophages qui sont placés supérieurement. Elle est de toute exactitude dans les différences de niveau que présente le sol. Les mesures intérieures de la longueur et de la largeur, je n'ai pu les prendre, ainsi j'ai dû juger à l'œil les mesures des sépulcres, des sarcophages et des piliers. Un jour avenir sans doute, quelqu'un plus fortuné que moi parviendra à faire ce qu'il m'a été impossible d'exécuter ; mais je lui conseille à cet individu de ne point y aller en accompagnant un prince, ou sans cela il courra le risque inévitable de ne rien dire, comme il est arrivé au professeur Stanley. Mon seul et principal objet dans la section est de montrer la conformation de la caverne, la disposition des sépulcres et l'exacte position de ses murs de diverses époques ; je ne présente pas l'intérieur de l'ancienne église des croisés, parce que l'élévation et beaucoup

de détails me manquent; je devrais alors m'en tenir à l'approximation et je préfère pour le moment renvoyer au dessin d'Ali Bey, qui donne une juste idée de la mosquée actuelle.

Mur de ITIaepéli».

Tous ceux qui jusqu'à présent ont écrit sur l'enceinte de Macpéla, vue de l'extérieur, et ceux qui s'en sont abstenus ayant accompagné un prince, n'ont fait aucune mention de la qualité des pierres qui furent employées pour la former, et j'assure que c'est un objet digne de haute considération pour le naturaliste et l'archéologue. J'ai cherché ce genre de pierre â une distance fort étendue dans tous les environs dTïébron, et je dus me persuader à aller la découvrir à une plus grande distance. Avant d'enlreprendre une pénible et dispendieuse reconnaissance, je voulus interroger les chefs maçons du pays, des santons et des cheikhs, tous unanimement me rirent sardoniquement au visage, et d'un grand sérieux me dissuadèrent de rechercher celle sorte de pierre, en disant : « que le sultan > Salomon l'avait fait composer exprès par certains esprits qui » l'avaient encore mis en usage, et c'est de là qu'elle est com- ) posée de beaucoup de substances et est plus dure que le i fer. » Certainement leur légende n'arrêta pas mon projet, et comme dans deux voyages que j'avais faits dans la partie méridionale de la mer Morte, je me souvins d'avoir vu une qualité de pierre semblable à celle de Macpéla et précisément à Jebel Usdum (montagne de Sodome), donc avec quatre bédouins du cheikh Saphi (qui restait à Massada), je me dirigeai vers cet endroit et j'en fus satisfait, parce que c'est dans ce voisinage ouest qu'on peut observer le rocher de qualité identique à la pierre employée dans le mur de Macpéla. Les pierres dures de fenceinle sacrée ne sont pas un simple calcaire ; avec la permission du lecteur, je les caractériserai de pierre qui a

subi des convulsions volcaniques, parce qu'il s'y trouve des pétrifications de coquillages, de reptiles, d'insectes, de végétaux, et outre cela, on y voit des parcelles de pierre, de chaux, de paillettes et de petits morceaux de pierre ponce; le tout ensemble est d'une immense dureté. Il est vrai que les pierres de Macpéla, par rapport à la conformation, ressemblent aux pierres salomoniennes qui sont dans le mur oriental du Haram de Jérusalem; mais je pense que pour les tailler comme cellesci, il a fallu d'autres instruments.

Comment de telles pierres purent-elles être transportées de Jebel Usdum à Hébron, distance de 40 kilomètres? Premièrement je réponds : par la roule qui d'Hébron conduisait à Pétra ; puis ensuite je ne trouve aucune impossibilité que Roboara, fils de Salomon, après avoir été témoin des grands travaux de son père, ait conçu une idée colossale.

Puisque je suis dans la voie des suppositions, je dirai encore que les pierres du mur de la caverne d'Hébron, et la connaissance positive que j'ai de ne pas retrouver la carrière de cellesci dans aucune partie des environs d'Hébron m'induit sérieusement à penser que Joseph, fils bien-aimé de Jacob, et personnage riche et puissant en Egypte, instruit à l'école des Pharaon, habitué aux travaux grandioses, ail voulu construire un grand monument sur le sépulcre de son père et de ses ancêtres, au lieu même où il désirait être déposé après sa mort. Dans les soubassements d'une très ancienne construction qui existe dans la citadelle du Caire, près le puits dit de Joseph, on trouve des pierres travaillées de la même manière que celles du mur monumental d'Hébron. Dans l'enceinte de Macpéla, les assises inférieures sont formées de grandes pierres qui commencent avec la hauteur de 1 mètre 15 (quelques-uns sont de la longueur de 5 mètres 80), et à mesure qu'elles s'élèvent, diminuent dans la hauteur, de manière qu'à l'extrémité supérieure elles sont de 50 centimètres, tandis que les pierres n'outrepassent pas la longueur de 1 mètre 40 c.

II est à remarquer que dans la conformation du mur extérieur, chaque assise superposée à l'inférieur est retirée d'environ quatre millimètres, de manière qu'un seul coup d'oeil suffit pour s'apercevoir de l'accroissement des dimensions du plan de la base. Dans l'intérieur du parallélogramme les murs sont parfaitement verticaux. Ceci me fait encore penser à Joseph, c'est-à-dire que cet ouvrage peut être Egyptien.

L'union des pierres est opérée au moyen d'emboîtures saillantes et rentrées, travaillées dans les pierres mêmes ; ceci, je l'ai pu aisément reconnaître de la cour intérieure, qui est devant la mosquée, et en m'étant trouvé présent lorsqu'un maçon mettait du ciment dans les jointures des pierres du mur extérieur, et comme je l'en blâmais, il me répondit — « que les gardiens de la mosquée le faisaient faire pour empêcher que l'eau de la pluie ne pénétrât dans l'intérieur du mur et le fit dépérir. Les gardiens du Haram disent que le mur arabe qui est au-dessus de la construction judaïque, et les deux minarets, sont l'ouvrage des Omniades, et qu'ils l'ont fait construire afin d'empêcher aux profanes de voir dans l'intérieur de l'enceinte sacrée, chose qui pouvait se faire avec facilité de la montagne qui la domine à l'est. » Je ne le conteste pas, mais je dirai — quf» certainement le mur arabe nuit beaucoup à la magnificence du monument ancien et je pense beaucoup qu'une telle monstruosité a été faite à l'époque des Croisés, lorsque la mosquée fut convertie en église de Saint-Abraham. Je le déduis de l'élévation du toit au-dessus de la nef centrale de la mosquée, qui est environ de 15 mètres sur le pavé; peut-être que les Croisés n'ont pas voulu que le toit restât découvert sur le mur ancien et qu'ils pensèrent à le couvrir avec le mur qu'on voit aujourd'hui. Vers l'angle sud-ouest de l'enceinte sacrée est une petite ouverture par laquelle il est permis de voir et de toucher un très petit morceau de la grotte de Macpéla ; les Juifs d'Hébron particulièrement s'y rendent pour prier et parvenir à bai-

ser la roche en s" étendant à plat ventre sur la terre, opération qui autrefois les exposait à de honteux affronts et les obligeait avant de la pratiquer à prendre des précautions ; aujourd'hui les musulmans ne les tourmentent plus, parce que les forts et constants descendants d'Israël paient à la mosquée une somme d'argent, et avec cet argent ils peuvent librement inonder de leurs larmes la pierre qui renferme les restes de leurs patriarches.

Les escaliers qui se voient le long des trois côtés de l'enceinte et à son extérieur sont d'un travail bien postérieur à l'époque de la construction du mur judaïque; les gardiens disent « qu'ils furent faits pendant le règne des Omniades, lorsque ceux-ci érigèrent la mosquée d'aujourd'hui au-dessus de la caverne ; » au lieu de cela, je pense qu'ils datent du quatrième siècle, et précisément quand sur Macpéla surgit une basilique chrétienne. Ce fut alors certainement que rentrée originaire de la caverne fut masquée par un de ces actes de vandalisme ordinaires aux architectes de Constantin et d'Hélène, ou aux prélats qui les entouraient et les conseillaient.

Les marches des escaliers sont faites de magnifique brèche jaunâtre veinée en rouge de Palestine, matière qui ne se trouve pas dans les environs d'Hébron, et ainsi j'opine qu'elle fut extraite et travaillée aux environs sud-ouest de Jérusalem, où cette brèche est abondante. Leur travail, la belle dimension, l'exactitude avec laquelle elles furent posées originairement, tout montre que les Arabes, bien qu'ils n'y eurent aucune part, les ont restaurées dans quelques parties, ce qui indique nonseulement la grande différence du travail, mais encore fait voir qu'ils n'ont pas eu le bon sens d'égaliser la pierre, parce qu'ils devaient aller trop loin pour la chercher, ce qui n'aurait pas été agréable pour les administrateurs.

l>ea constructions voisines du Haram.

Le château (THébron est fondé sur la roche calcaire identique à celle de Macpéla ; ses soubassements sont romains et on peut dire avec certitude qu'ils en ont jeté les fondations. Les murs sont actuellement ruinés de tous côtés, cependant ils abritent une petite garnison ; dans peu de temps tout sera ruiné, et ceux qui voudront construire des maisons en prendront les pierres ; la fataliste Sublime Porte ne s'en émeut pas. L'intérieur du château offre un amalgame d'escaliers, d'entrées obscures, de chambres incommodes et mal disposées, voilà pourquoi j'ai trouvé inutile de le reproduire sur mon plan ; tout est un ouvrage de changements successifs arabes faits dans les siècles passés. Bien des voyageurs croient que de la terrasse crevassée ils peuvent satisfaire leur ardente et juste curiosité d'examiner de près l'ancienne enceinte, -et de pouvoir même voir quelque chose de l'intérieur; mais c'est une erreur; l'observateur est trompé, il n'en est pas de même pour ceux qui accordent la permission, parce que de toute façon le bichchik n'en viendra pas moins.

Auprès du côté occidental du mur judaïque d'enceinte, vers l'angle nord- ouest, est une petite construction arabe d'aucune importance archéologique et d'architecture ; c'est une mosquée située au-dessus (disent les gardiens) du sépulcre de Joseph et qui lui est dédiée. Le fils de Jacob n'a jamais été enterré à Hébron ; la Bible nous le dit et les gardiens rusés du Haram, tant aux siècles passés qu'au siècle présent, suivirent et suivent l'exemple des moines chrétiens, spécialement des grecs, pour augmenter le nombre des sanctuaires, afin d'obtenir des croyants de plus fortes aumônes, sous le prétexte d'entretenir les sanctuaires, mais en effet pour satisfaire leur avidité insatiable.

Vis-à-vis le côté nord du château est un bain qu'on dit avoir été fondé par Saladin ; on s'en sert pour se purifier avant d'en-

Irer dans le Haram. Le fait est que seulement en hiver l'eau y abonde, si les pluies sont abondantes, autrement il en manque pendant tout Télé, parce que les administrateurs de ce pieux ouvrage musulman en ont dévoré les rentes qui devaient servir à faire couler annuellement le liquide purificatif.

Devant le côté oriental du Haram, vers l'angle nord-est, est la mosquée dite Jaouli; Jaouli fut chef d'une secte existante, et consacrée à vénérer la mémoire d'Abraham, et moi je dis, à dévorer les offrandes présentées aux patriarches pour entretenir et éclairer leurs sépulcres, attendu que les Jaoulis sont les gardiens de la caverne. Cette mosquée est remarquable en ce qu'il s'y trouve un passage conduisant à l'intérieur de la caverne et qui est couvert au moyen d'un sarcophage de bois simulé. J'ai vu toutes les données pour juger qu'en effet il y a une ouverture sous le sarcophage, j'ai touché la roche, mais je n'ai pas vu l'intérieur du passage. Tous les murs de la mosquée sont bâtis sur la roche et celle-ci en tout point s'appuie contre eux à l'extérieur, excepté du côté occidental, qui la touche seulement dans la fondation.

Sur la même ligne que la mosquée Jaouli, vers le sud, sont les habitations, ou plutôt les logements des Santons, des Derviches, des Imams et des gardiens de Macpéla, de même que vis-à-vis le côté sud de l'enceinte monumentale, où demeure le cheikh (chef) des fanatiques. Quelques chambres sont destinées à loger les pèlerins musulmans, et conliguës à celles-ci se trouvent les cuisines, les garde-manger, etc., mais le feu manque souvent dans les unes et les provisions dans les autres. De quoi cela dérive-t-il? C'est facile à comprendre, les directeurs des rentes ont l'opinion arrêtée qu'ils sont eux-mêmes les véritables pauvres et les plus dignes de profiter des pieux legs, parce que priant toujours sur les sépulcres des patriarches pour implorer la prospérité sur les fidèles, ils n'ont pas le temps de s'occuper de leurs propres affaires.

Dans la direction de l'angle sud-est de l'enceinte sacrée se trouve un bassin discrètement alimenté d'un filet d'eau; ce liquide, selon les gardiens, a des propriétés miraculeuses, mais je les tairai et dirai qu'un petit vase de cuivre attaché au mur avec une chaîne sert à chacun qui désire boire; l'eau du bassin est employée à laver les mains et les pieds des fidèles avant que de pénétrer dans la mosquée. Si M. de Sanlcy avait touché la main d'Akkil-Aga, et ensuite eût pu entrer dans l'intérieur de la mosquée, si j'avais été en sa compagnie, je lui aurais conseillé de se laver la main dans cette eau de Macpéla, qui possède, dit-on, une forte vertu de purification. La légion d'honneur ne purifia point le vieux brigand de la Galilée de toutes les tristes actions qu'il a commises bien des années avant les massacres du Liban et de Damas. Un seul des crimes d'Akkil-Aga l'aurait en Europe condamné à être pendu. 11 a été fortuné de trouver celui qui le recommanda, le rendit un objet d'attention aux yeux de Napoléon, et ainsi à cette heure il a le temps de se repentir.

Intérieur de l'eneeinte de JHaepéla.

Le 8 novembre 1 856, étant habillé à l'arabe, et en compagnie de musulmans employés du gouvernement, qui devaient faire un rapport des restaurations dont avaient besoin le Haram et les constructions qui en dépendent, je fus introduit en plein jour dans la cour intérieure de l'enceinte sacrée ; deux maçons arabes raccommodaient quelques parties du pavement, et je vis et touchai la roche qui renferme les sépulcres des patriarches. Deux autres maçons mettaient du ciment aux jointures des pierres judaïques qui forment l'enceinte sacrée, et je vis entre deux pierres que les intempéries et les siècles avaient disjointes d'environ deux centimètres de distance, les emboîtures qui les unissaient, et je pus reconnaître que l'épaisseur de l'entier mur

de contour est composé inférieurement de la grosseur de trois pierres et supérieurement de celle de deux. La corniche qui entoure l'enceinte est maintenue avec des entailles qui pénètrent dans les pierres inférieures; cependant il s'aperçoit en quelques parties des attaches scellées de fer ; c'est un travail assez postérieur à la construction primitive, et je déduis que si on eut recours à cet expédient, c'était pour empêcher que quelques morceaux de la corniche ne vinssent à tomber.

Dans cette première visite, je pris quelques mesures et examinai l'ouverture du passage souterrain qui, dans la mosquée Jaouli, se trouve, je l'ai déjà dit, recouvert par un sarcophage; je vis d'autres ouvertures qui communiquent avez l'intérieur de la caverne et que je reconnus être ouvrage de la nature. J'entrai dans la mosquée, je jetai un regard dans l'intérieur, mais rien ne m'y frappa, toutes mes idées étaient concentrées sur le sol que je parcourais et j'aurais voulu qu'il s'ouvrit et que je pusse pénétrer au-dessous; cela ne m'empêcha pas de voir que l'abside n'avait jamais existé ni dans la basilique, ni dans l'église restaurée par les Croisés; que les quatre piliers qui divisent la mosquée en trois nefs étaient décorés de petites colonnes de brèche de Palestine ayant des chapiteaux corinthiens et des bases différentes. Je vis le fameux Mékereb (tribune des prédicateurs) célébré par les musulmans; il est de bois de cèdre sculpté par des artistes d'Àlep; je vis la tribune des chanteurs et les bannières suspendues aux parois ; mais tout ceci ne m'attira pas, ni les tapis sur les sarcophages, toute mon attention, je le répèle, était concentrée à remarquer ce que je voyais sur le sol. — Mes conducteurs m'invitèrent à sortir, je dus les suivre, voilà pourquoi il ne m'est pas possible de dire davantage sur cette première reconnaissance; malgré cela, le lecteur peut juger que mon temps y fut mieux utilisé que celui du professeur Stanley.

Le 7 janvier 1859, une favorable occasion me procura le

plaisir de rentrer dans l'intérieur de l'enceinte sacrée, et par les trous conligus aux sarcophages, par lesquels on fait habituellement descendre une lampe, il me fut permis d'abaisser une corde que j'avais subdivisée en décimètres. Les mesures obtenues m'indiquèrent que le sol inférieur de la caverne avait deux niveaux différents et m'apprirent l'épaisseur de la roche supérieure contigue au pavement de la mosquée. J'obtins aussi beaucoup d'éclaircissements fort intéressants qui me confirmèrent que le vide de la caverne est plus étroit en sens longitudinal et transversal que le périmètre limité du mur judaïque, et tout cela me permit de former la section que j'ai faite, il y a longtemps, et qu'aujourd'hui je publie. Cette seconde visite me fit voir avec le fait pourquoi la localité lut anciennement appelée Macpéla, c'est-à-dire caverne double; en effet, le sol inférieur présente deux niveaux différents, et comme le mur nord de la mosquée m'assura qu'elle devait être fondée sur un terrain des plus résistant, j'en conclus que dessous, dans la caverne, devait se trouver une division remarquable, et ce qui fortifia ma pensée c'est l'ouverture qui communique avec la caverne et qui est située devant la porte de la mosquée, d'autant plus que j'appris en termes positifs que c'était par celle-là que le chef Sanlon du Haram descendait pour aller retirer les suppliques que les fidèles de 1 Islam adressent aux patriarches, en les jetant par l'ouverture supérieure. Je vais expliquer la justesse de ma déduction.

Le 25 août 1850, je vis ouvrir et élever la porte horizontale qui couvre le passage à la caverne, situé dans le portique. Je vis retirer un tapis, ensuile ouvrir avec une clef une grille de fer, et le chef descendre par un petit escalier taillé dans la pierre dure et large de 70 centimètres. Quelques-uns suivirent l'heureux chef, moi couvert, protégé et assisté par différents individus qui avec des discours occupaient les cerbères, je parvins à descendre trois marches, et bien que de fortes mains

m'empoignassent avec véhémence pour m'obliger à sortir, et que d'autres me frappèrent, je réussis à descendre la cinquième marche et à me courber de manière à voir la caverne dans la direction du nord, à voir des sarcophages de pierre blanche, et enfin à remarquer que du côté sud, à proximité de l'escalier, existait la paroi de roche devant une ouverture qui met en communication la caverne supérieure avec l'inférieure au moyen de marches basses taillées dans le roc. Les coups reçus et les imprécations qui me furent lancées ne diminuèrent pas la grande satisfaction que j'éprouvai dans le moment et que j'éprouve encore de pouvoir dire que j'ai vu quelque chose de la caverne, et le jour qu'un individu pourra à son aise rester dans cet endroit obscur, il verra que j'en ai écrit un fidèle rapport. Je ne vis pas les sépulcres (proprement dit) ni leur forme, mais j'ai la conviction qu'ils sont de la forme de ceux de Rachel, de Samuel et de celui qui se trouve à Nebi-Mousa. C'est dans l'intérieur de ces sépulcres qu'un jour se retrouveront les restes des patriarches et la momie de Jacob. L'histoire, les traditions, les légendes sont d'accord pour dire que jamais ils n'ont été profanés. Qui de l'héritier présomptif du trône d'Angleterre ou de moi a le plus visité la caverne de Macpéla? Les courtisans qui sont toujours prêts à aduler doivent avouer en celte circonstance que mes visites sont plus profitables à la science Biblique que celle du prince.

Autres monument* d'Héhron.

Dans la partie- basse de la ville, précisément dans la vallée, il y a deux piscines qui lui sont d'un grand bénéfice, attendu qu'elles conservent l'eau pendant la majeure partie de l'année, étant elles-mêmes alimentées des eaux de la pluie et de quelques conduites qui reçoivent l'eau des sources, lesquelles font défaut dans les grandes chaleurs. Je les ai vues pleines d'eau,

avec peu d'eau et enfin sèches. En ce dernier état j'ai pu les examiner avec soin ; elles sont en grande parlie creusées dans le roc et ont supérieurement de la maçonnerie arabe qui probablement, comme dans les vasques d'Etham, a remplacé la construction judaïque. La plus grande de ces piscines a aux angles quatre escaliers faits de maçonnerie, deux desquels ont 42 marches de hauteur différente; les autres sont presque ruinés ; leur main-d'œuvre est évidemment arabe et récente.

La plus grande piscine située au sud a la forme d'un carré de 42 mètres de chaque côté et 12 mètres de profondeur; l'autre, au nord de Haret-el-Haram, a une longueur de 27 mètres sur 16 de largeur et 6 de profondeur. Il y a aussi dans ces piscines deux escaliers qni permettent de suivre l'abaissement de l'eau jusqu'au sol inférieur.

C'est à la grande piscine, dit la tradition, que David punit les assassins d'isboseth. Avant que Troilo la découvrit, elle était pleine de dépôts que des fabriques de savon y transportèrent; dans son mur ouest, on voit une ouverture à présent murée ; c'était l'embouchure d'un grand conduit qui paraît avoir eu, comme je le dirai bientôt, son origine dans Haret-el-Jessé.

A Hébron le voyageur est conduit au sépulcre d'Abner 1 ; j'ai aussi visité cet endroit; rien n'y rappelle l'antiquité judaïque; je pense qu'il a été inventé depuis peu de temps par quelque israclite habitant le pays. A qui est-il permis de pouvoir trouver le sépulcre d'Abner après que la ville fut tant de fois détruite ? Le seul être qui pourrait y parvenir serait M. James Fergusson, de Londres, le même qui a prétendu refabriquer le palais des rois d'Assyrie, et qui a imaginé que le sépulcre du Christ devait se trouver dans une citerne; oui, citerne, parce qu'une citerne existe â Jérusalem, sous la mosquée Koubbet-es- Sakharah, dite vulgairement mosquée d'Omar.

• 2 Samuel, xxxi. 32.

La place où Caïn tua Abel est aussi légendaire pour ne pas dire fabuleuse.

J'ai déjà dit qu'à Haret-el-Jessé la tradition y trouve l'habitation et le sépulcre du pére de David ; l'un et l'autre ont disparu, il ne reste qu'un souvenir légendaire; la Bible, l'histoire, les descriptions des anciens pèlerins n'en donnent aucune indication. Les Grecs ont donné l'exemple de toujours construire de nouveaux sanctuaires aûn de tirer de l'argent de leurs pèlerins, et les musulmans les imitent. Une chose remarquable parmi les ruines de Haret-el-Jessé est l'ouverture d'un passage souterrain ; lorsque j'allai à Hébron avec M. Mocalta, de Londres, un certain M. Lévi, demeurant dans le pays, nous fit la révélation secrète <r que cette ouverture était l'origine du passage souterrain qui de la maison d'Isaï conduisait dans l'intérieur de la caverne de Macpéla. » A dire vrai, une telle nouvelle ne me lit aucune impression, attendu que la topographie du terrain ne répondait pas aux paroles de M. Lévi, et outre cela je ne pouvais croire qu'un simple pasteur comme l'était Isaï eût pu faire un ouvrage aussi colossal. J'aurais du penser plutôt que David pût avoir l'idée d'un tel travail, mais je jugeai que le fortuné roi de Juda ne pouvait avoir formé un conduit qui portât l'eau de Haret-el-Jessé jusqu'à la grande piscine. Beaucoup de temps après cette visite faite avec M. Mocalta, j'avais pensé à parcourir le passnge souterrain, donc je le fis et reconnus qu'il était un ancien conduit, et bien que je ne pus le reconnaître dans toute sa longueur à cause de différentes parties qui étaient ruinées, je pus néanmoins avec facilité déterminer sa direction , qui porte précisément à l'embouchure murée qui se voit aujourd'hui dan» le mur occidental de la grande piscine, ce que j'ai déjà annoncé cidessus.

Le conduit était évidemment à son origine une construction juive, mais les nombreuses restaurations qu'il a subies à diffé-

rentes époques lui ont presque effacé son caractère primitif. La source n'existe plus à Haret-el-Jessé, et c'est avec grande difficulté que l'observateur peut se rendre compte pourquoi ce conduit fut pratiqué, à moins qu'il ne s'imagine que dans la localité il y avait beaucoup de maisons et que l'eau de la pluie tombant sur les terrasses, de là s'écoulait dans les citernes et ensuite la plus grande quantité se versait dans l'aqueduc ensemble avec celles de la source.

Quelques-uns disent que Haret-el-Jessé au lieu d'être le sépulcre d'Isaï est celui de Caleb, et même Saint Jérôme ' en parle; aucune trace n'existe actuellement, il m'est donc impossible de recommander la localité au voyageur; une partie des ruines qui se trouvent sur l'endroit sont caractérisées pour être celles d'une église dédiée aux quarante martyrs, mais je ne peux me prononcer là-dessus, n'y retrouvant pas la plus petite trace du plan de l'église.

Ici se bornent mes connaissances sur les monuments de la ville d'Uébron; je souhaite à d'aulres voyageuis d'obtenir de plus grands résultats dans leurs investigations.

Quelque» notion» sur les environ» d'Uébron.

Une des principales routes fréquentées de la Palestine ancienne, passait par Hébron et de là se divisait en deux, l'une pour l'Egypte, l'autre pour Pétra ; toutes deux sont encore parcourues par quelques caravanes de nomades et de conducteurs de chameaux, et il y a au sud-est de la ville une construction pour faire une quarantaine, afin de protéger la Palestine des maladies contagieuses qui pourraient venir de l'Egypte ou* de l'Arabie Pétrée; mais en cas de besoin celte quarantaine ne sert à rien, attendu que les voyageurs se détournent de la route à quelque distance de la ville, et si les gardes sanitaires les

1 Hieron, Epis t. zxxn a Eustoch.

rencontrent, ils les laissent passer pour recevoir un bakchisch, et ainsi la peste n'est pas évitée par la quarantaine d'Hébron, qui fut établie comme objet utile ; mais les employés étant arabes et fatalistes, la conséquence est qu'elle ne sert à rien.

Au nord d'Hébron est une élendue d'environ deux kilomètres et demi, une route de largeur uniforme d'environ six métrés, garnie aux deux côtés par des vignes fécondes, et pavée de petits cailloux ronds qui rendent la marche assez incommode. M. de Saulcy en a donné une description exacte. Les Arabes du pays racontent selon leur habitude que le sultan Salomon la lit construire et qu'elle se conserve dans son état originaire parce qu'elle fut faite par des génies que lui-même dirigeait. Je ne trouve pas nécessaire de rechercher l'époque où la route fut pavée, mais je ne peux en féliciter l'ingénieur, parce qu'il a fait du pavement un brise-membres; moi et un bon et brave cheval avons fait l'expérience du danger qu'il y a à la parcourir de nuit, particulièrement lorsqu'elle est mouillée par la pluie. Près de la ville, cette route pavée se divise en deux, elle n'a plus l'apparence d'un chemin régulier, c'est un triste sentier; à chaque pas de celle qui se dirige vers l'Egypte* on veut faire voir qu'elle a été parcourue par la sainte famille lors de sa fuite, et à chaque pas on vous raconte une légende.

Sur la route pavée, à un kilomètre d'Hébron, est une fontaine qui jette un filet d'eau même en été ; les Arabes disent que c'est la fontaine où Sara et Agar allaient puiser l'eau, et que là fut emplie l'outre qu'Abraham donna à Agar quand il la chassa de sa tente, et en conséquence les Arabes lui attribuent des propriétés salutaires. Quelques voyageurs pensent que c'est la localité appelée par Flavius Citerne de Sira (trahison) ! ; en effet, tout près de la fontaine est une citerne ; mais

' Antiq. Jud. Lîv. vu. Chap. i.

je ne crois pas à la tradition arabe, encore moins qu'à cette position Josèphe ait voulu poser la citerne de Sira, parce que l'historien dit qu'elle est située à vingt stades d'Hébron, tandis que celle en question en est éloignée d'environ neuf stades 1 ; je crois que la citerne de Sira est plus à l'est de Ramet-el-

MM. de Saulcy, Salzmann et Mauss ont écrit avec tant d'exactitude sur Ramet-el-Khalil (la maison d'Abraham), et sur Kerbel-el-Nassara> que pour éviter des répétitions, je me bornerai à parler sur ce que les autres ont tù. Les habitants d'Hébron gardent et prennent des pierres taillées qui se trouvent parmi les ruines de ces deux localités; ils s'en servent pour la construction de leurs maisons ; ils vont journellement encore à la recherche des pierres de maçonnerie. Je ne puis croire, comme le dit M. Robinson, que l'enceinte rectangulaire de belles pierres que je vis à Ramet-el-Khalil, soit le reste d'une basilique érigée par ordre de l'empereur Constantin, je dis que c'est un simple mur d'enceinte fait à l'objet d'entourer le terrain traditionnel où on pense qu'Abraham avait ses tentes. La citerne située à Vangle sud-ouest, dans l'intérieur de l'enceinte, et une autre pleine au sud, de même que l'indication d'une porte large de 6 mètres, située à l'ouest, c'est-à-dire au centre d'un des plus grands côtés du rectangle, ne me recommandent pas l'opinion du savant professeur américain qui a rendu 'd'éminenls services à la science biblique, mais quelquefois s'est trompé, et je ne suis pas disposé à me laisser imposer toutes ses opinions ; ceux qui sont restés peu de temps en Palestine ou qui écrivent sur ce pays sans l'avoir visité, peuvent seuls les accepter.

De Ramet-el-Khalil, une route réduite à présent en un pauvre sentier, conduit à travers les montagnes à Jebel-Us>1om (montagnes de Sodome), j'en parcourus un espace d'environ

Khalil.

» Une stade correspond à environ 185 mètres.

trois kilomètres et j'y trouvai une élévation où je pense qu'Abraham accompagna les anges qui allaient punir les crimes de la Pentapole, et d'où le vieux patriarche vit le lendemain une fumée monter de la terre comme la fumée d'une fournaise, ce qui lui apprit que faute de juste, Dieu avait détruit les villes coupables 1 . Je pense m'être trouvé sur cette même éminence, parce que de ce seul point on peut voir une grande partie du bassin méridional de la mer Morte, sans pourtant en distinguer les eaux, une fort petite élévation de plus suffirait pour les voir, Abraham n'aurait pu, d'aucune autre position des alentours, découvrir la fumée, à moins qu'il n'eût fait huit kilomètres plus en avant de la colline sur laquelle je me trouvais. Je ferai remarquer enfin qu'à 25 minutes nord-ouest d'Hébron, on montre au voyageur un vieux chêne soi-disant du temps d'Abraham ; d'autres disent que sous son ombrage le patriarche reçut les anges; d'autres veulent qu'il date de la création du monde; Je dirai seulement que cet arbre vaut bien la peine d'être vu; son tronc a environ 6 mètres et demi de circonférence, quelques-unes de ses branches s'étendent horizontalement à 45 mètres de longueur, donc il est l'arbre le plus magnifique du pays, et compte certainement plusieurs siècles, mais ne se souvient plus ni de l'époque de Galeb ni de celle de David.

Ici se terminent les observations que j'ai faites à Hébron et dans ses enviroris.

• Gen. xviii, xix.

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