‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 47 sur 67 · ACCLIMATEMENT DES EUROPÉENS · texte numérisé non relu

ACCLIMATEMENT DES EUROPÉENS

Un végétal transplanté en pays étranger ne peut s'y acclimater et s'y reproduire qu'au prix de soins constants : la nature du sol n'est plus la même, le climat est différent et les conditions de la vie sont, par conséquent, tout autres que dans son pays d'origine ; il a d'autant moins de chance de s'acclimater que les deux pays sont plus dissemblables au point de vue climatologique.|

11 en est exactement de même pour un Européen qui s'en va vivre dans des régions exotiques : l'individu est menacé dans son existence, d'autant plus que le climat diffère davantage de celui sous lequel il est né ; s'il échappe aux dangers qui résultent de ces nouvelles conditions, il pourra être frappé dans sa descendance, soit parce qu'il sera infécond, soit parce que ses enfants mourront en bas âge. Parmi ces derniers, les survivants seront doués d'une plus grande force d'acclimatement, et cette résistance augmentera de génération en génération, si bien que finalement, il se constituera une race locale, grâce à une adaptation progressive au milieu. L'espèce humaine n'échappe donc pas aux grandes lois biologiques de l'adaptation. Toutefois, l'acclimatement définitif des Européens n'est possible que dans les pays dont la température moyenne n'est pas trop élevée. L'histoire de la colonisasation dans les temps modernes nous montre, en effet, que les essais d'implantation des Européens dans les divers pays ont eu des résultats très variés, suivant la nature même de ces pays.

Dans les régions voisines de l'Equateur, comme le Sénégal, le Gabon et la Cochinchine, les Européens sont incapables de se fixer d'une façon définitive et de se reproduire indéfiniment entre eux. Ils peuvent déjà constituer des familles sous des climats moins chauds, par exemple à partir du 14^ degré de latitude, comme on peut le constater aux Antilles. Au-delà du 21 « degré, les conditions générales sont tellement favorables qu'un grand nombre d'Européens sont d'emblée capables d'y faire souche; tel est le cas pour Cuba, les États-Unis, l'Algérie, les îles Mascareignes, l'Australie et la Nouvelle-Calédonie.

On peut donc diviser les colonies en deux groupes : les unes, appartenant à la zone équatoriale, sont simplement habitables pour l'Européen; dans les autres, qui sont situées en dehors de cette zone, les enfants nés de femmes européennes se développent et prospèrent, d'autant mieux que le pays est plus éloigné de l'Equateur. Il est intéressant de constater que, sauf peut-être pour sa pointe septentrionale, Madagascar est située tout entière dans la zone où la fécondité des Européens reste à peu près normale. Nous faisons allusion, en nous exprimant ainsi, aux régions côtières qui appartiennent au climat tropical ou subtropical ; nous ne répéterons pas ce que nous avons déjà dit des conditions éminemment favorables présentées par le massif central, qui, en raison de sa grande altitude, a un climat si heureusement analogue à celui de la France.

Quoi qu'on en ait dit par boutade, Madagascar ne mérite aucunement le surnom de « tombeau des Européens » : en dehors de la région côtière, qui est effectivement assez peu salubre, mais qu'il est très facile de rendre habitable, ainsi que je le dirai plus tard, il existe dans la grande ile d'immenses territoires où l'on jouit toute l'année d'un climat très favorable. L'Européen est donc assuré, non seulement de pouvoir y vivre dans des conditions pas trop différentes de celles auquel il est habitué, mais encore de s'y multiplier.

L'idéal, d'ailleurs, n'est pas de constituer à Madagascar une population de sang français, mais bien plutôt d'y créer une race de métis, qui aura le double avantage de rendre l'acclimatement plus rapide et plus complet et d'asseoir plus solidement l'influence française. Dans les pays de l'Amérique espagnole, le mélange des races s'est promptement effectué ; il en est résulté une population très particulière, participant à la fois des qualités de l'Espagnol et de l'Indien. Cette population hybride ne manque pas de charmes au point de vue plastique; elle n'est ni sans intelligence, ni sans force corporelle, ni sans fécondité; bien au contraire, elle présente toutes ces qualités à un très haut degré. 11 serait facile de rappeler le nom d'hommes ayant une telle origine et qui ont joué un rôle important dans l'armée, dans la politique, dans la littérature et même dans les arts. Un résultat tout semblable a été obtenu aux Philippines. Ce dernier exemple est pour nous plein d'enseignement, puisque les Tagals des Philippines appartiennent à la même souche ethnique que les Hovas : les uns et les autres font partie de la grande famille indo-malaise.

A Madagascar, le type anthropologique est fin et délicat, les femines sont gracieuses et jolies : voilà tout ce qu'il faut pour que nos colons ne se vouent pas à un célibat irréductible, mais pour qu'ils épousent ries filles du pays et, comme dans les contes de fée, en aient beaticoiip d'enfants. C'est à cette condition seulement que la colonisation, déjà en bonne voie, pourra prospérer et atteindre tout le déyeloppoment que comportent les richesses naturelles du pays.

Page 1