‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 48 sur 67 · CONSEILS AUX IMMIGRANTS · texte numérisé non relu

CONSEILS AUX IMMIGRANTS

La plupart des mécomptes que Ton éprouve en venant s'installer dans les colonies tiennent à ce que l'immigrant ignore les règlf's élémentaires d'hygiène auxquelles il doit se soumettre, ou bien, par incurie ou fanfaronnade, néglige de s'y soumettre. Il ne sera donc pas hors de propos de donner ici quelques préceptes utiles.

On ne doit guère songer à s'expatrier avant l'âge de vingt-cinq ans. Avant de quitter la France, il est indispensable de se soumettre* h un examen médical rigoureux et de se conformer à l'avis exprimé par ie médecin. Si l'on est absolument sain de corps, et j'ajouterai absolu tuent sain d'esprit, on est dans de bonnes conditions et l'on supportera. spIou toute apparence, avec plein succès, l'action du climat malgache. Mais si le médecin a constaté quelque tare organique, par exemple, une affection du cœur, de l'estomac, de l'instestin ou du poumon, il |)Ourra y avoii* grand danger à venir s'installer dans les régions basses, dont te climat est débilitant pour les individus atteints d'affections chroniques ou subaiguês. En effet, les cardiaques, les tuberculeux, les lymphatiques sont doués de peu de résistance et paient un lourd tribu à la mort. Ces mêmes individus seront dans de bien meilleures conditions s'ils viennent s'installer sur les plateaux, mais l'état précaire de leur santé leur interdira de se livrer aux travaux des champs, d'atînmior l'ardeur du soleil ou les brusques changements de température, les contraindra même à suivre un régime rigoureux, en sorte qu'il rf est nullement désirable, pour le bien de la colonie, qu'ils vienuenl augmenter le nombre des malades.

S'il s'agit de personnes ayant passé des contrats avec des Compagnies de colonisation, ces dernières pourraient, de leur faiU être induites en des dépenses ou pertes d'argent considérables, soit i>our

frais de rapatriement, soit pour indemnités stipulées au contrat. On voit donc combien il est important, à tous les points de vue, de procéder à un examen médical minutieux des gens, même d'apparence valide, qui se proposent d'aller aux colonies.

L'immigrant arrivera de préférence au début de la saison sèche» alors que la température est devenue plus supportable : en avril ou en mai à Majunga et à Tamatave, au commencement de juin à Diego- Suarez. Les mois d'août et septembre sont les plus agréables, mais ils sont trop rapprochés de la saison des pluies et le temps serait trop court pour procéder aux installations les plus urgentes. On ne saurait d'ailleurs être trop convaincu que chacun porte en lui-même les conditions de son acclimatement et que le succès ou l'insuccès dépendent ^rtout de la santé dont on jouit et du genre de vie que l'on mène.

Les « Commandements du parfait Colon » peuvent se résumer en quelques formules :

On évitera l'ardeur du soleil dans le milieu du jour, la fraîcheur des nuits, le voisinage des marais, les excès de tout genre; on s'abstiendra d'alcool sous toutes ses formes, on portera des vêtements de flanelle, on usera fréquemment des ablutions et l'on tâchera d'être de bonne humeur.

Sauf ce dernier point, voilà des règles très simples, qui sont à la portée de tout le monde ; fidèlement observées, elles auront la plus heureuse influence non seulement sur le moral, mais aussi sur le physique du colon. Il est superflu d'en donner l'explication, car elles se comprennent d'elles-mêmes ; il en est une pourtant sur laquelle nous devons insister : c'est celle qui a trait à l'abstention totale de liqueurs alcooliques.

Si l'on pouvait dresser la statistique des morts causées, dans les colonies françaises, par l'absinthe, le cognac ou autres toxiques de même origine, on arriverait à des chiffres aussi lugubres que fantastiques. C'est une erreur profonde, qu'on ne saurait combattre trop énergiquement, que de dire que l'alcool soutient Thomme et lui donne des forces : la vérité, c'est qu'il avilit son intelligence, déprime ses forces et provoque dans divers organes, notamment dans le foie, des lésions chroniques qui diminuent considérablement la résistance de l'organisme. Combien d'hépatites, d'abcès du foie, de dysenteries, etc., qu'il eût été facile de guérir et que l'alcool, en raison de son action préalable sur les viscères, a rendus promptement mortels !

Le fameux Andrianampoinimerina, premier roi hova de Tananarive et père de Radama I®', était à peine monté sur le trône qu'il prt jscririt Tusage de Talcool ou toaka (1). Serions-nous à cet égard moins raisonnables que les races conquises par nous, dans l'intention de les mener sur le chemin de la civilisation?

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