ENSEIGNEMENT MÉDICAL, ŒUVRES D'ASSISTANCE INSTITUT PASTEUR
Malgré la brièveté des aperçus qui précèdent, on voit que Mada fjascar est un pays des plus intéressants au point de vue médical. Non seulement il imi)orte que les médecins européens qui s'en vont dans
(I) R. Blaîichard, Traité de Zoologie médicale. Paris, 2 vol. in-8», 1885-lSKti cf. II, p. 673-684 et 601.
la grande ile soient instruits des maladies qu'ils y rencontreront, mais il est nécessaire aussi que les indigènes abandonnent leurs pratiques de sorcellerie et soient appelés à un enseignement médical véritablement scientifique.
C'est dans cette pensée que le général Gallieni, Gouverneur général de la colonie, a créé à Tananarive une École de médecine indigène, par un arrêté en date du 11 décembre 1896 ; cinq jours plus tard, il fondait un hôpital devant servir de clinique à l'Ecole. Ces deux institutions furent inaugurées le 16 février 1897. Depuis lors, l'École de médecine a fonctionné de la façon la plus régulière et l'on peut dire que, grâce à l'activité de son savant Directeur, M. le D"^ Jourdran, elle a donné des résultats qui dépassent toute attente.
Le corps enseignant comprend sept professeurs, dont deux médecins civils (l'un d'eux est un Malgache) et cinq médecins ou pharmaciens des colonies. Les études durent cinq années, au bout desquelles les étudiants qui ont subi avec succès leurs examens, reçoivent le diplôme de Docteur en médecine à titre indigène. En vue de développer cette institution et de lui recruter des démonstrateurs ou professeurs suppléants d'une instruction suffisante, quelques-uns des meilleurs élèves sont envoyés en France, notamment à Montpellier, pour y compléter leur éducation et y acquérir le diplôme français.
La création de l'École de médecine de Tananarive a été le point de départ d'un grand nombre de mesures de la plus haute utilité. Par exemple, un arrêté du 15 octobre 1900 instituait un corps de médecins de colonisation, destiné à donner l'assistance médicale aux indigènes, à procéder aux vaccinations et à renseigner le Gouvernement sur l'état général de la santé publique. Disséminés dans les diverses régions de l'ile, ces médecins de colonisation sont, on le conçoit, appelés à rendre les plus grands services au point de vue de l'hygiène publique ; ils aideront puissamment au relèvement intellectuel et moral des indigènes et seront ainsi les meilleurs agents de propagation de l'influence française.
Nous voudrions pouvoir citer encore tout ce que le gouvernement éclairé du général Gallieni a fait pour le développement des œuvres d^assistance : création d^hôpitaux, tournées de vaccination, institution de cours pour les sage-femmes indigènes, consultations gratuites et distributions de médicaments, etc. Ce sont là des entreprises qui, accomplies en si peu de temps et avec tant de clairvoyance, font le
CLIMAT, HTGIKNI;: KT MALADIES l^t
plus grand honneur à rinitiative éclairée du Gouverneur général ^t assurent le bien-être des populations. Nous devons pourtant dire encore quelques mots de l'Institut Pasteur qui, lui aussi» rend des services inappréciables.
Dès 1898 fut décidée la création d'un Institut Pasteur à Tananarîv^. Les travaux commencèrent en mai 1899, furent achevés en septembre et l'établissement fonctionna dès le 3 novembre; l'inauguration eut lieu le 23 mars 1900.
L'Insitut Pasteur de Tananarive est situé à 40 minutes de la ville, dans un site agréable, au milieu {les eaux courantes et de la verdure. II comprend les mêmes services que les grands Instituts de Paris et de Lille, mais sur une échelle beaucoup plus restreinte. On y fait les inoculations antirabiques; on y prépare le vaccin antivarioleux et anticharbonneux; on y fait également des recherches bactériologiques pour le compte des médecins et des particuliers, ainsi que des études méthodiques sur les fermentations. M. le D' Thiroux, médecin majur de deuxième classe des troupes coloniales, est le directeur de cet Institut, dont il a su faire d'emblée un centre scientifique de grande importance. Quand son installation sera plus parfaite et qu'il aura pu former des aides habiles et expérimentés, son action bienfaisante^ déjà si appréciable, se fera sentir encore plus, pour le bien-être général.
En effet, est-il besoin de dire que l'Institut Pasteur est appelé à exercer une influence considérable sur l'amélioration des conditiotis sanitaires de l'Homme et du bétail? Au prix de difficultés très grandes^ vaincues avec une habileté digne des plus grands éloges, le D*- Thiroux a pu fixer le vaccin sur les Génisses de Madagascar, avec lesquelles on n'obtenait jusqu'alors que des résultats incertains; il a pu, de mèmis introduire dans Tile le vaccin antirabique, malgré des difficultés techniques que seuls peuvent apprécier les bactériologistes de profession: ce sont là des bienfaits qui disent tout le mérite du savant qui dirige l'Institut Pasteur avec tant de talent. On doit encore attendre de sa science d'autres services non moins éminents, et ses études sur les Levures permettront l'installation ï.|I^dagascar de diverses industries qui seront un jour la richesse de ce pays.
452 RAPHARL BLANCHARD