MALADIES PARASITAIRES
La plupart des maladies étudiées jusqu'ici rentrent déjà dans le groupe des maladies parasitaires; il nous faut néanmoins passer en revue un certain nombre de parasites qui méritent une attention particulière.
Ténia de Madagascar. — On connaît sous le nom de Davainea mada" gascariensis un Ténia très remarquable qui, malgré sa dénomination, n'a pas encore été observé à Madagascar, mais n'en est pas moins digne d'être signalé d'une façon toute spéciale. On l'a trouvé tout d'abord à Mayotte, puis à l'ile Maurice, au Siam et à la Guyane. H est très vraisemblable qu'on le rencontrera aussi dans la grande ile et il est à souhaiter qu'on nous fasse connaître bientôt les conditions de sa propagation. Autant qu'on peut le conjecturer, il doit passer son jeune âge dans le corps d'un Insecte.
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Ce Ver est long de 25 à 30 centimètres et formé de 500 à 600 anneaux ; on le trouve de préférence chez les enfants. Il se distingue en ce que ses anneaux trapézoïdes, c'est-à-dire notablement plus larges que longs, ont tous le pore génital situé d'un seul et même côté. La tête porte à son extrémité une petite cupule qu'on pourrait prendre pour une cinquième ventouse. Les quatre ventouses ordinaires sont peut-être, chez les individus jeunes, armées de petits crochets disposés sur plusieurs rangs concentriques. Ainsi que je l'ai démontré, ce parasite appartient sans conteste à un groupe intéressant, dont la presque totalité des espèces vit exclusivement chez les Oiseaux; au point de vue purement helminthologique, il constitue donc une véritable curiosité.
Gale. — Cette affection parasitaire est très commune; elle se transmet facilement à l'Européen, ainsi que les autres dermatoses et notamment la grosse gale malgache, qui se présente sous un aspect boutonneux, siège de préférence en certains points particuliers et est, selon toute apparence, due à un parasite spécial. Ces maladies ne résistent pas aux parasiticides usités contre la gale vulgaire.
Chique. — On connaît sous ce nom un Insecte qui est très voisin de la Puce ordinaire, mais se comporte d'une façon bien différente. Originaire de l'Amérique tropicale, il a été transporté sur la côte occidentale d'Afrique à la fin de l'année 1872; il s'y est multiplié et s'est promptement répandu dans toutes les régions chaudes du continent africain. Inconnu à Madagascar lors de la conquête, il y a été apporté, voilà moins de deux ans, par les tirailleurs haoussas et sénégalais et s'y est propagé avec une effrayante rapi- ^.^ ^^^ ^,^.^^^ ^^.„,^„^. ,.^^,^ ^^ „^„
dite. 11 compte à l'heure actuelle encore fécondée, très grossie.
parmi les pires fléaux de l'île (1).
La Chique (Sarcopsylla penetrans) est notablement plus petite que
(1) Présence de la Chique (Sarcopsylla penetrans) à Madagascar. Archives de Parasitologie, ii, p. 627, 1899.— La Chique (Sarcopsylla petietrans) à Madagascar. Ibidem, m, p. 206, 1900.
la Puce vulgaire. Elle vit dans le sable, dans les étables et dans les cases mal tenues, s'attaquant indifféremment à l'Homme et aux animaux. Elle passe sur ceux-ci pour se gorger de leur sang, puis les abandonne, une fois repue, pour sautiller çà et là (fig. 247). Le mâle mène en tout temps cette existence vagabonde, mais la femelle a d'autres mœurs. Quand elle a été fécondée, elle s'enfonce dans la peau et y disparait tout entière, laissant derrière elle un petit pertuis par
Fig. 248. —Chique femelle, telle qu'elle se présente dans la peau. A droite et en bas» indiWdu de grandeur naturelle. L'autre figure est grossie.
oii son appareil respiratoire reste en relation avec l'atmosphère. Elle se nourrit des sucs exsudés autour d'elle et provoque une irritation pl^is ou moins vive qui s'accompagne de violentes démangeaisons. Elle reste là assez longtemps, jusqu'à ce que ses œufs soient formés: ceux-ci s'accumulent dans son abdomen, qui se distend progressivement, au point d'acquérir la taille d'une groseille, les parties antérieures du corps, c'est-à-dire la tète et le thorax, ne subissant aucun changement de volume (fig. 248).
A mesure que le parasite grossit, l'inflammation qu'il détermine gagne en étendue et s'accompagne trop souvent d'accidents plus ou moins graves, qui tiennent à 4'infection de la petite tumeur par des
(Cliché dn D' Fontoyont).
Fig. 249. — Amputation spontanée du petit orteil, par gangrène consécutive à, des Chiques (Imerîna)
microbes venus du dehors. C'est ainsi qu'on voit apparaître de la lymphangite, de la suppuration et d autres accidents divers. Normalement il se forme autour du parasite un abcès (jui est destiné à provoquer son expulsion, mais qui peut gagner les parties voisines et provoquer la gangrène, le tétanos ou la chute des orteils (fig. 2't9 et 250).
De tels accidents ne se voient que très rarement dans les pays où la Chique est commune, parce que les gens qui vivent en ces contrées, sachant de quel danger ils sont constamment menacés, 'ont bien
soin d'examiner chaque jour les divers points du corps où la Chique se
fixe de préférence, particulièrement les pieds, et d'extirper aussitôt tout parasite dont ils décèlent la présence. A Madagascar, on a pris rapidement cette même habitude, mais au début les accidents étaient graves et nombreux. On ne doit donc pas négliger d'examiner attentivement, matin et soir, les pieds, les jambes et les autres parties du corps qui ont pu être en contact avec le sol, et de procéder à Yéchigtiage^ au moyen d'une épingle ou d'une lame de canif : un simple pansement antiseptique, par exemple à l'eau boriquée, sera suffisant pour amener une prompte cicatrisation
(Cliché dtt D' h'onioynont). *^ "^
de la petite plaie.
Fig. 250. — Lésions du pied causées par des Clnciues.
Mycétome. — On appelle mycétùine ou pied de Madura une grave affection du pied qui semble ne pas être rare à Madagascar, à en juger d'après des documents qui nous ont
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été transmis par le D^ Fontoynont(iig. 251). Cette maladie n'a longtemps été connue qu'auiL Indes, mais on sait maintenant qu'elle eiListe en bien d'autres endroits, par exemple au Sénégal, en Algérie, à Djibouti, en Abyssinie et même en Amérique et en Italie. On connaît actuellement deux variétés qui sont, à vrai dire, des maladies distinctes. Le mycétomc siège pres(|ue exclusivement au pied. Il est constitué
(Cliché de M. FoatoynoDt.) Fig. âol, — Mycélome (Imcrina).
par une tumeur qui envahit aussi bien la peau que les parties profondes et présente à sa surface une série d'orifices laissant suinter un liquide purulent dans lequel se trouvent des grains blancs ou noirs, suivant la variété. Ces grains, qui sont caractéristiques de la maladie, sont formés de filaments mycéliens, c*est-à-dire par un Champignon très inlëricur. Il s'agit donc là d'une mycose ou affection parasitaire causée par un Champignon.
La tumeur s'étend de proche en proche avec une rapidité plus ou moins grande ; elle n'a aucune tendance à guérir spontanément, mais présente cette heureuse particularité d'être locale et de ne point se généraliser. Contrairement à ce qui arrive pour Tactinomycose, qui est une affection assez voisine du mycétome, on ne connaît pas encore pour celui-ci de médicament spécifique : aussi l'intervention chirurgicale est-elle toujours nécessaire. Très simple quand la maladie en est à son début, elle exige une opération beaucoup plus grave, telle que l'amputation du pied, quand celui-ci est envahi dans la plus grande partie de son étendue.
Des faits très précis montrent que le mycétome se développe à la suite d'une déchirure de la peau, par un piquant d'Acacia ou de plantes analogues : c'est donc sur les végétaux que vit normaleniPiiL à l'état de saprophyte, le Champignon qui, introduit de la sorte dans les tissus de l'Homme, va pouvoir y continuer son existence, tout en provoquant la formation d'une tumeur parasitaire. De cette notion découle la nécessité de ne pas marcher pieds nus au milieu des broussailles.
ALIMENTS TOXIQUKS
On ne sait encore rien de bien précis au sujet des plantes indien' im^s dont les fruits ou les racines, ingérés par l'Homme, peuvent drl^^rriiituM^ des intoxications. On sait en revanche qu'il existe sur les mif^s mi certain nombre de Poissons dont la chair peut causer des anul^uits plus ou moins graves. Ces animaux ne sont nullement partîndiors à Madagascar, mais se rencontrent dans bien d'autres régions ih* Vih-vixw Indien. On désigne sous le nom de siguatera les accidents qui ivsiilfcnf de leur absorption : ils reconnaissent pour cause une leuroinaine. véritable alcaloïde animal qui sirge en permanence dans )os oi ^%irii's ou au contraire ne s'y accumule qu'à certaines époques dv IMiimct: dans ce dernier cas, sa présence coïncide avec l'activité sexuolln.
Les Tétrodons, ces Poissons bizarres qui ressemblent à uin' T'iNMiur châtaigne hérissée de longues et puissantes épines, ont eanst^ pfiis d'une fois de graves accidents au Cap de Bonne-Espérance, en Non vol k Calédonie, en Chine et surtout au Japon. Ils fréquentent la cnic inidgache et méritent d'être signalés d'une façon toute spéciale.
* D'autres Poissons d'un aspect moins étrange doivent égal ut rlvi^
mentionnés ici, parce que leur ingestion est tout aussi dangereus*^ i|ur celle des précédents. Tels sont : Meletta renenosa, DxiHmminui tfntftt. Spratella fimbriata et Sphyrrena barracuda. Les trois premiers appai'tiennent à l'ordre des Physostomes et sont assez voisins de nos IliiJGrigs et de nos Sardines ; le dernier est un Acanthoptérygien.
Le riz est la base de l'alimentation du Malgache, mais on eônsorunn* aussi une certaine quantité de maïs. Toutefois, la pellagre esi iiuMui nue à Madagascar, ce qui tient sans doute à ce que le maïs est touj^mis mangé en grains; on n'en fait pas de farine, comme en Italie
ANIMAUX \T:NIMEUX
Il n'existe à Madagascar aucun Serpent venimeux, mais on y trouve des Scorpions (maingoka), des Scolopendres {trambo) et des Araignées dont la piqûre peut être dangereuse. Parmi ces dernières, nous devons citer Latrodectus menavodi^ dont la femelle atteint une longueur de 12 millimètres. Cette espèce est répandue partout, mais est surtout abondante dans la forêt d'Alanamasoatrao ; on lappelle Vancoho dans le Sud et Menavodi^ c'est-à-dire cul-rouge, à TEst et en Imerina. Sa morsure produit, dit-on, la mo»t chez l'Homme et chez les animaux. Sa toile est établie dans les herbes et les indigènes évitent d'y toucher; ils regardent cette Araignée comme fady, cest-à-dire comme une chose sacrée et défendue. Il est vraisemblable que cette croyance est exagérée, car on trouve aux environs de Tananarive une autre espèce très voisine, souvent même plus grosse, mais que les Hovas ne redout3nt pas.
Sur les côtes vivent un certain nombre de Poissons venimeux, que le pêcheur peut rencontrer dans ses filets ou que le baigneur peut fouler aux pieds, car certains d'entre eux s'abritent dans les anfractuosités des rochers. Ce sont : Plotosus lineattis, parmi les Physostomes; Pterois muricata^ Synanceia brachio, Scorp(Piia scrofa^ ainsi que plusieurs espèces d'Acanthums et d'Amphacnnthus parmi les Acanthoptérygiens. Ces Poissons possèdent des épines acérées qui communiquent avec des glandes à venin enfoncées dans la peau et qui siègent soit à la nageoire dorsale, soit sur les ouïes, soit encore au voisinage de l'anus.
Dans les rivières de la côte Sud-Est, vit le Hintana^ Poisson dé couleur pourpre, orné de bandes plus sombres qui descendent du dos sous le ventre. Il se tient généralement dans les herbes, oii il passe inaperçu. Il porte quatre longues épines, deux derrière les ouïes, une autre sur la nageoire dorsale, la dernière sous la racine de la queue. Chacune de ces épines est en rapport avec un appareil venimeux. Est-on piqué par l'une d'elles, on souffre pendant plusieurs heures et les parties voisines de la piqûre deviennent le siège d'une tuméfaction notable. A cela se bornent les accidents et il ne semble pas que la piqûre puisse être mortelle. Les indigènes la traitent par des applications de feuilles de Citronnier sauvage. Les pêcheurs ont soin de
couper les épines dès que l'animal est capturé, exactement comme on le fait chez nous pour la Vive qui cause des accidents tout à fait aiialogues.
Nous ne pouvons que signaler tous ces êtres dangereux, qui mériteraient une plus longue étude (4).
Bien que, à proprement parler, ils ne soient pas venimeux, nous ne pouvons passer sous silence d'autres animaux qui sont fort dc*s;igréables, sinon dangereux. Nous mentionnerons tout d'abord \v% MokafohySy petits Moucherons qui volent pendant le jour, piquent jusqu'au sang et disparaissent au coucher du soIeM, cédant la place aux terribles Moustiques dont il a été question plus haut. Les Mokafohjs sont, selon toute apparence, des Simulium ou des Bibio. Ils infectt»nl principalement le Boeni et le Betsiriry.
Les Sangsues terrestres abondent dans les forêts, notamment dans le Nord. Elles se comportent exactement de la même façon que cell**s de Ceylan, de l'Indo-Chine, de la Malaisie, du Japon et des Philippines. Il est d'ailleurs à remarquer qu'elles appartiennent exactement aux mêmes genres que dans ces divers pays : on y trouve des HœmadijmL des Philœmon^ des Planobdella^ mais représentées par des espiTt-s différentes. Leur nom malgache est linta^ comme en malais.
Enfin signalons le Variry, Poisson de mer encore indéterminé. Son corps est argenté et couvert de petites écailles; sa mâchoire inférieure est proéminente et plus longue que la supérieure; toutes deux sont armées de dents très aiguës. Ce Poisson mord cruellement, quand on le retire des lilets. Le Voroka est un Poisson de rivière de couleur brunie tacheté, à peau rugueuse et à nez pointu; il porte derrière les ouïi*s deux membranes tranchantes qui coupent comme des rasoirs.