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zoma, ont lieu le vendredi : dix à douze mille personnes s'y pressent ordinairement. C’est sur cette place que s'élèvent la maison qu'habitait M. Laborde et l'église de l’Immaculée-Conception, édifiée par la mission des jésuites francais.
Le marché journalier, ou bazar, se tient sur une autre place, formée par un élargissement de la crête de la montagne, à proximité du fameux lac du Serment, par lequel, suivant un antique usage, les Malgaches ne manquent jamais de jurer, dans les circonstances solennelles.
Tamatave. — Tamatave (Taomasina), chef-lieu maritime de l'ile de Madagascar, était autrefois un petit village de pêcheurs; c’est aujourd'hui le principal marché de la côte orientale, Le plus fréquenté et le plus connu des Européens, parce qu'il est le point de départ de la route conduisant à Tananarive. Sa rade spacieuse et sûre recoit les bâtiments des îles de la Réunion et de Maurice. Les Hovas en ontfait leur port militaire ; ils y possèdent une forteresse qui peut contenir de 2,000 à 3,000 hommes.
Bâtie sur le sable, Tamatave compte un millier de cases. Elle se divise en deux villes distinctes : la ville blanche et la ville malgache. La première longe le bord de la mer; la seconde s'étend derrière le fort, cachée par un épais rideau d'arbres, protégée par un fossé profond et une double enceinte de terre. Les deux villes réunies forment une ensemble d'une dizaine de mille d'habitants. Un gouverneur hova y réside, ainsi qu'un résident français, un consul anglais et un consul américain.
En fait de monuments, on remarque, outre l'habitation du gouverneur, la maison du grand juge, qui peut passer pour la principale, et les bâtiments de la
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douane, qui occupent une superficie de terrain considérable.
Tamatave prend de jour en jour beaucoup d’extension ; On commence à y bâtir des maisons à l'européenne ; aujourd’hui, le voyageur est assuré d’y trouver des hôtels confortables.
C'est certainement le point le plus commercial de l'île de Madagascar. On exporte de dix à douze mille bœufs, par an, et une grande quantité de riz. Le commerce américain y domine, tant en importation qu'en exportation.
La dernière guerre nous a rendu son nom familier, parce qu'elle était le centre de nos opérations militaires. C'est dans sa rade, en effet, qu'étaient ancrés les navires de notre escadre; c'est dans son fort qu étaient casernés nos soldats; c’est à Tamatave qu'a été signé le traité qui à mis fin aux hostilités.
Avant notre dernière expédilion, il s'y faisait un bien plus grand mouvement commercial qu'à l'heure actuelle. Certes, il y a encore des vendeurs au bazar, mais dix fois moins qu'auparavant. De nombreux borozana (porteurs) circulent toujours dans les rues, il est vrai, mais, il y à cinq ou six ans, ils les encombraient. On ne voyait alors que convois d'hommes, arrivant ou partant. Aujourd'hui, c’est rarement que l’on rencontre, par-Cc1, par-là, une troupe de cinquante à cent porteurs, armés de longs et gros bambous, et allant prendre charge chez un traitant. Ces borozanas sont le type le plus curieux, le plus intéressant de la population malgache de Tamatave. Ils constituent encore, malgré tout, sa vie et son mouvement. Quand ils ne sont pas occupés, on les voit flâner dans la grande rue de la ville, fièrement drapés, comme des hidalgos, dans des lambas en toile crasseuse, coiffés de
chapeaux en paille grossière qui, par un long usage, ont cessé d'être blancs et ont pris une couleur indécise. D’autres accroupis en bandes, sous les varangues des magasins, ou le long des clôtures des emplacements, se rendent réciproquement le service de se chercher leur vermine, grattent leurs jambes galeuses, hélent le camarade qui passe, ou dorment: Avez-vous besoin de quatre porteurs de filanzana (palanquin malgache)? Sur le moindre signe, vingt de ces borozanas accourent à votre appel, et vous n'avez entre eux que l'embarras du choix. Lieu de promenade, cuisine, réfectoire, atelier, la rue leur tient lieu de tout cela, pendant la journée. La nuit, elle leur sert de dortoir. Au coucher du soleil, ils s’empilent, pêle-mêle, sous les varangues, les auvents, les marches d'escalier, les moindres abris, s’enroulent et se recroquevillent dans leurs manteaux, dorment sans désemparer jusqu à l'aurore prochaine, et se retrouvent sur pied, le lendemain, frais et dispos, pour recommencer une journée semblable à celle de la veille.
Si ce spectacle charme le regard par son originalité, il affecte désagréablement l’odorat. Ces tas de chair humaine répandent, aux environs des lieux où ils s’étalent, l'odeur fade, pénétrante et caractéristique du nègre. Les jasmins, les orangers, et autres arbres odorante, ont beau fleurer bon, l'huile de coco, dont les naturels aiment tant à s’oindre, domine tous ces parfums de sa senteur lourde et nauséabonde.
Revenons au mouvement commercial de Tamatave. Jusqu'en 1882, les caboteurs venaient débarquer dans ce port les produits recueillis sur tous les points du littoral, pendant que, de l’intérieur, arrivaient à dos d'homme les matières premières les plus diverses : cuirs, caoutchouc, cire, riz, sucre, café, etc. Une fois emmagasinées, en quantité suffisante, ces mar-