CHAPITRE VI
Dans certains cas, le monarque hérite de droit de ses sujets : lorsque, par exemple, une femme du peuple meurt sans laisser de postérilé. Alors, elle est considérée comme ayant démérité de la patrie, puisqu'elle n'a pas augmenté le nombre des sujets de Sa Majesté. Les biens d’un particulier, condamné pour sorcellerie, reviennent également à la couronne, ainsi que sa femme et ses enfants, qui deviennent esclaves royaux.
l'olice. — La police est très bien organisée, à Tananarive et dans les villages principaux, partout enfin où fonctionne une administration régulière ; mais son action
est à peu près nulle dans tout le reste du royaume, qui
échappe à sa surveillance. Elle est faite par des soldats indigènes, portant le nom d'anti/y (gendarmes). Ils ont pour attributions la recherche des délits, l’arrestalion des criminels et des voleurs, et surtout des ennemis du gouvernement. [ls sont chargés, en même temps, d'assurer l’ordre public et de veiller à la sûreté générale, à la propreté des rues, des places, des chemins, et même des cours des habitations privées. Duuanes. — Tout système financier faisant défaut à Madagascar, en dehors des amendes et de la confiscaion, qui constituent un casuel variable et aléatoire, le gouvernement n'a de revenus fixes que ses droits de douanes. À la tête de l'administration des douanes est placé un directeur général, résidant à Tananarive. Elles ne sont établies que dans quelques ports du littoral, dont Tamatave et Mazangaye sont les princi-paux. Les droits, qui sont de 10 p. 100 à l'entrée, sont percus par les gouverneurs et représentent un rendement peu élevé, surtout si l’on songe qu'avant de parvenir à destination, ils passent par les mains d’un cer-ain nombre d'officiers, el que ceux-ci, échappant à tout contrôle, en prélèvent au passage la plus grosse part.
On serait tenté de croire que celte source de revenus est tarie pour l'État, maintenant que le Comptoir d’escompte de Paris a installé, dans cinq ports, des agents chargés de percevoir les droits jusquà concurrence d’une certaine somme, pour garantir l'intérêtet l’amorüssement des 15 millions qu'il a prêtés au gouvernement hova. Tout au contraire, l’organisation nouvelle est plutôt à son avantage. Elle ne manquera pas d'améliorer ses finances, sans les obérer de trop lourdes charges. D'abord, sous la surveillance des contrôleurs francais, délégués dans chacun des ports concédés, elle
obticndra un rendement supérieur; ensuite, déduction.
faite de la retenue opérée pour le compte de la dette, l'excédent revenant à l'État dépassera de beaucoup ce que le trésor encaissait auparavant, après toute la filière d'emprunts à fonds perdus dont le produit des droits de douanes élait allégé en chemin.
Après ce rapide exposé de la situation, on com-
prendra aisément que MM. Digby-Willoughby et Abraham Kingdon aient convoité ces douanes, qui, administrées intelligemment, peuvent donner des revenus si élastiques. Fort heureusement, le gouvernement francais a vu clair dans leurs manœuvres douteuses ; 1l s’est opposé à la mise à exécution de l'emprunt que ces spéculateurs de première force avaient contracté avec le gouvernement hova, au mépris du traité du 17 décembre 1885. |
Que Rainilaiarivony continue à s’en rapporter à nous, qu'il nous laisse faire, et l'avenir lui prouvera, par des chiffres et par des faits, qu'en nous accordant sa confiance, il aura agi tout à la fois, et dans l'intérêt de son pays, et dans son intérêt personnel. Pour commencer, nous le gratifierons d’un système douanier qui rendra ses finances prospères, lequel, joint à l’exploi-