‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 146 sur 194 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dextérité; ils s’en servent aussi bien à la chasse qu’à la guerre. Bien qu'aujourd'hui la plus grande partie des troupes hovas soit armée de fusils, le fusil nest pas encore d'un usage général, et beaucoup d'entre eux ont conservé les armes primitives.

Des canons furent également livrés au gouvernement hova, et leur maniement fut enseigné par des sergents anglais. Comme il n’y a pas de cavalerie à Madagascar, ce sont les corvéables qui, en campagne, trainent les pièces d'artillerie ; ce sont eux qui ont remorqué jusque sur les hauteurs de Tananarive les lourds canons qui défendent l'entrée de la capitale.

Enthousiasmé des résultats obtenus, grâce aux COnseils de Lesage, Radama I[° se voyait déjà le premier conquérant du monde; il donna au petit bataillon nouvellement organisé à l’européenne le nom prétentieux de Fuloalindagh (les cent mille hommes), bien que l'effectif de son armée entière ne dépassät pas viugt mille soldats. Farquhar, outre les canons et les fusils qu'il lui avait fournis, lui envoya quatre cents uniformes anglais. Le roi les trouva si beaux qu'il n'osa pas s’en servir, de peur de les abimer, et les fit soigneusement enfermer sous vitrines, dans une salle de son palais.

Jusqu'à ce règne, en dehors des trois castes qui divisent les sujets en catégories neltement tranchées, il n’y avait, ni dans l’ordre civil, ni dans l’ordre militaire, aucune échelle hiérarchique. C'est un Francais, M. Robin, qui fut chargé par Radama [° de désigner les divers emplois de son armée, par des distinctions correspondantes aux grades adoptés par les usages européens. Celui-ci créa des simp'es soldats, des caporaux, etc., etc. Mais, finalement, on trouva plus simple et plus pralique de représenter chaque grade par un

chiffre plus ou moins élevé, précédant le mot « honneur ». En conséquence, le soldat fut premier honneur, et ainsi de suite jusqu’au 12° honneur, qui équivaut au grade de maréchal. Bientôt le 12° honneur ne suffit plus à l'ambition des grandsdignitaires, et, progressivement,on arriva au 16°, quin'ad’équivalent chez aucune puissance.

Le favoritisme règne en maître, à la cour d'Émyrne. On y voit des généraux par droit de naissance, et des maréchaux à la mamelle, comme il y avait chez nous, autrefois, des colonels au berceau. A parür du 7° inclusivement, les honneurs sont conférés par un diplôme, scellé du grand sceau royal. Il n'y a pas longtemps, chaque officier supérieur avait droit à un nombre considérable d’aides de camp; les plus riches et les plus élevés en grade en comptaient des milliers attachés à leur seule personne. Rainilaiarivony y mit bon ordre, dans un grand kabar tenu le 13 juillet 1876 (1) et régla le nombre d'aides de camp qui devait être attribué à chaque honneur. Néanmoins, on aura lieu d’être étonné, quand on saura que, malgré les sensibles réductions opérées dans ce corps par le premier ministre, un 16° honneur.a encore droit à trente aides de camp.

Le gouvernement hova n'ayant adopté, pour ses officiers, aucun type d'uniforme réglementaire, il résulte que ceux-ci, surtout les honneurs supérieurs, offrent une confusion insensée de costumes variés et éclatants, de l'effet le plus bizarre. Ils sont, à leur choix et suivant leur goût, déguisés — c’est le mot — en généraux ou amiraux français, anglais, russes, autrichiens, espagnols, italiens, persans, tures, etc., etc. Tous portent, sur leur coiffure, une plume blanche, emblème du commandement, et tiennent presque cons-

(1) Se reporter à la notice historique.

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tamment à la main un sabre, avec ou sans fourreau. Beaucoup ont la poitrine traversée de grands cordons d'ordres plus ou moins fantaisistes, rehaussés d’aiguillettes. Certains officiers sont, pour la plupart, à cheval, mais c’est le plus pelit nombre, et encore, deux esclaves se Liennent à leurs côtés, prêts à réprimer les

Soldat hova, en garnison à Tananarive.

écarts de leur monture et à empêcher le cavalier de tomber. Quelques-uns affectent de porter des costumes civils européens, chamarrés de galons et de broderies. Le premier ministre, en sa qualité de généralissime des troupes hovas, a voulu se distinguer entre tous; il à poussé l'amour exagéré du clinquant jusqu'à faire broder d'or ses souliers. Après ce comble, il faut tirer l'échelle.

Une loi, du 25 mars 1879, a introduit de sérieuses modifications dans l'armée hova qui avait été un peu négligée jusque-là. Celle loi a imposé le service militaire à tout homme libre et valide, âgé de dix-huit ans accomplis, et pour une durée de cinq ans; elle a notablement augmenté l'effectif de l’armée. D'après ses prescriplions, on à commencé à lever, en 1879, 5,000 hommes pour chacun des dix districts de l'Émyrne : ce qui devait fournir, pour les six provinces, un effectif total de 30,000 hommes. Mais le cadre n’a pas élé rempli, et la levée en masse n’a pas dépassé 20,000 hommes.

De 1880 à 1885, le gouvernement a ordonné, tous les ans, de nouvelles levres, estimées à 10,000 hommes environ : ce qui, maintenant, porte l'effectif de l’armée active à 30,000 hommes, y compris les contingents recrutés dans les pays conquis.

En plus de ce chiffre, 1l faut faire entrer en ligne de compte 6 ou 7,000 auxiliaires, composés de Betsiléos, de Tamalas et d'Antsinidras. |

Un corps spécial d'ouvriers est adjoint à l’armée. Il remplit l'office de nos soldats du génie, et travaille, à la fois, et pour le gouvernement et pour la troupe.

Quant au service des vivres, 1l à été complètement oublié dans cette réforme, et n'existe même pas à l’état de projet. Avant d'entrer en campagne, chaque soldat emporte avec lui la provision de vivres qu'il juge nécessaire à son alimentation. Ceux qui ont des esclaves les chargent de leur en procurer.

On ne saurait évaluer le nombre des fusils et des canons fournis par les Anglais au gouvernement hova, depuis le commencement de la dernière guerre. Le général Digby-Willoughby prétend qu'au moment de la signature du traité, il aurait pu mettre en ligne de 40 à 50,000 Hovas, armés et disciplinés à l'européenne, plus

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