CHAPITRE VI
20,000 hommes munis de sagaies, appuyés de 20 batteries de campagne, formant un total de 120 canons. Il ne faut pas ajouter foi à ces vantardises. En tout cas, de pareilles assertions seraient tout à l'honneur des 2 ou 3,000 hommes avec lesquels nous avons tenu campagne pendant deux années, et occupé les points les plus importants de Madagascar.
Quoi qu’il en soit, nous savons que l'armement des forces hovas était exactement, au début des hostilités, de 8 à 9,000 fusils à pierre, de 600 carabines rayées, de 500 chassepots, de 5,000 sniders et remingtons, achetés au moyen d'un impôt extraordinaire, prélevé en 1882 : d'une mitrailleuse et de 9 pièces de campagne montées sur affût, de 90,000 lances et de quelques canons de gros calibre, les uns de provenance anglaise, les autres fondus à l'usine de M. Laborde, mais de faible portée, couchés, au ras du so}, à l'entrée de Tananarive, de Tarmatave et de quelques autres villes.
Les troupes hovas constituent plutôt une réserve qu’une armée active ; nous ne saurions mieux les comparer qu à nos réservistes. Car, si ce n’est 2 ou 3 mois, pendant lesquels elles campent sous la tente, et manœuvrent, tous les jours, aux environs de la capitale, et2 jours par mois d'exercice, elles restent tranquilles dans leurs foyers.
Les règlements de l’armée comportent diverses pénalités, plus ou moins sévères, suivant la faute commise. Si le soldat manque à la revue ou à l'exercice, il est fouetté avec une lanière de cuir, dont il recoit 10 coups pour la première absence, 20 coups pour la seconde, et ainsi de suile. Si le délit est d'une certaine gravité, le délinquant est condamné à piétiner la boue. d'une rizière, à porter des pierres sur sa Lêle, à prendre un bain dans l’eau glacée, à marcher dans un bourbier
marécageux. L'officier, pas plus que le simple soldat, n'est exempt de semblables peines, s’il a mérité d’être châtié. L'incorrigible est mis aux fers.
Le tir au fusil et au canon a lieu tout au plus une fois l'an. Les commandements se font en langue malgache. De temps en temps, il y a une revue sur la srande place de Mahomasina, ou champ de Mars; c'est généralement en présence du premier ministre qu elle a lieu avec toute la pompe voulue, etil n'est pas rare d'y voir assister 25,000 personnes. Les noms des ab-
sents et des malades sont pris par les officiers; les pa-
resseux sont réprimandés ou punis, les zélés obtiennent de l'avancement.
Dès qu'une guerre est imminente, aussitôt on convoque Îles troupes. Obéissant à cet appel, elles viennent camper tout près de Tananarive, où est fixé le rendezvous. Puis, lorsqu'elles sont au complet, elles se mettent en marche, sur l’ordre du premier ministre. La nuit venue, on dresse le camp, que domine, au centre, la tente du général en chef, et l'on poste, tout autour, es sentinelles avancées. Sur chaque territoire que l’on traverse, on réquisitionne des hommes pour transporter les munitions de guerre: quatre se chargent d'un canon, deux de l'affût, deux autres, chacun d'une roue. Pendant ces marches forcées, les ofliciers déploient la plus grande activité. On entend continuellement leur voix criarde stimuler les porteurs de fardeaux. Des marchands de toute espèce accompagnent la colonne; ils vendent aux soldats des vivres, des
ustensiles, tout ce dont ils peuvent avoir besoin pen-
dant la route.
Sans être dépourvu de courage, le soldat hova n'est pas animé de celte bravoure à toute épreuve, qui néglige la prudence et dédaigne le danger. Il va au feu