CHAPITRE VI
A partir d'Andevourante, le décor change à vue. On entre dans une région sauvage, accidentée, hérissée de pics dénudés, uniformément teintés d’un gris crépusculaire et produisant une impression de morne désolation. Alors, comme les Malgaches ne cherchent jamais à contourner les obstacles, la route devient un sentier de chèvres abrupt, qui serpente en lacets capricieux, dans la direction de l'ouest, à travers un amphithéâtre non interrompu de montagnes ou de mamelons, superposés en gradins et entrecoupés par des rivières infestées de caïmans, qu'il faut traverser en pirogue, quand les pluies les ont grossies. [l est juste de convenir, aussi, que plusieurs points offrent les sites les plus beaux qu’on puisse rêver, notamment lorsqu'on atteint la région de l’'Anäbamazoatra, ou grande forêt. Là, au milieu d'arbres séculaires, des cascades se précipilent d’une hauteur prodigieuse sur des rochers cyclopéens, et se transforment en rivières d'une limpidité de cristal.
Si la direction des chaussées n'existe pas à Madagascar, faute de chaussées, la direction des ponts n'est pas un mythe; elle relève du ministère de l’intérieur. Quelques rivières importantes sont enjambées par des ponts, et des ponts très solides. Nous avons décrit, dans un précédent chapitre, au sujet d’un voyage de Ranavalona If, comment on les construit. Quand on vient d'en jeter un, on l'inaugure par de grandes réjouissances, mais il est interdit à quiconque d'y passer, avant la reine. Or, si la reine n’a jamais l'occasion de le traverser, les populations riveraines sont condamnées à ne jouir que de sa contemplation platonique.
On cite comme une curiosité le pont jeté sur la rivière Matsiatra, à quelques heures de Fianarantsoa. Il
est large de 130 à 140 mètres, muni de parapets et - soutenu par 22 arches.
Service postal. — Le service postal se fait régulièrement, par des courriers militaires que le gouvernement hova expédie aux gouverneurs de ses provinces. Une lettre met de 7 à 8 jours, pour parvenir de l'ananarive à Tamatave. Un service postal fonctionne, deux fois par mois,enltre Tamataveetl Andévourante, Vatomandry, Mahanaro,Mahéla et Mananzary.— Diégo-Suarezest mis en communicalion, tous les 28 jours, avec la France, par les grands paquebots de Ja compagnie des Messageries marilimes, vià Obock et Zanzibar.
De Tamatave, les leltres à destination pour l'Europe sont prises par le paquebot des Messageries maritimes, qui, depuis 1885, fait le service entre l'ile de la Réunion, les postes francais de la côte, les Comores, et Mozambique, pour, de là, être remises au paquebot de la ligne de Marseille à Nouméa, et vice versa. Le paquebot va, en un jour, de Tamatave à la Réunion, el, en dix-huit jours, de la Réunion à Marseil!'e.
D'après une nouvelle convention, passée entre le gouvernement français et la compagnie des Messageries maritimes, le paquebot faisant le service entre Marseille et Nouméa débarquera à Mahé (iles Seychelles) le personnel el les marchandises à destination de Bourbon, Maurice et Madagascar, pour continuer sa route sur l'Australie. Tout d'abord, le paquebot annexe se dirigera directement sur Bourbon-Maurice, d'où passagerset marchandises seront, après un deuxième transbordement, dirigés sur Tamatave, el autres ports. Nous espérons qu'avant peu ce paquebot inclinera un peu sa roule vers l’ouest — ce qui ne le détournera pas beaucoup — pour faire une petite escale, de deux ou trois heures, à Diégo-Suarez, qu'il est d’un intérêt si supé-
en