‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 88 sur 194 · CHAPITRE If · texte numérisé non relu

CHAPITRE If

Il résulte de leur extravasement, que partout où sy prête une dépression du sol, se forment des marais stagnants et même des lacs, occupant une étendue de plusieurs milles, du milieu desquels émergent parfois des îles charmantes. |

C'est surtout sur la côte orientale, de Tamatave à Sakalion, sur une longueur de 65 lieues, que l’on trouve, presque parallèlement à la côte, la principale chaîne de lacs.

Les uns sont isolés et séparés par des isthmes, sur lesquels les indigènes trainent leurs pirogues, quand ils vont de l’un à l’autre ; les autres communiquent entre eux ou avec les rivières voisines, déversant ainsi leurs eaux dans la mer par une bouche unique, placée souvent assez loin des confluents. Une simple bande de sable, large de quelques mètres, ou une plage gazonnée, plus ou moins parsemée d'arbres et d’arbrisseaux, leur üent lieu de ligne de démarcation. Pendant l’hivernage, ils ne sont pas navigables.

Comme nous le verrons plus loin, quelques-uns de ces lacs facilitent jusqu à Andévourante la route de Tamatave à Tananarive.

Après avoir quitté Tamatave, le premier lac que nous remarquons est le lac de Nossi-Bé (de la grande terre); il mesure 35 kilomètres de circuit, et offre un panorama véritablement enchanteur, avec ses îlots pittoresques, couverts d'arbres variés, peuplés d’une quanüté innombrable d'oiseaux au plumage multicolore. Une superstition se rattache à ce lac délicieux. En le traversant, les naturels doivent se garder d'ouvrir la bouche, dans la crainte de voir aussitôt apparaître Mahao, vieille sorcière fameuse d’après les traditions locales, et qui, à une époque reculée, aurait élu domicile dans un de ces îlots.

Nous relevons ensuite :

Le lac d’/ranga, de moindres dimensions que le précédent, dont il n’est séparé que par le petit isthme de Z'anfoutchi (terre blanche). Ce lieu a aussi sa légende. Un serpent monstrueux, un fangane, dont les replis pouvaient entourer plus de trois cents familles, décimait la population environnante. Déjà, un grand nombre d’indigènes avait péri, dans une mort affreuse, victimes des sept dards empoisonnés dont était armée sa terrible langue. Ému des ravages que causait un tel monstre et de la désolation qu'il répandait, à plusieurs milles à la ronde, Dératif, — le bon principe — résolut d'en purger la contrée. Muni d’une serpe proportionnée à la taille du colosse, 1l profita de son sommeil pour l’attaquer et trancher son corps en troncons qu'il dispersa dans la région. De nos jours, les Malgaches montrent encore avec une pointe d’orgueil la caverne qui servait d'antre au serpent, et l’étang où 1l se baignait. Ils prétendent avoir donné à ce lieu le nom de Tanfoutchi (terre blanche) à cause de la coulée visqueuse et blanchâtre que le hideux reptile laissait sur son passage.

Le lac Æassouabé, beaucoup plus vaste que les deux autres. Il mesure de 50 à 55 kilomètres de tour, et abonde en poissons et oiseaux aquatiques. Les naturels le disent habité par le Génie du feu : pour le traverser en toute sécurité, et conjurer les malignes intentions de son hôte dangereux, ils ont soin d'emporter avec eux des fanfoudis — charmes protecteurs.

Le lac ARassoua-Massaye, qui communique avec le précédent par un étroit canal, où les pirogues ont à peine assez d'eau pour naviguer. — Le lac Fenoarivo, le lac Rangazava et le lac Ztampo-lo.

Outre ces lacs côtiers, 1l en existe quelques-uns dans

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