DISTRIBUTION DE LA POPULATION
Chiffres. — La population de Madagascar n'atteint certainement pas 3.000.000; il est* même probable qu'elle ne dépasse guère 2.500.000 habitants. Car le dernier recensement, qui a dû, il est vrai, laisser en dehors le sud-ouest (pays Antandroy et Mahafaly), atteignait seulement 2.200.000.
Cette faible population est répartie très inégalement. L'Imerina à elle seule a 700.000 habitants, le Betsiléo 300.000. Ainsi deux provinces dont la superficie est 1/20 de Tilc entière contiennent à elles seules plus du tiers de sa population. Un autre coin très peuplé est la côte sud-est, les pays Antaimoro et Antaifasy en particulier; tous les voyageurs sont d'accord là-dessus. En revanche, les Be-tsi-misaraka qui tiennent 1.200 kilomètres de côtes sont 177.000, et les Sakalava ne doivent pas être plus nom- . breux malgré Tétendue de leur territoire. Le cercle d'Andriamena qui comprend les vallées moyennes de la Betsiboka et de le Mahajamba, a 2 ou 3.000 habitants.
Enfin il existe d'immenses étendues inhabitées. Il serait amphibologique de leur appliquer le nom de désert; car la seule partie de Madagascar qui ait un climat quasi désertique est précisément habitée, c'est TAndroy et le pays Mahafaly. Les solitudes malgaches sont bien arrosées, souvent très vertes ; ce sont simplement des terres vierges qui attendent leur premier habitant. Madagascar est en voie de peuplement.
Les solitudes n'atteignent nulle part la mer, elles sont toutes dans l'intérieur de Tîle, les côtes sont plus ou moins couvertes d'un cordon continu de population. C'est un fait qui tendrait à lui seul à faire rejeter rhvpothèse d'une population aborigène. Aussi bien n'y a-t-on pas trouvé trace de l'homme préhistorique, et c'est une lacune remarquable dans un pays où tant de gisements quaternaires ont été fouillés.
Presque toutes les soUtudes sont dans la moitié occidentale de l'île. Une ligne médiane, tirée du cap d'Ambre au cap Sainte- Marie, sépare deux parties de l'ile très inégalement peuplées. La moitié orientale contient, avec l'Imerina et le Betsiléo, une douzaine de tribus, soit 2.000.000 d'habitants peut-être; la moitié occidentale n'a guère que trois tribus : Sakalava, Mahafaly et Bara, 500.000 habitants peut-être. C'est un fait dont il faut rapprocher cette violente « poussée vers l'ouest » historiquement constatée à Madagascar depuis trois cents ans.
La poussée vers l'ouest : Sud de l'île. — A propos des conquêtes arabes on a déjà donné sur la poussée vers l'ouest des détails circonstanciés qui tous concernent le sud de l'île. On connaît l'invasion Sakalava partie du pays d'Isaka sur la cote Est; elle a probablement franchi les hauts plateaux aux cols de Midongv; parvenue sur le bas Maiigokv, elle s'est divisée en deux courants qui ont longé la cole ouest en se tournant le dos; l'un a donné naissance au royaume Mahafalv, Tau Ire aux deux grands royaumes Sakalava de Menabe cl de Bouéni.
Antérieurement à la con(piète Sakalava on peut même retrouver des traces, à vrai dire moins historicjuement nettes, d'immiirrations venues de l'Est. La dynastie Andraivola du Fiherencfa, qui est plus ancienne que la dynastie Maro-seranga du Menabe, du Bouéni et du Mahafaly, a probablement le môme berceau, quelque part sur la côte sud-est. La tribu pré-Sakalava qui semble avoir été la plus importante au Menabe, et sur laquelle Lahi-fotsy gagna une bataille décisive au nord du Mangoky, était
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celle des Antaiigandro, dont les traditions nous disent qu'elle était apparentée aux Betsiléo.
On sait déjà que les Bara, conduits par leurs chefs Zafi-Manelo, viennent des embouchures de la Mananara, qu'ils ont franchi lo col d'Ihosy et qu'ils sont venus à la cote ouest talonner l'arrièrC' garde des Sakalava.
On sait qu'ils sont eux-mêmes, sous nos yeux, refoulés à l'arrière par une invasion nouvelle de tribus orientales Tanala, dont les bandes les plus avancées sont déjà parvenues au nord du Mangoky et jusque sur la Tsi-ribihina.
Les Antai-vondro ont débordé hors des limites de l'Ivondro, leur patrie, sur les vallées du bas Onaivo et du haut Oni-lahy. Les Antanosy de Fort-Dauphin ont envoyé une très forte migration sur l'Oni-laliy moyen, pour ne pas parler des Manambia et des Zafi-maro-za qui semblent, eux aussi, obéir à la poussée vers l'ouest.
D'une façon générale la distribution actuelle de toutes ces tribus est bien curieuse; elles s'allongent en traînées, en trajectoires, dans le prolongement des cols d'où elles ont jailli. Les tribus Bara, Tanala, Antai-vondro s'allongent d'El3t en Ouest depuis le grand col de la Mananara.
Au col de Midongy semblent se rattacher les alignements des villages Manambia, Zafy-maro-za, etc. Les vallées du Tomampy, de rOnaivo, du haut Oni-lahy (Mangoky), si régulières, si encaissées et si rectilignes, sembleraient devoir être chacune le domaine propre d'une tribu : au contraire, le cours inférieur de ces trois rivières appartient aux Antai-vondro, lecourssupérieur à d'autres tribus différentes et hostiles aux Antai-vondro, les Antai-saka de Midongy (apparentés aux Sakalava), les Zafin-dra-vola du haut Onaivo (probablement apparentés aux Zafm-dra-vola du Fiherenga), enfin les Zafi-maro-za. C'est que les cours inférieurs sont dans le prolongement du col de la Mananara, les cours supérieurs du col de Midongy.
Nord de t de. — Dans le nord de l'île, c'est encore dans le même sens que s'exerce la poussée, à travers les cols de l'Androna et du Si-hanaka.
Tsi-mUhely, — Les frardiens du col de TAndrona sont les Tsi-miliely, ceux « qui ne se coupent pas les cheveux ». D'après M. Jully, qui le tient d'eux-mêmes, les Tsi-niibety sont orig^inaires de la côti! Est ; un détail du costume féminin rend le fait vraisemblable : « les femmes », d'après Bouccabeille, « portent une petite veste qui leur arrive à peine aux reins ». Ce sont les tf brassières » dont parle déjà Flacourt et qui sont encore aujourd'hui aussi souvent portées sur toute la cote Est, qu'elles sont inconnues dans l'ouest.
Le centre de la tribu Tsi-mihety semble être aujourd'hui dans le col même, à Maro-tandrano, à Mandri-tsara, à Be-fandriana ; mais l'ancien royaume d'Androna s'étendait plus loin au nord, le long de la cote ouest, il embrassait l'Ankara, et les Tsi-mihety actuels Cimserveiit encore la traditi(m de leur ancienne grandeur, si j'en juge par un souvenir personnel. En 1892, j'ai entendu les lamentations d'un indigène de Be-fandriana qui regrettait le temps où nous autres Be-tsl-niisaraka étions maîtres de tout le pays jus(|u'à Majunga.
C(>s vieillr's traditions do rAndrona n'ont jamais été recueillies sérieiisoiiuMil; à en jngor pourtant par le peu que nous savons, il semble bien qu'il y a deux siècles, les ancêtres des Be-tsi-misaraka, par le (^ol de TAndrona, ont peuplé une partie importante (le la côte nord-ouest.
Si-hanaka. — Les Si-hanaka, gardiens d'un autre col ou syslèni(' d(; cols, se sont très nettement, eux aussi, étendus vers Touest. Ils ont toujours été très mêlés à la vie de la côte Est, Flacourt les connaît très ])ien, quoique ses émissaires ne se soient jamais éloignés cliî la côte nord-est. Leur habitat est essentiel*lement aux bords du lac Alaotra, coninie Tindique leur nom, « les gens du lac ». Mais les Si-hanaka ne sont pas restés conlînés
dans la cuvette du lac. Depuis roccupatiou française et les mouvements de troupes qu'elle a occasionnés dans la région, on s'est rendu compte que les Si-lianaka se sont répandus sur une partie considérable de Touest. L'Alaotra qui est un tributaire de l'océan Indien, se déverse ethniquement vers le canal de Mozambique par les deux grandes vallées de la Mahajamba et du Be-marivo.
Au nord de TAlaotra et en communication facile avec lui se trouve la cuvette marécageuse et peuplée d'Anosim-boa-liangy, qui est elle-même en relations étroites avec la belle plaine d'aïluvions de Lani-hay traversée parle Be-marivo (1). I ani-hay communique avec le Bouéni par les gorges de Maso-koamena dont le capitaine de Bouvier écrit : a c'est une trouée ouvrant une communication naturelle entre les régions d'Am-baton-dra-zaka et le Be-marivo... Cette trouée a été le chemin de l'invasion silianaka ». Aussi à Mampi-komy et d'une façon générale sur le cours inférieur du Be-marivo, on a trouvé des colonies de toutes les races sans doute, mais où dominaient les Si-hanaka, ils vont jusqu'à Be-lalitra, près du confluent du Be-marivo avec la Sofia.
Les mêmes phénomènes s'observent dans la vallée de la Mahajamba.
Un petit nombre de centres peuplés y sont échelonnés en chapelets le long du fleuve et de ses aflluents : (celui de Tsilalan-arivo, celui d'Ampand-rano, les agglomérations très rapprochées de Be-tandraka, de Tsara-tanana et de Maro-papango). Les indigènes se donnent le nom de Maro-fotsy, mais il n'est pas douteux qu'ils soient de provenance Si-hanaka. En 1876 le R*' Moss qui a traversé la région, mentionne que les riverains de la Mahajamba se disent « descendants des Si-hanaka ». 11 a vu des monuments funéraires semblables en tous points à ceux de
(I) .(. A., 1890, p. 478. llanning, Lanihay.
TAlaotra (1). Sur la date et la cause de deux au moins de ces migrations Si-haiiaka nous sommes exactement renseignés par les traditions locales.
D'après les Tantara, sous le règne d'Andria-mpoin-imerina, un groupe de Si-hanaka, après une guerre malheureuse contre les Merina, émigra sous la direction de Tehana, un vieux sorcier « fort en amulettes;... ils allèrent s'établir au nord d'Ampamoizan-kova jusqu'à An-ala-vory », c'est-à-dire dans le bassin de la Mahajamba.
Au temps où Jiadama conquit TAlaotra, une seconde migration se produisit sous la direction d'Andrian-ombe-laza, fils du roi Si-hanaka : « Le vieux roi supplia son fils de rester, dit le le docteur Marleau-Pbnty qui a recueilli la tradition; mais rien n'y fit et Andrian-ombe-laza persista dans sa décision. Son père le maudit alors en lui disant : « Tu ne reverras pas la terre de tes ancêtres, tes restes ne viendront pas reposer dans le tombeau de tes aïeux. Le vent du nord te chassera au sud, le vent du sud te chassera au nord. Les hommes qui te suivent vivront comme des bcHes sauvages, sans famille et sans foyer. » Telle est, dit la légende, l'origine des Maro-fotsy, qui n'ont jamais de demeure fixe ef qui vivent nomades, de rapines et de vols (2). »
En faisant aussi grande qu'on voudra la part de la cristallisation après coup dans la légende ainsi rapportée, il est évident qu'Andrian-onibe-laza a existé et qu'il a émigré.
Manendy. — Les sources de la Betsiboka ont ajjpartenu autrefois aux Si-hanaka; les Merina d'Andria-mpoin-imerina les ont délogés au commencement du siècle du voisinage d'An-jozoro-be. Mais la Betsiboka semble avoir été plus particulièrement la voie de migrations des Manendy. Les Manendy sont, à proprement parler, les habitants de l'Anati-volo (dans les bambous).
(1) Moss. Ovev Swanïp, moor and m oit nt a in, A. A., n :?, lîSTC», p. 1 1'2, et Pearsc. Ciistoms connected wilh dealli among tlie Si-hanaka, A. A., ir (». liS8'2, p. 15^1.
(2) Xoleii et /'J.rplnralions, 3n juin 18!>7, p. :^l(i.
On appelle ainsi une province marécageuse au nord de rimerina où coulent avec la Be-tsi-boka elle-même le Jabo et TAmparibe, ses tributaires. Les Manendy ont essaimé, par la vallée de la Uetsiboka, sur tout le lîouéni; on les retrouve jusque dans TAmbongo.
Ainsi le col de TAndrona, les vallées du Be-marivo, de la Mahajamba ont continuellement déversé dans les plaines de Touest des populations orientales.
Sakalava. — Pendant tout le dix-huitième siècle, ces grands courants de migration ont été pourtant arrêtés et môme refoulés par le royaume sakalava de Bouéni. Ces conquérants sakalava, partis eux aussi de la côte Est, après avoir traversé toute Tîle dans le sens de la longueur, sont venus, par un curieux remous, rejeter d'Ouest en Est d'autres populations orientales. Ils ont annexé l'Androna, assujetti plus ou moins les Si-hanaka et les Manendy. Les Sakalava traversant le col de TAndrona sont venus se faire battre par Benyowski dans le voisinage de la baie d'Antongil. (( Cunifaloues (?), dit Benyowski, maître de la province Santianak, avait été pendant dix-huit ans tributaire des Seclaves, qui souvent avaient ravagé son territoire, sous le spécieux prétexte de recueillir le tribut (1). »
Le nom de Lani-hay, porté par la haute vallée du Be-marivo, signifie littéralement a la plaine vide ». Les habitants actuels ny sont venus en effet que depuis une dizaine d'années; auparavant a les plus vieux indigènes ne se rappellent pas avoir vu de village à Lani-hay ». Cependant l'Anglais Hanning en cherchant de Tor a trouve « de vieilles poteries,... une sagaie bien conservée... le tout à une profondeur d'environ trente-cinq pieds*, sous les racines d'arbres énormes hauts de quatre-vingts à cent cinquante pieds ». Les poteries et les sagaies sont semblables aux produits actuels de l'industrie malgache, et un ouvrier de
(l) Benyowski, p. 385.
llanniiig aurait même trouvé une pièce de monnaie; tous faits qui excluent Tliypothùse d'une extrême antiquité malgré l'épaisseur de la couche de sol superposé. Ailleurs Hanning a trouvé « remplacement d'un ancien village fortifié entouré de cinq fossés... semblant avoir renfermé 150 maisons environ ». Les habitants d'Anosim-boa-hangy attribuent ces ruines à une ancienne population a très antérieure î\ Radama I d. Il n'est donc pas douteux que Lani-hay fut habité autrefois, puis abandonné, probablement dans le courant du dix-huitième siècle.
On peut, avec vraisemblance, attribuer ce recul de la population aux ravages des Sakalava. Kn tous cas, les hfibitants d'Anosimboa-hangy sont aujourd'hui métissés de Sakalava. On peut en dire autant des Maro-fotsy de la Mahajamba. Les Tsi-mihcty se discMit parfois et sont en effet, au point do vue politique, des Sakalava.
Sur la Betsiboka les indigènes d'Ant-satrana, Am-bodi-amontana se disent Sakalava; il est vrai qu'ils portent aussi le nom de Maro-fotsy, et c'est assurément une population très mélangée.
Le nom mémo de la Be-tsi-boka témoigne de l'influence acquise par les Sakalava dans la presque totalité de sa vallée. Il est tout récent; le fleuve s'est appelé Mananara juscpie vers le milieu du dix-neuvième siècle; Flacourt, Drury, Oweii, Tauteur de la carte marine, et Guillain ne Tonl connu que sous ce nom, les Mcriua l'ont d'ailleurs conservé à la partie supérieure, en amont d'Antsatrana. Les Sakalava ont taboue le nom de Mananara et lui ont substitué celui de Be-tsi-boka, ce la grande eau douce ».
Migration merina, — Retourné pendant le dix-huitième siècle par les Sakalava, le courant de migrations a repris au dixneuvième siècle son sens (^st-ouest. Ce sont les Merina qui, depuis près d'un sièch», se sont déversés par toutes les vallées Si-hanaka dans le Bouéni.
Le prélude a été la conquête del'Alaotrapar Hadamal. Puis, en 1824, le Bouéni fut conquis en une seule campagne. L'armée d'in-
vasion descendit par les vallées de la Mahajamba et de la Betslboka; le point de ralliement, où se massa l'attaque, fut An-alavory, entre les deux fleuves, aux sources du Kamory. Ces riches vallées Maro-fotsy, partiellement peuplées, riches en bétail, ont été une condition essentielle à la réussite de Texpédition; Tarmée a pu s y ravitailler. Elles ont été par la suite une voie très fréquentée par les émigrants merina. La voie directe de Tananarivo à Majunga suit Tlkopa, c'est celle d'Andriba, et du corps expéditionnaire, la plus connue des Européens. C'est la plus courte, celle des courriers; elle est tout indiquée pour un tracé de chemin de fer et ou l'a déjà rendue presque carrossable; mais pour les Merina elle n'a été qu'une coursièrc à travers des plateaux arides; la voie des peuples est d'ailleurs dans les vallées riches et habitables de la Betsiboka, de la Mahajamba, du Be-marivo; c'est par là que s'est faite une infiltration ethnique très importante.
Sur les bords de l'Alaotra, l'ancienne population Si-hanaka a été submergée par l'immigration merina. « Les Si-hanaka hova », (dans le sens de Merina), « sont les plus nombreux, » dit le D*^ Merleau-Ponty ; il ajoute « les Si-hanaka purs sont de plus en plus rares, on en rencontre encore à Anororo ». Stribling, qui donne un renseignement concordant, ajoute des détails sur la situation d'Anororo. « Situé au milieu d'un marais, Anororo est littéralement inondé pendant la saison des pluies. En mars 1889, l'eau monta à trois pieds au moins dans l'intérieur des maisons. Dans ces circonstances, les gens ont l'habitude de construire un radeau qui monte et descend avec l'inondation, c'est là qu'ils vivent jusqu'à la fin des pluies qui les ramènent sur la terre ferme. » Anororo est un refuge de sauvages. Les habitants des gros villages, Am-baton-dra-zaka, Am-parafara-vola, sont en très grande majorité Merina, et ces citadins ont une foule de plaisanteries traditionnelles sur la simplicité des Si-hanaka d'Anororo; on les accuse de prendre le miel pour un produit végétal et le manioc
pour une déjection animale, l^es bords de TAlaotra sont donc devenus une véritable colonie merîna.
Au nord de TAlaotra, les Merina avaient un poste militaire à Anosim-boa-hangy, et un autre récemment fondé à Lani-hay qu'ils ont reconquis sur la solitude.
Ils avaient aussi quelques postes militaires dans les vallées de la Mahajamba et de la lîetsiboka; et tout cela constituait avec leurs postes du Bouéni un réseau un peu lâche de forteresses. Mais les Maro-fotsy comme les Sakalava échappaient à une sujétion réelle par leur vie nomade et pastorale, ils n'étaient pas en main et conservaient leurs habitudes de brigandage. Aussi leur pays n'a-t-il pu devenir, comme TAlaotra, une région de colonisation merina, paisible et oiTicielle. L'influence ethnique des Merina n'en a pas moins été considérable. Ce pays à demi soumis est devenu le refuge par excellence i\os esclaves marrons, des soldats déserteurs, de tous ceux, comme dit Ilanning, « qui avaient une tache à leur réputation ». Le nom même de Maro-fotsy est significatif; il faudrait emprunter au patois créole de Bourbon la traduction de ce mot : Maro-fotsv, « les t^frands marrons ». Les esclaves betsiléo échappés de Tlmerina se sont établis en grand nombre dans les vallées de la Mahajamba et du Ho-marivo.
Aussi le coin <hi Bouéni où débouchent ces vallées n'est-il Sakalava que de nom ; tout le quadrilatère inscrit entre les hauts plateaux, la Sofia et la Mahajamba, ol dont le Be-marivo forme grossièrement la diagonale est au milieu de rouest une enclave de populations orientales, Merina en particulier. « Dès qu'on a dépassé la Mahajamba, dit le capitaine de Bouvié, un changement complet s'opère dans l'aspect extérieur de la population... Les indigènes sont moins grands, leur teint [)lus clair, leurs traits plus arrêtés. Les habitations ont du confortable et même de Télégance ; elles témoignent d'un désir définitif d'établissement ([u'on chercherait en vain dans les cases rudimentaires des Sakalaves. Dans tous les centres, le dialecte hova est le langage le plus ré-
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paiidu. Les parties des villages habitées par les notables, ou les gens jouissant de quelque aisance, étaient construites en pisé (1). » De Bouvié parle de a vastes cultures très prospères, k long du Bc-marivo. C'est le grenier à riz de la région, les pirogues nombreuses cachées dans les hautes herbes témoignent de l'importance des exportations ». Drury mentionne aussi les cases en pisé, la prospérité agricole exceptionnelle. « Quant aux travaux de culture qui font de cette région un véritable grenier à riz, ne serait-ce pas à l'élément betsiléo et hova qu'il faudrait en donner le mérite?... il est bien probable que ce sont les représentants de ces deux races qui ont poussé à une culture aussi étendue (2). »
Aussi le Bouéni est la seule partie de Tîle hors de l'imerina qui ait pris part à l'insurrection de 1896, c'est-à-dire à Tinsurrection merina. Elle a éclaté d'abord dans les hautes vallées de la Betsiboka et de la Mahajamba en pays maro-fotsy, pour gagner de là rimerina au sud et le Bouéni au nord; les Merina émigrés ont rivalisé de patriotisme avec la province-métropole et même ce sont eux qui ont pris les armes d'abord.
Au Bouéni, les chefs de Tinsurrection étaient tous des Merina, fonctionnaires de la reine; et leurs soldats n'étaient pas des Sakalava : voici ce que dit le capitaine de Bouvié qui a pacidé le pays : « Alors qu'un chef considérable de Maro-voay (Sakalava par conséquent) qui accompagnait la colonne de pénétration et dont l'innuence devait être mise à profit pour provoquer la soumission était impuissant... les premiers chefs soumis, Si-hanaka et Betsiléo, obtinrent le désarmement et la rentrée de groupes importants. »
En résumé, dans une partie considérable du Bouéni (And-ranolava, Maro-moka, Mampikomy, Be-lalitra), la population sakalava est noyée au milieu d'immigrants Tsi-mihety, Si-hanaka, Be-
(1) De Bouvié. De Marovoay à la Mahajaiiiba, \otes et ExpL, p. tW. (•*') iHiriiy. \otes et Expi, p. 435.
tsiléo, Merina. Nous saisissons là sur le fait les résultats de la poussée vers Touest.
Be-mihimpa, Betsiléo du Betsiriry.
Elle se fait sentirjusque dans les royaumes sakalava qui avaient échappé eoniplètement au joug politique des Merina, au Menabe et au Mailaka. Le Betsiriry n'est Sakalava que de nom. Les Betsiléo y constituent le fond de la population; ce sont des évadés de la corvée, des esclaves fugitifs et des déserteurs qui sont descendus par la vallée de la Mania.
Les Merina du Mandri-drano et du Mamola-kazo sont venus aussi en assez grand nombre grossir la population sakalava. L'émigration s'est faite en une fois ; l'assassinat de Radama II (en 1862) a provoqué en Imerina une insurrection qui fut particulièrement violente aux environs du lac Uasy, dans les provinces du Mandridrano et du Mamola-kazo. La répression fut terrible et les vaincus émigrèrent dans Touest. Ils semblent avoir formé deux groupes. L'un descendit le Mahajilo et se fixa au Betsiriry, sur la rive droite du Maliajilo, à Tsi-afi-aloke en particulier. L'autre passa le Famoizan-kova, chemina par les liantes vallées du Mahavavy et de ses allluents, et se fixa sur le haut Manambaho; sur le haut Rano-be, le haut Samhao, U' Mahavavv Les émiii^rés Merina de 1862 se donnent le nom de Be-mihimpa, « h^s éparpillés ». Le grouj)e du nord, en particulier celui du Manambaho, est le plus important (villages d'Am-l)ala-rano, Mora-feno-be, etc.). 11 couvre un espace de terrain considérable, la plus grande partie de la vallée du Manambaho, toute celle de son gros allluent le Be-marivo; le groupe Be-mihimpa de Boka-rano, aux sources du Mangomba, esta une cinquantaincMle kilomètres seulement de Maintirano. Les Be-mihimpa du Manambaho ont mélangéleur sang avec celui de la famille rovale sakalava ; le roi Tsisatrav du Mailakaétait
fils d'une émigrée merina. Les Be-mihimpa se sont iiatunilisés Sakalava au point de guider toutes les expéditions de brigandage contre leur pays d'origine. Ils ont pourtant gardé de leur origine merina un sens plus vif pour la vie sédentaire et agricole ; ils jouent au Mailaka un grand rôle économique.
Makoa. — En somme, dans le nord comme dans le sud, on ne trouve trace depuis trois siècles que de migrations orientales Tsimi-hety, Si-hanaka, Manendy, Sakalava, Merina; tous les éléments constitutifs connus de la population occidentale sont venus de TEst, à une exception près pourtant, Télément africain. Les Africains de la côte ouest portent tous le nom de Makoa, qui est, si je ne me trompe, le nom d'une tribu dans le Sud-Afrique. Les Merina, lecteurs de manuels de géographie européens, leur donnent le nom de masom-bika (litt. yeux-figure), ce qui ne signifie rien du tout, mais qui est un jeu naïf sur le mot Mozambique (1).
Les Makoa ont tous été importés par les négriers arabes : peutêtre même le sont-ils encore; en tout cas, jusqu'à Toccupation française, quelques ports de la côte ouest, Mainti-rano et Tamboho-rano en particulier, ont vu décharger annuellement un millier peut-être d'Africains fraîchement asservis. Tous proviennent du Mozambique, ce qui tient apparemment à ce que, en matière d'anti-esclavagisme, le gouvernement portugais est le plus indifférent des gouvernements européens. Il est vraisemblable qu'autrefois tous les points de la côte africaine étaient mis à contribution.
Les Makoa tranchent vivement sur la population noire malgache. Ils ont la peau plus foncée et luisante, les lèvres, le nez et les cheveux du type franchement nègre; les Malgaches en ont parfaitement conscience et leur donnent parfois le sobriquet de zara^
(I) C'est ainsi qu'ils font du mot anglais é/sAo//, évùque, le mot malgache be-sopy^ plein de soupe, sans aucune intention irrévérencieuse, mais par un simple besoin phonétique et mnémotechnique de ramener les mots étrangers à des racines malgaches.
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manga, les enfants bleus ; jamais ils ne leur appliquent répithète AamaifUy, noir, qu'ils se réservent à eux-mêmes. Quelques Makoa conservent encore, dans une certaine mesure, Tusage de la langue africaine entre eux.
Tous pourtant parlent le malgache , adoptent les coutumes malgaches, et s'assimilent. Ils jouent à la côte ouest et plus spécialement nord-ouest un rôle considérable; d'autant que, inférieurs aux Sakalava en intelligence, ils leur sont très supérieurs en endurance au travail, et même en bravoure.
Dans toutes les parties de l'ouest où l'influence merina est prépondérante, les Masom-bika ont été libérés, ils se sont groupés en villages et se sont donné des chefs. Même chez les Sakalava indépendants, aux portes de Mainti-rano, le marché aux esclaves par excellence, une évolution analogue s'est produite. On ne les a pas libérés, mais les rois et les chefs sakalava ont apprécié leurs qualités militaires et les ont enrégimentés en gardes du corps : à partir de ce moment, il a fallu compter avec eux. Ils restent les esclaves du roi, ce qui est une façon de ne l'être de personne : on leur a concédé pour vivre les plus riches terres d'alluvion du Mailaka, ils s'y sontgroupés en villages, et ils ont donné ù leurs cultures un aspect africain; ils plantent, de préférence au riz, le sorgho et le maïs. Quelques-uns d'entre eux arrivent à être politiquement les maîtres. Dans une partie du Mailaka, auprès de Taïuboho-rano, le véritable souverain, sous le nom du petit roi Jabelo, était le Makoa, son père nourricier, général de ses armées. Le roi du Menabe, Ingereza, était fils d'une mère makoa, qui avait pleinement conscience de son importance de madamemère.
Les a enfants bleus » sont peut-être plus prolifiques que les Sakalava; au Mailaka, on ne voit qu'eux; le Sakalava semble être en voie de disparition, submergé d'un (;ôté par l'élément africain, et de l'autre par les immigrants merina.
Peut-être y eut-il un temps où des Vazimba, prédécesseurs
des Makoa, foiulèrenl sur les sommets alors déserts de TJmeriiia une tribu d'esclaves marrons?
Obstacle apporté par les masses montagneuses compactes
à la poussée vers Touest.
Taudis que les systèmes de vallées transversales ont été les voies naturelles des migrations, il est intéressant de constater (juel obstacle les masses montagneuses compactes ont opposé à la poussée vers Touest, et quelle déviation elles lui ont fait subir.
On sait qu'il y a dans les hauts plateaux malgaches deux tronçons particulièrement élevés et massifs, où l'altitude maximum dépasse 2.000 mètres : Tun est à l'extrême nord, ce sont les montagnes où la Sofia et le Mahavavy prennent leur source dos à dos; l'autre est au centre, c'est celui d'Imerina-Betsiléo, couronné par l'Ankaratra.
Massif de la Sofia-'Mahavavy, — Le premier est encore bien mal connu, cependant on en sait assez pour conclure à son étanchéité aux migrations. La seule agglomération humaine que renferme cet énorme massif semble être celle de l'Ankaizina, littéralement la plaine féconde. C'est en effet le fond d'une large cuvette marécageuse et par conséquent fertile, aux sources de la Be-alana, affluent de droite du Maiva-rano. C'est une vaste plaine, « défrichée actuellement en partie seulement... ; mise en valeur, elle ferait de Be-alana le grenier à riz de tout le nord-ouest... une partie de cette plaine n'est pour le moment qu'une suite de marais infranchissables (1) ». La cuvette est à 12 ou 1.300 mètres d'altitude, elle est entourée d'une ceinture de hautes montagnes, sauf à Touest, direction dans laquelle s'écoulent les rivières. La population de l'Ankai-zina est très
(I) Duiniy. L. c.
mélangée; on y a vu des représentants de cinqraees difTérentcs : Sakalava, Makoa, Tsi-miliety, Si-hanaka, Merina; c'est le mélange liabituel dans tout le Bouéni à Touest de la Mahajamba. Il n'est pas question des He-tsi-misanrka, qui, à vol d'oiseau, sont pourtant d'assez proches voisins, mais de raiitre côté des hautes montagnes. Les relations habituelles de TAnkaizina sont avec Be-fandriana et leSambirano; c'est, à proprement parler, Tétape de la coursière en montagnes qui réunit ces deux régions riches et peuplées. C'est aussi, au-dessus des plaines de l'ouest, un bastion qui a servi alternativement de blockhaus aux gendarmes et de repaire aux voleurs. Les Merina y avaient un poste, et, lors des troubles de 1898 qui désolèrent le nord-ouest et la vallée du Sambirano en particulier, TAnkai-zina fut le refuge des insurgés.
En dehors de ce point où vit, sur le premier gradin de la chaîne, une petite population de relations exclusivement occidentales, les hautes montagnes du nord sont inhabitées. L'itinéraire Bouccabeille de Mandri-lsara au bas Mahavavy ne traverse de villages que dans la région de TAnkai-zina; partout ailleurs, ce sont des solitudes. La mission Bouccabeille a dû surmonter des dilTicultés pratiques, provenant de l'absence de sentiers fréquentés; elle a dû s'ouvrir parfois un chemin à la hache et au
pic (I).
En somme, la vie a contourné le grand massif du nord sans y pénétrer.
Massif Bétsiléo-Merina.
On distingue avec plus de détails rinfluence du massif central (iMerina-Betsiléo) sur la distribution de la population. A l'est du massif, c'est-à-dire en avant de l'obstacle par rapport au sens de la poussée, trois minces rangées de tribus s'allongent, semblant
(1) Bouccaboille. A. ( ., p. 100.
s'aplatir Tune contro Tautre; ce sont trois zones ethniques superposées, et étagées k des altitudes croissantes. Entre Tocéan et la première chaîne sont les Be-tsi-misaraka, entre la première et la seconde les Be-zano-zano, et les Tan-ala, sur le second et le dernier gradin les Merina et les Betsiléo. Chacune de ces zones peuplées est dix fois plus longue que large, environ 600 kilomètres sur 60. Cette curieuse disposition fait songer aux lignes de dépôts que laisse un courant, h la rencontre de Tobstacle qui le force à se partager.
On sait en effet combien Tascension de ce double gradin boisé est difficile . La route de Tamatave fait un grand détour vers le sud, jusqu'à Andovo-raty, pour chercher un passage. Les Bezano-zano, d'après leurs traditions, descendent en partie des Betsi-misaraka; mais ce n'est pas à Tamatave qu'ils se rattachent, c'est au bas Mangoro (1); ils sont venus du sud et non pas de l'est. L'orographie est telle que les migrations y sont faciles dans le sens de la longitude, difficiles dans celui de la latitude.
Solitude du Bongo-lava.
Si nous considérons maintenant le versant ouest du massif Merina-Betsiléo, celui qui est à l'abri de l'obstacle par rapport au sens des migrations, nous le trouvons désert. C'est là que se trouve la solitude la plus énorme de beaucoup de toute l'île, celle du Bongo-lava.
Les solitudes ne sont pas rares à Madagascar : la loi de leur distribution est simple, elles forment frontières entre les tribus hostiles; dans un pays où l'étendue de la terre arable est disproportionnée au nombre des habitants, chaque tribu se resserre sur elle-même pour mieux résister à ses ennemis. Il en était
(1) Maillard. Lo pays Bo-zano-zano. .Vo/^s f/ F.rpt.,^\ d«^ccmbro I8t)6<, p. 1591.
ainsi dojù chez les Germains de César : maximam putant esse laudem^ quant latissime a suis fin ib us vacare agros. C'est ainsi qu'il existe (les bandes inhabitées entre les Sakalavadu Fiherenga et les Bara-Imamono, entre les Bara-Vinda et les Antaivondro, entre les Antandroy et les Antanosy, etc. Mais ce sont des déserts de dimensions médiocres, discontinus. Aucun ne supporte la moindre comparaison avec celui du Bongo-lava.
C'est une étendue invraisemblable, 400 kilomètres de long sur 200 minimum de large, une surface cinq fois plus grande que celle de l'imerina. Un voyageur partant de l'Imerina, du village frontière de Feno-arivo, et se dirigeant sur le cap Saint- André, ne trouve d'habitations un peu denses qu'au bout do 330 kilomètres à vol d'oiseau, en arrivant au Milanja; car les quelques villages à demi nomades du Makambahy (An-kilahila) ne comptent que pour mémoire. Quinze jours de voyage par les moyens de transport habituels, sans faire d'autres rencontres que celle des bœufs sauvages et des maques blanches, à qui l'éloignement de tout être humain a laissé une simplicité paradisiaque; c'est une route qu'il est amusant de suivre en songeant que les Bourbonnais comptent sur Madagascar pour se procurer de la main-d'œuvre. Dans le sens de la longitude, la solitude absolue comnuMice sur la rive gauche de Tlkopa et ne finit (ju'au Matsiatra.
Cette solitude immense est donc strictement limitée au versant ouest du massif compact Merina-Hetsiléo, elle cesse dès qu'on arrive aux grandes vallées transversales qui le limitent au nord et au sud; on ne peut donc pas méconnaître son véritable caractère : le désert du Bongo-lava existe parce qu'il n'y a à sa hauteur à travers les hauts plateaux aucune coupur*^ transversale profonde qui ait pu servir de voie aux migrations orientales.
Il est intéressant de voir quels efforts, inutiles en somme, les Merina ont fait dans le courant de ce siècle pour trav(»rser ce
désort ou pour Tentamer. Radama P"^ qui soumit le Bouéni en une seule campagne ne put jamais venir à bout du Menabe, il fut arrêté non par la résistance des Sakalava, mais par la faim à la traversée du Hongo-lava. De ses trois ou quatre expéditions au Menabe, la plus connue est celle de 1821, dans laquelle il fut accompagné par l'agent anglais Hastie. a La fièvre et la famine décimèrent les troupes. On a calculé qu'il mourut au moins 25 ou 30.000 hommes presque tous de faim. Radama lui-même et Tagent anglais n'eurent, pendant huit jours, que quelques poignées de riz et le maigre produit de leur chasse. Les soldats tombaient sur la route (1). » Aux armées merina, dépourvues d'inten* dance, les solitudes du Bongo-lava ont fermé Taccès du Menabe. Si la faim arrêtait les armées, la peur retenait les individus, empêchait le progrès en tache d'huile des petits groupes colonisateurs. Malgré la distance, l'Imerina et le Betsiléo étaient une proie tentante pour les pillards sakalava. Pendant une moitié de l'année, la saison sèche, ils rôdaient dans le désert à l'affiU d'une occasion, déployant d'ailleurs les plus louables qualités d'endurance, vivant de racines pendant des semaines; n'allumant du feu que la nuit, car de loin un feu ne se distingue qu'î\ sa fumée, qui est beaucoup plus visible de jour. Ces expéditions finissent généralement par le vol d'un troupeau de bœufs, la surprise d'un village frontière endormi. Dès que le butin est fait, bétail et esclaves, on retourne aussi vite que possible au point de départ. Le troupeau des bœufs volés, aiguillonné à pointe de sagaie, enlevé pendant des centaines de kilomètres au trot accéléré par ces bouviers émérites que sont les Sakalava, arrive à l'autre bout du désert la croupe saignante, chancelant sur les pattes. Les Merina donnent au Hongo-lava le môme nom que les Arabes au Sahara : a le pays de la peur, taiiy matahotra ».
(1) Ellis. Ilistory of Mailagaacnr, II, p. 251.
Lo gouvornoment morina a pourtant esquissé au travers dos voios do piMiôtratiou, gardées par des postes militaires : Bevato, Tsi-roa-no-mandidy, Ankavandra et Manandaza dans lo nord; Midongy, Am-holii-nome, Janjina dans le sud. Mais ces forteresses ne sont guère devenues des centres de population. Be-vato et Tsi-roa-no-mandidy ont chacun 500 habitants dont une centaine de soldats. Be-vato a était, paraît-il, beaucoup plus peuplé autrefois. Il comprenait 5.000 individus avant les incursions des Sakalava du Menabe qui Tout ruiné (1) ». Ambohi-nome, quand j'y ai passé en 1894, venait d'être enlevé par une bande; Janjina avait h la même époque failli avoir le même sort. Ce sont des guérites.
Quelques forteresses merina ont existé sous Ranavalona F® dans le bassin du Sambao-velo, à Manerinerina, à Am-bohits-ambaniandro; elles ont dû être évacuées et il n'en reste plus que le souvenir conservé dans la momenclature locale.
Pourtant si la colonisation olTicielle a échoué, il ne faut pas oublier que les Betsiléo. déserteurs , et les rebelles Merina Bemihimpa ont en somme réduit Tétendue de la solitude; les contrées qu'ils habitent, le Betsiriry, le haut Manambaho, etc., dessinent des pointes très prononcées dans le désert. Ces conquêtes sur le vide, à travers le Bongo-lava, ont été faites au profit des Sakalava, pour qui le Betsiriry et Makarainga étaient des positions avancées précieuses dans leurs expéditions do brigandage. Elles n'en témoignent pas moins que la poussée des migrations orientales commence ù entamer le grand désert.
(h Coiiit«^t. Do Tananiirivo à Ankavandi-a. \olrfi cl Erf»!.^ V' A'vrior 1S<»7, p. U.