Madagascar et la mission catholique
On s'explique malaisément comment Madagascar, une proie si riche, une position si forte dans l'Océan Indien, a pu échapper jusqu'ici aux convoitises européennes. Autrefois surtout, quand elle commandait l'unique route des Indes, elle formait un point stratégique dont les flottes Portugaises auraient dû, semble-t-il s'assurer à tout prix.
Mais les nations, comme les individus, ont leur destinée, — disons mieux, — leur vocation; et la colonisation de Madagascar était le rôle réservé par Dieu à la France. Notre pays prélude depuis trois siècles à ce rôle difficile ; il s'y est lentement exercé, donnant beaucoup à cette France Orientale, beaucoup de son or, beaucoup de son sang ; en retirant au contraire assez peu.
Dans sa débonnaireté généreuse, la France a peu pressé l’exécution des promesses que les Hova lui avaient souvent faites. Longtemps même elle a laissé prendre pour de la torpeur sa patience à revendiquer ses droits. Elle n’y a rien perdu. Ces droits ne s’en sont dégagés que plus manifestes aux yeux de l'Europe.
Aujourd’hui qu'elle est à la veille de les exercer, la questior. Malgache a passé à l’ordre du jour. On étudie avec soin le passé de cette colonie qu'on se plaît déjà à regarder comme nôtre ; on nomme avec respect les vaillants qui, les premiers, y ont fait connaitre et aimer la France. Malheureusement une lacune se remarque dans plusieurs écrits récents traitant de Madagascar. On y cherche en vain l’histoire des efforts tentés, des succès obtenus, depuis trentecinq ans, par nos missionnaires.
Le prestige acquis à notre nom par leur influence est à peine signalé. Il n’est point juste pourtant de taire ce dont nous sommes heureux de bénéficier, et d’exclure de la gloire ceux qui ont été si fort à la peine. Dans cet ouvrage, en retraçant en ses grandes lignes l’histoire du peuple Hova, nous voudrions mettre en sa vraie lumière le rôle de la Mission Catholique.
Nous dédions ces pages à la mémoire des hommes de cœur, qui, pour la Foi et pour la France, sont morts à Madagascar.
Paris; le T2;Mars 1895: