LA PRISON PRÉVENTIVE
Le foma, ou prison préventive, est une méchante maison en pisé, au toit défoncé, entourée d’une muraille croulante. Un captif n’en peut sortir que pour aller devant ses juges. Le gouvernement l’abrite, mais ne
le nourrit pas. Aussi meurt-il de faim, si sa famille l’aban-
donne. Emue de la misère des prisonniers, la mission
catholique s'occupe, dès 1871, de leur porter régulière-
ment secours.
Le fouja contient actuellement une cinquantaine de pensionnaires. La mission les prend tous sous sa protection. Tous les jours, la récitation des prières, le chant des cantiques font diversion aux ennuis de la captivité. Un missionnaire visite souvent les malheureux; il leur fournit du riz et de la toile de chanvre, les instruit, les console. Aussi le foa est-il devenu un catéchuménat providentiel : aucun prisonnier n'y est mort, croyons-nous,
Sans avoir reçu le baptême.
Une bonne chrétienne s'était faite, ces dernières années, l’auxiliaire dévouce des prêtres. Chaque matin elle portait du manioc, chaque soir du riz aux plus abandonnés. Les prisonniers l'avaient appelée AXenikamboty,
la mère des orphelins.
La meilleure aumône à faire aux habitants du Jfonja, c'est une forte chaîne de fer. Les missionnaires s'étaient d'abord refusés à donner à leurs enfants un si étrange cadeau : & Demandez-moi du riz ou de latoile, Je vous en donnerai, disaient-ils; mais des fers, jamais. »
Aujourd’hui, ils se hâtent de donner la pesante chaîne, avant le riz, avant la toile. Ils font bien, car si le prisonnier n’a pas une chaîne rivée au pied, on l’attachera, la nuit, avec des cordes, et si étroitement qu'il en mourra peut-être; on pourra même l’enterrer jusqu'à la poitrine;,
et ils préfèrent un long jeûne à cette horrible torture.